Allocution du Gyalwang Karmapa lors de la conférence « Mind and Life » (esprit et vie)
Dharamsala – Le 20 octobre 2011
Après la pause thé de l’après-midi, Gyalwang Karmapa a fait une courte allocution aux conférenciers.
Il a d’abord expliqué les différents facteurs qui avaient motivé et développé ses propres préoccupations et actions pour la protections de l’environnement.
Il a parlé des deux points qui l’avaient profondément influencé .
Premièrement, il avait assisté à une conférence sur l’environnement qui avait transformé sa vision des choses de la vie quotidienne telles que l’eau, les arbres, les espaces naturels, qui, de façon naïve, sont souvent vus comme extérieurs à soi. Il avait réalisé combien ils étaient en fait intimement connectés avec notre survie et notre bien-être sur cette terre.

Deuxièmement, il était né et avait grandi dans une famille nomade d’une région isolée du Tibet, comme enfant sa vie quotidienne avait donc été très proche de la nature. Entouré par les montagnes couvertes de neige, de grands espaces naturels,de la verdure, et une vie sauvage abondante, il avait acquis un sentiment de proximité avec la nature, et un amour et une compréhension de la valeur de l’environnement dès son plus jeune âge. Il s’était donc dit souvent, que l’un des problèmes des sociétés contemporaines se trouvait dans leurs séparation d’avec la nature, d’où leurs difficultés à se sentir proche d’elle et d’en apprécier la beauté.
Il a ensuite évoqué les connexions entre protection de l’environnement et le bouddhisme. La philosophie bouddhiste qui soutient la protection de la nature demande a être traduite par des actes. L’idéal du bouddhisme Mahayana a pour base l’aspiration d’aider tous les êtres aussi nombreux soient-ils, et pour quelqu’un qui a foi en cet idéal, la protection de l’environnement est immédiatement pertinente, puisque la nature qui nous entoure constitue la base de la survie et du bien-être de tous les êtres sensibles dont nous nous préoccupons. En protégeant l’environnement, indirectement nous pourvoyons aux besoins et au bien-être de tous ces êtres sensibles qui dépendent de la santé du milieu dans lequel ils vivent.
Bien plus, a-t-il ajouté, la protection de l’environnement, offre aux pratiquant bouddhistes l’une des meilleures opportunité de mettre leur idéal en pratique en pourvoyant aux besoins des êtres. Donc les pratiquants du bouddhisme devraient s’engager avec une grande joie dans la protection de l’environnement.
Il a fait référence à la façon dont cette vision se retrouve dans les textes du bouddhisme, comme celui de Shantideva « Le Chemin du Bodhisattva », qui contient l’aspiration à pourvoir aux besoins quotidiens des êtres sensibles, tels que l’eau, les arbres et même l’espace. Bien sur, nous ne pouvons pas devenir ces choses, mais nous pouvons les protéger. Donc en prenant soin de l’environnement nous accomplissons les souhaits du Bodhisattva.
Il n’est cependant pas toujours facile de convaincre les autres. Sa Sainteté fait référence aux deux conférences sur la protection de l’environnement qu’il a lui-même organisées. La première portait d’avantage sur la biodiversité, et certains moines protestaient contre la protection des tigres, parce que ce sont des tueurs qui chassent les biches et d’autres animaux. Ces moines ne voyaient donc pas l’intérêt de protéger les tigres.
Pendant la deuxième conférence, Sa Sainteté s’était donc attaqué à cette question en rappelant aux moines l’histoire de Jakata, dans laquelle au cours d’une de ses précédentes vies, le futur Bouddha avait donné sa vie à une tigresse ; puis il avait abordé cette question sous un angle scientifique – le rôle des prédateurs dans l’équilibre de l’écosystème, et en dernier lieu il avait suggéré en reprenant l’argument des moines, que les humains sont bien plus dangereux que les tigres. Les tigres ne tuent que pour manger et vivre, mais les humains tuent tout ! En fait ce serait donc les êtres humains qu’il faudrait éliminer et non les tigres.
Sa Sainteté a ensuite argumenté la nécessité d’un changement fondamental de la façon dont les êtres humains du 21éme siècle considèrent le monde, et a montré que la vue bouddhiste de la non-existence d’un soi, de l’interdépendance et de la vacuité est particulièrement pertinente ici.
Du point de vue bouddhiste, la racine de la dégradation environnementale à laquelle le monde est confronté, est l’ignorance et l’égoïsme. Nous pensons avec naïveté que, « je, moi et mien » sont une entité autonome et indépendante, mais si nous observons avec soin tout ce dont nous avons besoin pour vivre, comme les vêtements, la nourriture, et même l’oxygène que nous respirons, nous réalisons que notre survie dépend de facteurs extérieurs à nous-même. De ce fait, nous pouvons apprécier à sa juste valeur, notre interdépendance fondamentale. Cette compréhension est cruciale si nous voulons que les humains changent leur façon de voir.
D’un autre côté, lorsque nous sommes enfermés dans la prison du « je et mien », nous ne parvenons pas à être conscient de notre interconnexion et nous ne voyons pas le lien entre le bien-être de ceux qui sont loin et le nôtre. Il nous faut sortir de notre prison et nous relier au monde selon la référence donné par Sa Sainteté le Dalaï Lama « un tableau plus vaste»

Un changement fondamental dans la façon de voir le monde est crucial.
Sa Sainteté a comparé le point de vue du 21ème siècle à quelqu’un qui regarderait un arbre magnifique. Nous admirons toutes les parties que nous pouvons voir – les branches et le feuillage – mais nous ne faisons pas attention aux racines qui sont malades et pourries. De même, nous admirons toutes les avancées technologiques, mais ne voyons pas la dégradation environnementale. Si on regarde les nouvelles à la télévision, il semble que beaucoup de leaders dans le monde aient deux obsessions – l’économie et la politique – mais au-delà de cela, personne ne semble prêter attention aux questions fondamentales que sont la survie humaine et la préservation de l’environnement, qui est la base de notre survie. Car, si les conditions de base pour notre survie sont perdues, il n’y aura plus ni économie ni politique !
Au cours de la brève session de questions-réponses qui a suivi, Sa Sainteté a décrit combien autrefois, lorsqu’il vivait au Tibet, il était un grand consommateur de viande, mais en Inde il était devenu végétarien après avoir vu plusieurs documentaires montrant la souffrance animale dans les abattoirs et la production alimentaire industrielle ; et il avait été désespéré à la fois par la souffrance des animaux et par l’indifférence totale des gens qui ne les voyaient absolument pas comme des êtres vivants.
Son aspiration personnelle était de toujours demeurer végétarien au cours de ses prochaines vies.
Pendant les Kagyu Monlam, il avait ressenti le besoin de parler de l’importance du végétarisme, et suggéré plusieurs options pour permettre à chacun de réduire sa consommation de viande, et il avait été extraordinairement surpris de voir combien de personnes avait fait le choix de s’en abstenir totalement. Il a expliqué que sont approche du végétarisme n’avait jamais eu pour but de l’imposer, mais de toujours le relier au contexte culturel des personnes auxquelles il s’adressait, de façon à ce que ce soit en relation avec les aspirations des individus et des communautés. De plus il encourage chacun à trouver pour lui-même la raison la plus pertinente qui l’amènera à ce changement.
En faisant référence à la dégradation environnementale du plateau tibétain, Sa sainteté a dit que ce problème est si important qu’il devrait être séparé de toutes les questions politiques relatives au Tibet et aux tibétains – questions comme celles des droit de l’homme, de la préservation de la culture, de la liberté religieuse et de la survie d’un peuple. Le Tibet n’est pas seulement la source de la plupart des fleuves d’Asie mais il a aussi un impact sur le climat, donc ce qui survient dans l’environnement himalayen a des répercussions sur la vie de billions de gens. Par conséquent, a affirmé Sa Sainteté, l’importance de la protection de l’environnement au Tibet doit être développée à un niveau bien supérieur et les scientifiques devraient adopter un rôle de leader en rendant leurs recherches publiques.




