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Conclusion des trois jours de visite du Gyalwang Karmapa au TCV : la question cruciale de l’unité tibétaine

12 octobre 2016 – École du TCV, Upper Dharamsala

Cet après-midi, le Gyalwang Karmapa célèbre le dernier jour de sa visite de trois jours au TCV par une initiation de longue vie, une transmission scripturaire des Vingt-et-une louanges de Tara, et un exposé au ton direct sur la situation de la communauté tibétaine.

Il parle d’abord de l’attitude générale qu’on a souvent envers les initiations de longue vie. De nombreux rituels ont pour fonction de prolonger la vie, tels qu’une initiation, une sadhana, libérer des vies, racheter des vies ou faire appel à la force de vie. Le Karmapa explique : « Cependant, pour avoir une longue vie, nous devons en créer les conditions positives, aussi bien intérieurement qu’extérieurement. Il nous faut veiller à notre santé physique. Les textes de médecine tibétaine parlent longuement de l’importance du régime, du cycle du sommeil et de l’exercice. Si nous sommes attentif à ces conditions physiques, celles-ci seront un moyen de prolonger notre vie. De plus, les conditions intérieures ou mentales associent une intention bonne et un esprit spacieux et joyeux. »

2016.10.12

Le Karmapa raconte : « Il y a quelques années en Angleterre, on a demandé à un millier de personnes qui avaient 100 ans ou plus ‘À quoi attribuez-vous votre longévité ?’ Nombre d’entre eux ont répondu :’À un esprit détendu et joyeux’. Donc, pour avoir une longue vie, il nous faut remplir deux conditions : prendre soin de notre santé physique et garder l’esprit spacieux et joyeux. En plus, si nous sommes bouddhistes, nous recevons des initiations de longue vie et faisons des pratiques de longue vie. »

« Beaucoup de gens pensent que le but ultime des initiations de longue vie est simplement d’allonger leur vie. Mais ce n’est pas le cas. » Le Karmapa explique alors les catégories habituelles des trois types d’individus – inférieurs, moyens et supérieurs – et les pratiques qui leur sont liées. « Quel que soit l’enseignement du Bouddha que nous pratiquions, il n’y en a pas un qui ne fasse partie des pratiques des trois types d’individus. Les trois types d’individus aspirent respectivement à une renaissance dans les mondes supérieurs, à la libération du samsara et à l’omniscience. Le premier type cherche à obtenir les plaisirs des mondes supérieurs et pratiquent en ce sens. Le second type pratique pour atteindre le niveau de la libération ou nirvana. Et le troisième type pratique pour atteindre l’omniscience, le niveau de l’état de bouddha. »

« Ainsi, même les pratiquants bouddhistes du niveau le plus bas ont un but en lien avec leur vie future : une renaissance dans les mondes supérieurs. Beaucoup de gens, néanmoins, reçoivent une initiation de longue vie ou font une pratique de longue vie mais ne se préoccupent que de cette vie : ils souhaitent vivre longtemps et être libres de la souffrance. En fait, ceci n’est pas vraiment bouddhiste. Les bouddhistes devraient pouvoir envisager le futur dans l’optique de leurs vies futures. Si c’est le cas, alors seulement est-on un pratiquant du dharma et un vrai bouddhiste. »

Le Karmapa poursuit : « La longue vie dont nous avons besoin est une longue vie dont l’essence a du sens. Pour que ce soit le cas, cela ne doit pas être pour nous seul, mais pour tous les êtres dont nous respectons la vie, une vie à laquelle nous accordons de la valeur. » Il évoque les nombreuses personnes qui deviennent végétariennes grâce aux conseils de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, et les divers mouvements ou associations qui encouragent à arrêter de manger de la viande. « En somme, être végétarien revient à s’engager dans la pratique de libérer des vies. Nous souhaitons une longue vie, sans obstacles, et nous voulons éviter le mal ; c’est également ce que souhaitent tous les êtres. Ne l’oublions pas. » Sur ces paroles, le Karmapa conclut cette partie de son intervention consacrée à l’initiation de longue vie.

Le Karmapa aborde ensuite la situation du peuple tibétain dans son ensemble. Beaucoup de membres de la communauté en exil partent à l’étranger, et quelques uns retournent au Tibet. En outre, le nombre de Tibétains qui arrivent du Tibet est bien moindre qu’auparavant, et donc, la population de la communauté en exil décroît. Le Karmapa suggère : « Pour cette raison, nous, Tibétains, devons bien réfléchir à notre situation, d’autant plus qu’actuellement nous traversons de terribles épreuves, uniques dans l’histoire tibétaine. »

« Nous devons donc tous nous rassembler. Les gens des trois provinces (l’Utsang, l’Amdo, et le Kham) devraient s’unir. Notre loyauté doit être envers le peuple tibétain tout entier, car nous sommes confrontés à des difficultés inconnues auparavant. » Le Karmapa note qu’il y a malgré tout de l’espoir grâce au leadership de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, et aussi, et c’est très important, « notre famille – les Tibétains du Tibet – est une grande famille, altruiste et courageuse, et sur cette base, tous les Tibétains peuvent s’unir. Les trois provinces et les principales lignées du dharma ne devraient pas se diviser : elles peuvent faire corps et ce serait un de nos plus grands succès. »

Le Karmapa ajoute que cette tâche serait difficile pour une seule personne ; elle requiert que tous les Tibétains travaillent ensemble. « Le peuple tibétain tout entier forme une vaste base dont dépend ce qui se produira à l’avenir ; il est donc essentiel de garder cette attitude d’unité fermement ancrée dans nos esprits. Quoi qu’il arrive, ce qu’il nous faut, c’est la force de l’unité qui jamais ne faiblit, la constance de notre détermination et la stabilité de l’esprit. Alors seulement, pourrons-nous espérer une amélioration dans le futur. »

« Jusqu’à ce jour, nous avons placé notre confiance et tous nos espoirs en Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Et, pour le dire sans fioritures, nous avons mis toute la responsabilité sur le dos d’une seule personne. Nous pensons qu’il veillera sur nous avec compassion ; par contre, ce que nous-même devrions faire n’est pas très clair. Nous mettons notre espoir en le futur et continuons à y croire mais nous ne serons pas toujours ensemble. Nous voici arrivés à un moment dans notre histoire où chacun d’entre nous doit se montrer capable et fort dans ce qu’il entreprend. Chacun de nous doit assumer sa part de responsabilité et avoir une réflexion claire. C’est un point essentiel. »

Le Karmapa nous encourage vivement à réfléchir aux enseignements de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, au lieu de nous livrer aux commérages et aux discussions mondaines. Nous devons réfléchir aux points clés qu’il a mentionnés. Le Karmapa poursuit : « Quand nous pratiquons, il nous faut aussi avoir recours à l’analyse en utilisant les différents critères expliqués par le Bouddha : l’intention des enseignements et son fondement ou le sens provisoire et le sens définitif. Ainsi, nous accèderons à l’esprit du Bouddha, authentique et sans erreur. En résumé, nous tous devons prendre nos responsabilités et développer la clarté de notre pensée. »

Le Karmapa remarque : « Comme l’atteste l’histoire tibétaine, nous pouvons constater que le conflit entre les différentes écoles du bouddhisme n’a conduit qu’au déclin, jamais à une évolution positive. » Il rappelle une prophétie qui dit que la destruction des enseignements du Bouddha ne viendra pas d’une cause extérieure mais de dissensions internes entre ceux qui détiennent les enseignements.

Il rappelle à l’assemblée : « Les enseignements que nous, Tibétains, avons aujourd’hui sont tous les enseignements du Bouddha Shakyamouni. D’un point de vue ultime, les quatre écoles tibétaines – Sakya, Gelouk, Kagyu et Nyingma -se ressemblent ; il n’y a que quelques différences mineures dans le langage utilisé et la façon d’expliquer la vue, la méditation et la conduite. Toutes les écoles enseignent la vue de la compassion et de la vacuité ; les seules différences résident dans la manière de les expliquer et les lignées des lamas. Pour toutes ces raisons, le Karmapa ajoute : « Il est d’une importance cruciale que nous développions un respect mutuel et une vision pure les uns envers les autres. En bref, nous devons établir des liens harmonieux, dans l’unité. »

 

Le Karmapa conclut : « Je suis très heureux d’avoir eu cette occasion d’établir une connexion du dharma avec l’ensemble des professeurs, du personnel et des élèves de l’école, et aussi avec les gens des alentours. Je remercie très sincèrement tous ceux qui ont aidé à préparer et à organiser ces trois jours ; je prie pour que vous ayez une longue vie, que vous n’ayez pas de maladie, et que vous puissiez atteindre vos objectifs en accord avec le dharma. »

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

Le Guide de l'Environnement du Karmapa

Les 108 choses à faire pour l'environnement

Les déplacements du 17ème Gyalwang Karmapa

Le retour de Karmapa aux U.S.A.

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Le 19 mai 2008, dans la salle du Hammerstein Ballroom de New-york, le public était serré et enthousiaste : Tibétains, Chinois et Occidentaux, la plupart étaient disciples du précédent Karmapa. Le silence se fit plein de promesses, lorsque Dzogchèn Ponlop Rinpoché présenta le tant-attendu Karmapa Ogyen Trinley Dorjé…

Présentation du Karmapa aux Etats-Unis par Dzogchèn Ponlop Rinpoché, Principal organisateur de la venue du Karmapa aux Etats-Unis en 2008

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La première visite de Sa Sainteté le 17ème Gyalwang Karmapa, Ogyèn Trinley Dorjé, aux Etats-Unis est un événement historique et une occasion à la fois joyeuse et mémorable pour ses nombreux étudiants et amis dans le monde occidental. Sa Sainteté, qui est à la tête de l’école Kagyu du bouddhisme tibétain, est largement reconnue comme étant un des plus grands Maîtres spirituels de notre temps…

La vie en Inde

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L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.