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La langue pour lien et l’unité pour futur : le Gyalwang Karmapa s’exprime au 56e anniversaire du TCV

23 octobre 2016 – Upper TCV, Dharamsala, Inde

Par une belle journée ensoleillée, plus d’un millier de Tibétains se sont rassemblés pour célébrer le 56e anniversaire de Upper TCV (‘Village des enfants tibétains’) à Dharamsala. Sa Sainteté le Gyalwang Karmapa est l’invité d’honneur de la cérémonie d’ouverture des trois jours de festivités qui proposeront des représentations culturelles tibétaines, des expositions d’art, des débats et une rencontre d’athlétisme. Le thème de la célébration est l’unité des trois provinces du Tibet (l’Utsang, le Kham et l’Amdo) et comment la renforcer grâce à la culture tibétaine et aux valeurs de la spiritualité.

Parmi les hôtes éminents, se trouvent le Kalon (ministre) du Département de la Religion et de la Culture, le Vénérable Karma Gelek Yuthok, le Président du 16e Parlement tibétain, Khenpo Sonam Tenphel, ainsi que des membres du Kashag, de nombreux Secrétaires et officiels de l’Administration Centrale Tibétaine (le CTA), et des représentants de diverses ONG. Ils sont assis au balcon, près des terrains de jeu où se déroulent les événements, tandis que les invités en habits de fête remplissent les lieux et les collines alentour.

 

Après avoir salué tout le monde, le Karmapa commence son discours en rappelant aux Tibétains qu’il leur incombe de maintenir les traditions et les sciences dont ils ont hérité ; c’est la responsabilité inéluctable du peuple tibétain. La culture tibétaine est l’esprit et la force de vie du peuple et les deux sont indissociables. Pour ceux qui sont nés au Tibet, le monde autour d’eux avec leur famille et leurs voisins, les montagnes enneigées, les plantes, les arbres, les monastères, etc., tout ceci faisait naturellement office de professeurs de culture tibétaine, et ainsi, depuis l’enfance, ils ont été marqués de ces empreintes et de ces expériences. La culture tibétaine les a imprégnés naturellement, aussi naturellement qu’on respire.

 

2016.10.23-TCV

 

Cependant, depuis plus de 50 ans, la situation du Tibet, la société, l’environnement naturel ont subi d’immenses changements et par nécessité, les familles tibétaines ont été coupées en deux. Ceux qui ont dû quitter le Tibet et vivre dans une culture et un environnement différents ont de grandes difficultés à maintenir leur culture et leur tradition spirituelle. Néanmoins, les Tibétains, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du Tibet, ont su garder une détermination forte et ils ont redoublé d’efforts pour maintenir vivantes leur culture et leur tradition religieuse. Le Karmapa rappelle que Sa Sainteté le Dalaï-Lama et la vieille génération des Tibétains ont travaillé très dur pour offrir une situation qui a permis la pratique et la préservation de la culture tibétaine et du bouddhisme. Pour cette raison, nous devons nous considérer comme fortunés et avoir une profonde gratitude. Puis le Karmapa demande : « Quel est notre combat actuel ? Quelle est la difficulté à laquelle nous devons nous confronter ? Nous devons travailler à l’unité et réfléchir à comment nous pouvons survivre sans perdre notre confiance ni notre motivation, dans cette période où de grands changements affectent le monde où nous vivons. »

 

Le Karmapa encourage aussi les Tibétains – en tant que pratiquants bouddhistes – à regarder au-delà de leur propre sphère et à voir comment faire le bien d’autrui dans le vaste monde. C’est avec cette motivation, qui transcende la politique, qu’ils doivent s’engager dans leur travail et leurs responsabilités. Bien sûr, il est impossible d’éviter toute politique, mais on peut éviter les discussions explosives et les bassesses de la controverse que la politique engendre. Les objectifs de la politique et les dirigeants changent souvent, mais la culture et le bouddhisme tibétains demeurent ; aussi est-il important de garder un état d’esprit sincère et vertueux.

En outre, le Karmapa ajoute qu’il est important de modifier notre manière de penser, focalisée seulement sur notre propre situation. Les Tibétains doivent réfléchir à la façon dont d’autres réfugiés et d’autres minorités dans le monde se maintiennent en vie, et apprendre d’eux humblement. « La population tibétaine en Inde décroît et, dans ces moments difficiles, il nous faut prévoir, nous projeter dans le futur et étudier comment les changements vont affecter les différentes générations et notre environnement direct. » Sinon, si nous ne sommes pas capables de nous adapter à la situation, d’ici quelques années, les Tibétains seront la proie des événements.

Le Karmapa aborde le sujet des enseignements bouddhistes et demande : « Quelle est la valeur de nos coutumes ? » Il répond : «  Celles-ci sont liées au bouddhisme. Dans le bouddhisme, nous avons le Kangyour et le Tengyour, plus quelque 100 000 commentaires écrits par des maîtres tibétains. Cependant, l’essentiel en cette vie est de nous engager dans la pratique et de transformer notre mode de penser. Nous devons devenir de bonnes personnes, générer paix et bonheur en notre esprit, élargir notre amour et notre compassion et  comprendre les vues philosophiques, telles que l’interdépendance ou d’autres, qui sont très profondes. C’est ce qu’il y a de plus précieux et de plus utile. »

Il illustre ensuite l’influence omniprésente qu’a la pensée bouddhiste sur la culture tibétaine : « Dans tous les domaines artistiques tibétains comme la poésie, les chansons, la peinture ou le théâtre, nous pouvons toujours déceler l’essence des enseignements bouddhistes : faire preuve d’amour, de compassion et de respect pour tous les êtres vivants. Ainsi, quand nous sommes au travail, que nous étudions ou que nous nous détendons, nous ne devons pas oublier de faire le bien d’autrui ; voici le trait qui définit la culture tibétaine et lui donne sa valeur. » Et à cause de cette valeur, les Tibétains doivent respecter et tenir pour précieuse leur culture traditionnelle.

Le Karmapa remarque au passage : « Quand les gens entendent parler de coutumes et de culture, beaucoup pensent qu’elles impliquent une mentalité figée et inflexible. Mais soutenir nos coutumes et notre culture ne signifie pas promouvoir une façon de penser archaïque ou des cerveaux démodés. Étudier est absolument nécessaire pour développer une nouvelle pensée, un nouveau savoir et de nouvelles compétences. » Le Karmapa explique : « Si nous apprenons quelque chose de nouveau, ceci aidera notre culture traditionnelle à se développer. Notre capacité à préserver notre culture et les bienfaits qui vont avec en seront augmentés. »

 

La langue est un élément clé dans le processus de préservation d’une culture. Le Karmapa utilise une analogie pour illustrer ce point. « Si la langue se détériore, notre lien avec notre culture et nos coutumes sera rompu. Prenons l’exemple d’un cerf-volant qui s’élève dans le ciel et est retenu par une cordelette ; si la cordelette est coupée, s’en est fini de notre lien avec le cerf-volant. » La langue est la cordelette qui relie. Donc, ayant connaissance de ces raisons et de ces points clés, chacun doit maintenir des efforts constants.

 

Le Karmapa termine en formulant des souhaits sincères pour la longue vie de Sa Sainteté le Dalaï-Lama et avec l’aspiration que la famille qu’est le peuple tibétain se retrouve dans l’unité.

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

Le Guide de l'Environnement du Karmapa

Les 108 choses à faire pour l'environnement

Les déplacements du 17ème Gyalwang Karmapa

Le retour de Karmapa aux U.S.A.

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Le 19 mai 2008, dans la salle du Hammerstein Ballroom de New-york, le public était serré et enthousiaste : Tibétains, Chinois et Occidentaux, la plupart étaient disciples du précédent Karmapa. Le silence se fit plein de promesses, lorsque Dzogchèn Ponlop Rinpoché présenta le tant-attendu Karmapa Ogyen Trinley Dorjé…

Présentation du Karmapa aux Etats-Unis par Dzogchèn Ponlop Rinpoché, Principal organisateur de la venue du Karmapa aux Etats-Unis en 2008

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La première visite de Sa Sainteté le 17ème Gyalwang Karmapa, Ogyèn Trinley Dorjé, aux Etats-Unis est un événement historique et une occasion à la fois joyeuse et mémorable pour ses nombreux étudiants et amis dans le monde occidental. Sa Sainteté, qui est à la tête de l’école Kagyu du bouddhisme tibétain, est largement reconnue comme étant un des plus grands Maîtres spirituels de notre temps…

La vie en Inde

La vie en Inde

L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.