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Peinture, médecine et Deer Park : le Gyalwang Karmapa visite la colonie tibétaine de Bir

20 novembre 2016 – Bir, Himachal Pradesh, Inde

Après le repas de midi à l’Institut Dzongsar Khyèntsé Cheukyi Lodreu, le Gyalwang Karmapa et Khyabjé Dzongsar Khyèntsé se rendent à la colonie tibétaine de Bir, qui se trouve tout proche. Ils s’arrêtent d’abord à une exposition de peintures dans le style Karma Gardri (le Grand campement du Karmapa). Sous la direction de Kèlsang Dorjé de Dergué, un groupe de sept jeunes peintres venus de tout le Tibet a fondé une nouvelle organisation, qui s’appelle ‘le Parc pour l’essor de l’art traditionnel tibétain de la peinture de thangka Karma Gardri’.

Le Karmapa inaugure leur exposition en signant une lettre au format d’une affiche qui commémore l’occasion, ainsi qu’une peinture de Tara blanche et la thangka centrale représentant le Bouddha descendant de Tushita, événement célébré ce jour même selon le calendrier tibétain. Le Karmapa, qui est lui-même artiste, fait le tour de l’exposition, examine soigneusement chaque peinture et pose quelques questions aux peintres.

Il est ensuite invité à prendre le thé dans une grande tente. Depuis cet endroit, il s’adresse au large groupe de personnes, principalement des Tibétains, qui se sont rassemblés pour l’occasion, vêtus de leurs plus beaux habits. Le Karmapa remercie d’abord les peintres d’avoir organisé cette exposition où sont montrées leurs thangkas  de style Karma Gardri, et aussi d’avoir créé une organisation vouée à la préservation et au développement de cette tradition remarquable.

Le Karmapa précise que les descriptions les plus détaillées de ce style se trouvent dans le Trésor des Connaissances de Jamgœn Kongtrul Lodreu Thayé (dans la section sur les beaux-arts, et en particulier la peinture). Le Karmapa explique que le style Karma Gardri a été introduit par le VIIIe Karmapa, Mikyeu Dorjé (1507-1554), le Ve Shamar, Kunchok Yenlak(1525-1583), et le IIIe Gyaltsap Drakpa Paljor (1519-1549). Pour mieux connaître cette histoire, il précise que davantage de recherches seraient nécessaires dans une perspective large.

Il est en général enseigné que trois peintres érudits et nobles du nom de Tashi – Cho Tashi, Karma Tashi et Namkha Tashi – furent les principaux modèles et promoteurs de la tradition Karma Gardri. Le Karmapa remarque que Cho Tashi et Karma Tashi vécurent au même siècle, mais Namkha Tashi vécut à l’époque des VIIIe et IXe Karmapas, et donc leur éducation et leur manière de peindre étaient quelque peu différentes.

Selon le Karmapa, de ces trois peintres, il semble presque certain que Cho Tashi a créé plus de 50 peintures (toutes n’ont pas survécu) ; elles appartiennent à la Guirlande d’or Drukpa Kagyu et se trouvent à Kampa Gar. Des écrits l’attestent, on peut donc conclure, d’après le Karmapa, qu’elles sont de Cho Tashi. Par ailleurs, nous ne semblons pas avoir de peintures de Karma Tashi qui puissent être authentifiées comme telles.

Le récit de la vie de Sitou Cheukyi Joungné (ou Sitou Panchèn, 1700-1774) mentionne la façon dont Namkha Tashi représentait les huit grands bodhisattvas, que ce troisième Tashi semble avoir souvent peints. Plusieurs musées dans le monde exposent de nombreuses thangkas représentant ces huit bodhisattvas, et parmi celles-ci, le Karmapa pense qu’il pourrait y avoir une peinture de Namkha Tashi ou peut-être des copies de son travail.

Abordant plus généralement la tradition rimé, le Karmapa explique que pour créer des thangkas, il ne faut pas seulement avoir assez de talent pour peindre une image, mais il faut aussi étudier les systèmes philosophiques, la vue et la pratique de la tradition en question ainsi que la lignée de ses textes. Pour préserver les traditions picturales du Tibet, nous avons besoin de préserver la tradition dans sa totalité. De plus, les peintres qui ont créé les peintures exposées ici aujourd’hui sont d’excellents artistes, mais ce n’est pas toujours le cas pour toutes les images proposées de nos jours au Népal et en Inde. Beaucoup de ces nouveaux artistes ne connaissent pas vraiment la tradition tibétaine de la peinture; il est donc important de préserver cet héritage – et la culture en général – que les Tibétains ont reçu de leurs ancêtres.

Le Karmapa note que de nos jours il y a des échanges entre les traditions culturelles. Autrefois, les Tibétains disaient : « Ceci est un joyau de mon héritage culturel tibétain et je ne vais pas le divulguer. » Mais maintenant, c’est l’ère des échanges culturels. Nous imitons ce que font les autres et ils nous imitent, il n’y a donc pas seulement des Tibétains qui pratiquent ces traditions. Cependant, c’est à nous que la responsabilité incombe de protéger et de maintenir les traditions tibétaines.

Pour illustrer ceci, le Karmapa propose une analogie avec le gardien (chos bdag) d’un terma ou texte redécouvert. Le détenteur du terma n’est pas la seule personne autorisée à faire la pratique, mais pour sûr, il est la principale personne qui en prend soin. De la même manière, ce sont les Tibétains qui sont responsables des beaux-arts traditionnels du Tibet. S’ils n’en prennent pas soin, ces arts vont perdre leurs racines ou d’autres vont s’en emparer. À nouveau, le Karmapa insiste sur le fait que les Tibétains doivent préserver non seulement leur tradition picturale, mais aussi leurs traditions philosophiques, leur histoire et leur culture. Nous devons tous travailler ensemble et faire des efforts pour que ces traditions ne déclinent pas. Avec ces paroles d’encouragement, le Karmapa conclut son allocution par des remerciements aux organisateurs, et au groupe de jeunes peintres et à leur professeur. Le Karmapa traverse alors la route pour aller bénir un nouveau dispensaire construit pour la population locale.

Pour finir, le Karmapa se rend à Deer Park, le lieu où se trouvait originellement le shedra (collège monastique) de Dzongsar et qui est maintenant un centre de séminaires et de conférences. Dzongsar Khyèntsé montre le chemin et le Karmapa visite la grande salle Manjushri (qui contient une statue inhabituelle de la divinité dont le sourire apparemment irrépressible commence à poindre). Ensuite, ils s’arrêtent près de la salle de jeux des enfants, puis vont prendre le thé dans la véranda du restaurant. L’atmosphère est détendue et informelle, le thé est servi dans une théière en poterie française bleue et les deux Rinpochés discutent autour de la table. C’est une façon agréable de terminer ce jour bien particulier.

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

Le Guide de l'Environnement du Karmapa

Les 108 choses à faire pour l'environnement

Les déplacements du 17ème Gyalwang Karmapa

Le retour de Karmapa aux U.S.A.

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Le 19 mai 2008, dans la salle du Hammerstein Ballroom de New-york, le public était serré et enthousiaste : Tibétains, Chinois et Occidentaux, la plupart étaient disciples du précédent Karmapa. Le silence se fit plein de promesses, lorsque Dzogchèn Ponlop Rinpoché présenta le tant-attendu Karmapa Ogyen Trinley Dorjé…

Présentation du Karmapa aux Etats-Unis par Dzogchèn Ponlop Rinpoché, Principal organisateur de la venue du Karmapa aux Etats-Unis en 2008

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La vie en Inde

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L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.