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Gourou Rinpoché et le Gyalwang Karmapa sont honorés à Palpoung Shérabling

9 décembre 2016 – Upper Bhattu, Baijnath, HP, Inde

Aux premières heures de ce jour de Gourou Rinpoché, la sangha s’est réunie dans le temple à 2 heures du matin pour pratiquer les Huit Chapitres du dixième jour. ‘Le dixième jour’ renvoie au dixième jour du mois consacré à Gourou Rinpoché, et les ‘Huit Chapitres’ aux étapes de la pratique (les préliminaires, les offrandes, la récitation de mantra, etc.). Dans le calendrier tibétain, cette année est l’année du Singe-Feu et elle est considérée comme très auspicieuse, Gourou Rinpoché étant né une année Singe. 

Ce terma, ou texte redécouvert, vient du maître nyingma Gourou Cheuwang. Il fut apporté au monastère de Palpoung – siège de Sitou Rinpoché au Tibet – en 1740, et réintroduit ici à Shérabling en Inde il y a trois ans. Le terma de Gourou Cheuwang est aussi pratiqué au monastère de Tsourpou – siège du Karmapa au Tibet -, et à son monastère de Roumtek au Sikkim, ainsi que récemment au Kagyu Meunlam à Bodhgaya en 2014 quand le Karmapa lui-même présida la cérémonie et tint le rôle de Gourou Rinpoché. Pour la cérémonie de Bodhgaya, Sitou Rinpoché avait gracieusement prêté sa magnifique thangka en appliqué de Gourou Rinpoché avec ses huit manifestations, thangka qui est aujourd’hui accrochée sur le côté Ouest de la cour centrale à Shérabling.

Après avoir récité la pratique pendant trois heures, les moines marquent une pause juste avant les prières de bon augure et partent se préparer pour les danses vajra. Ils commencent la représentation à 6 heures du matin, revêtus de superbes tenues de riches brocarts et portant des masques imposants. La première danse voit l’apparition d’un puissant Mahakala et de farouches protecteurs qui plantent le décor où on verra les esprits négatifs et leur énergie noire vaincus. Les 16 déesses d’offrande réapparaissent, suivies des esprits-squelettes qui sautent et bondissent avec grande vitalité, les rubans multicolores de leur jupe virevoltant. Finalement, entouré de cinquante autres danseurs, le danseur principal, de son épée bleue lumineuse, coupe en morceaux la torma (offrande sculptée) qui représente toutes les négativités.

 

Plusieurs autres danses s’ensuivent et la cérémonie se termine vers 10 heures du matin quand arrivent les hôtes de marque, dont le Gyalwang Karmapa, des Rinpochés et des lamas venus d’Inde et de l’étranger, ainsi que des représentants du gouvernement. Ils sont tous installés dans la véranda du monastère qui surplombe la cour. Le Karmapa est accueilli avec des louanges, riches en métaphores issues de la tradition poétique indienne. Puis viennent les louanges de Sitou Rinpoché et Garwang Rinpoché ainsi que de Sikyong Lobsang Sangyé. Une introduction à la pratique du dixième jour explique l’importance des danses vajra comme partie intégrante de l’entraînement mental et physique. Gourou Rinpoché est présenté comme l’incarnation de tous les bouddhas, le ‘pleinement éveillé’ qui a parfaitement réalisé les phases de création et d’achèvement de la méditation. Puis vient une brève histoire de la pratique de Gourou Rinpoché de Gourou Cheuwang.

 

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Kenting Taï Sitou Rinpoché prend ensuite la parole ; il commence avec une louange du Bouddha, puis du Karmapa qui incarne véritablement la grande activité et la compassion. S’inclinant respectueusement par le corps, la parole et l’esprit, il dit sa joie à la venue du Karmapa. Revenant sur le passé, Sitou Rinpoché raconte que, quand il avait cinq ans en 1959, il s’est enfui en Inde,  et au même moment Sa Sainteté le Dalaï-Lama et de nombreux Tibétains ont aussi cherché refuge dans le Noble Pays. Depuis lors jusqu’à aujourd’hui, le gouvernement indien et son peuple ont pris soin des réfugiés tibétains avec une attention et une gentillesse inégalables. Sitou Rinpoché remercie également les milliers de personnes venues pour l’occasion : Sikyong Lobsang Sangyé, les représentants du Ganden Phodrang, les représentants du gouvernement central indien et des différents États indiens, les lamas réincarnés, les amis spirituels, les moines et les nonnes, et tous les laïques venus d’Inde ou de l’étranger. Sitou Rinpoché note que c’est le mûrissement de leur karma, la pureté de leurs samayas (engagements spirituels) et leurs prières de souhait qui les ont conduits ici pour cette occasion particulière.

Revenant au dharma, Sitou Rinpoché explique ce qu’est le point essentiel : tout comme nous, tous les êtres vivants souhaitent le bonheur et cherchent à éviter la souffrance. La science sacrée et la philosophie peuvent développer cette idée de nombreuses façons, mais il est capital que chacun de nous reconnaisse cette vérité et s’engage véritablement dans la pratique. Si non, celle-ci risque de ne devenir que la simple écume du dharma, une masse de bulles vides.

Sitou Rinpoché remercie le gouvernement central indien et le gouvernement de l’État, le Ganden Phodrang, l’Administration centrale tibétaine, et le Labrang de Tsourpou qui ont rendu cette visite possible. La venue du Karmapa coïncide avec un jour très spécial, le 10e jour du 10e mois de l’année du Singe, quand les cérémonies incluent aussi les danses vajra. En outre, le Karmapa lui-même est une émanation de Gourou Rinpoché, pour toujours inséparable de lui. Sitou Rinpoché précise que ceci est affirmé dans les paroles du Bouddha, dans des textes redécouverts, et dans la vision pure d’êtres réalisés. Ce moment est donc extraordinaire, un jour où la bonne fortune et les bénédictions sont grandes. Générant une bodhicitta totalement pure, nous devons prier Gourou Rinpoché et le Gyalwang Karmapa. Si notre bodhicitta – la source de tout dharma – s’élève, pure, et si nous avons une foi et une dévotion authentiques, alors il ne fait aucun doute que leurs bénédictions entreront en nous.

 

En conclusion, Sitou Rinpoché exprime sa gratitude au Karmapa pour sa venue et il lui demande, pour le bien de tous les êtres en général et pour la prospérité des enseignements en particulier, d’exercer son activité éveillée, qui transcende les limites de notre compréhension ordinaire. Sitou Rinpoché formule le souhait que l’activité du Karmapa soit omniprésente comme l’espace, que sa vie et ses actes soient indestructibles comme le vajra, immuables comme une croix mystique et glorieux comme une bannière de victoire. Il prie afin que le Karmapa apporte ses  bienfaits à tous ceux qui s’engagent sur le chemin, qu’il les entoure de sa compassion aimante et demeure inséparable d’eux jusqu’à ce qu’ils atteignent l’éveil complet et parfait.

Pour terminer, Sitou Rinpoché transpose les mots du VIIIe Karmapa (tiré de son Gourou Yoga en quatre sessions) et les associe au XVIIe Karmapa, Orgyèn Trinlé Dorjé :

Tous les victorieux en un, Karmapa Khyénno,

Tous les bouddhas en un, Karmapa Khyénno,

Tous les sugatas en un, Karmapa Khyénno,

Le tout-connaissant, Karmapa Khyénno.

Après une courte intervention par l’un des khènpos, Sikyong Lobsang Sangyé prend la parole et, sur un ton plus léger, commence par dire qu’il s’est demandé de quoi il allait parler. Il ne connait pas bien le dharma, mieux vaut donc éviter le sujet. Il pourrait parler de politique, mais ceci est un événement du dharma et ce ne serait pas approprié. Il peut cependant évoquer combien il se sent fortuné d’avoir écouté Sa Sainteté le Dalaï-Lama enseigner à Tso Péma (Rewalsar), un lieu sacré de Gourou Rinpoché, et aussi la chance qu’il a de rencontrer Sa Sainteté le Gyalwang Karmapa en ce jour spécial de Gourou Rinpoché, avec des cérémonies et danses vajra. Lobsang Sangyé parle aussi de l’université de Nalanda en Inde : les érudits d’aujourd’hui expliquent que sa destruction fut une perte immense pour le monde entier et en particulier pour l’Inde, qui vit décliner son économie et sa puissance. Heureusement, pendant des années, des traducteurs tibétains avaient couru de grands risques et traversé de multiples épreuves – souvent oubliés car la plupart d’entre eux périrent avant de rentrer – afin d’étudier à Nalanda. Ils rapportèrent avec eux des textes mais également leur savoir, de sorte que l’essentiel du bouddhisme – y compris la tradition de Nalanda – fut préservé au Pays des Neiges. Au cours de ce siècle et des précédents, cette transmission a aussi permis au bouddhisme tibétain de se diffuser partout dans le monde. Lobsang Sangyé note au passage qu’un aspect du bouddhisme tibétain qui a éveillé l’intérêt des scientifiques et de beaucoup d’autres est celui de la psychologie profonde qu’on trouve dans la tradition bouddhiste. Le Sikyong conclut avec une prière pour les Tibétains et pour la longue vie de Sa Sainteté le Dalaï-Lama.

 

Ensuite, le Gyalwang Karmapa commence son discours avec la même louange traditionnelle du Bouddha que celle récitée par Sitou Rinpoché, puis il invoque Gourou Rinpoché avec les quatre vers célèbres commençant par : « Grand Pandit indien, si bon pour le Tibet, Padma Joungné, votre forme est au-delà de la naissance et de la mort ». Le Karmapa évoque ensuite les quasi dix-sept années d’attente avant de pouvoir venir à Palpoung Shérabling. Il est arrivé en Inde en 2000 et il réside près d’ici, au monastère de Gyuto, à une heure et demie de voiture de Shérabling. Au début, il y a eu des projets pour qu’il vienne et passe du temps Shérabling ; des préparatifs ont même eu lieu – on a construit plusieurs portails de bienvenue – mais finalement, il n’a pas pu se déplacer. Il y a eu d’autres tentatives, mais sans résultats. Et puis cette année, il a pu venir en ce jour auspicieux, qui est dédié à cette pratique et aux danses vajra. Le Karmapa se souvient que, depuis son plus jeune âge, il a toujours eu une foi particulière en Gourou Rinpoché, et donc, ce jour est pour lui un moment parfait – l’occasion importante du dixième jour, consacré à Gourou Rinpoché, en l’année du Singe -, et le lieu est parfait : le grand siège monastique de Shérabling. Quand  on évoque ces perfections, remarque le Karmapa, c’est souvent pour essayer de faire grosse impression, mais ici, en ce jour, en ce qui le concerne, elles sont vraiment authentiques. Si vous pensez à la situation présente, il n’est pas besoin d’expliquer : c’est naturellement qu’elles apparaissent en l’esprit.

Le Karmapa termine avec des prières pour que toutes les formes de vie aient bien-être et bonheur, que les enseignements se déploient, des prières pour la longue vie de Sa Sainteté le Dalaï-Lama et tous les détenteurs non-sectaires des enseignements. Il prie en particulier pour les gens qui vivent au Tibet ; il fait également des souhaits pour la longue vie de Sitou Rinpoché et le succès de l’étude et de la pratique à Shérabling. Il est évident pour tous ceux présents ici que le personnel du monastère accomplit sa tâche de façon exceptionnelle car nous avons pu apprécier les résultats manifestes de leurs efforts. Le Karmapa encourage tout le monde à continuer à travailler pour le bien des enseignements et à accomplir les requêtes de leur enseignant. Le Karmapa remarque que, avant sa visite à Shérabling, de nombreuses personnes lui avaient demandé : « Vous y allez vraiment? » Le Karmapa poursuit : « On ne peut pas vraiment leur en vouloir ; moi-même, j’avais du mal à y croire. C’est comme un rêve. » La cérémonie du matin touche à sa fin et Sitou Rinpoché offre au Karmapa une statue magnifique de Gourou Rinpoché.

Les danses vajra commencent après le déjeuner ; les danseurs, qui ont revêtu des costumes chinois, sont dynamiques, et le bruit de pétards qui éclatent remplit l’air. Deux lions des neiges entrent en caracolant suivis par un vieux taoïste et un oiseau de longue vie de couleur verte qui bat des ailes et remue les plumes de sa queue. Puis, une procession formelle conduit un Gourou Padmasambhava debout, grand et  majestueux ; son visage doré et ses vêtements aux couleurs vives captent la lumière des rayons du soleil de l’après-midi. Un groupe de moines accompagne la statue autour de la cour centrale et la dépose au-dessous de l’immense thangka de Gourou Rinpoché, ses sept autres manifestations prenant place à ses côtés. Un bel autel est dressé devant eux, avec des tormas, des lampes et des bouquets de fleurs.

Avec une touche de modernité, cinq nonnes font la danse des héroïnes gracieuses (dpa’ mo), portant des tambours et leurs battants courbes, un chant ponctuant leurs pas légers et leur danse subtile. Pendant cette représentation, le Labrang de Tsourpou ouvrant la marche, les nombreux représentants des monastères, les bienfaiteurs et les laïques présentent des offrandes à Gourou Rinpoché, puis placent de longues écharpes cérémonielles autour de la tête des sept manifestations et de tous les danseurs ; à la fin de l’après-midi, ils sont recouverts d’une mer de soierie blanche. Après la prestation de chacune des manifestations, la procession menée par Gourou Rinpoché quitte la cour centrale, et celle-ci se transforme en une grande plateforme recouverte de tapis pour les arts martiaux. Dans un mouvement ininterrompu, des groupes de moines revêtus de pantalons, de simples chemises et de ceintures pratiquent le Taï-chi, des formes de Karaté et font des sauts acrobatiques,  pendant que des interprètes individuels éblouissent l’assemblée de leur agilité et de leur rapidité. Les différents actes s’enchainent promptement et sans interruption. La totale concentration des moines, leur coordination fluide et leur complet abandon au mouvement sont impressionnants.

 

Après une pause, le danseur principal revient portant un masque bleu farouche, il est suivi d’environ cinquante danseurs qui descendent les marches en vagues continues pour se placer autour de la cour centrale. Des tormas sont données à tous les danseurs et ce geste final signifie la dispersion des obstacles. Les danses magnifiques se terminent sur ce don : l’énergie négative est écartée et la bonté peut s’épanouir. Les moines retournent au temple et récitent les prières de bon augure, diffusant jusqu’aux confins de l’univers les bienfaits de la pratique de toute la journée.

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

Le Guide de l'Environnement du Karmapa

Les 108 choses à faire pour l'environnement

Les déplacements du 17ème Gyalwang Karmapa

Le retour de Karmapa aux U.S.A.

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Le 19 mai 2008, dans la salle du Hammerstein Ballroom de New-york, le public était serré et enthousiaste : Tibétains, Chinois et Occidentaux, la plupart étaient disciples du précédent Karmapa. Le silence se fit plein de promesses, lorsque Dzogchèn Ponlop Rinpoché présenta le tant-attendu Karmapa Ogyen Trinley Dorjé…

Présentation du Karmapa aux Etats-Unis par Dzogchèn Ponlop Rinpoché, Principal organisateur de la venue du Karmapa aux Etats-Unis en 2008

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La première visite de Sa Sainteté le 17ème Gyalwang Karmapa, Ogyèn Trinley Dorjé, aux Etats-Unis est un événement historique et une occasion à la fois joyeuse et mémorable pour ses nombreux étudiants et amis dans le monde occidental. Sa Sainteté, qui est à la tête de l’école Kagyu du bouddhisme tibétain, est largement reconnue comme étant un des plus grands Maîtres spirituels de notre temps…

La vie en Inde

La vie en Inde

L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.