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Instructions directes (Suite)

19 janvier 2017 – Monastère de Tergar, Bodhgaya (Bihar) Inde

Ayant terminé l’explication de la phase de création, Sa Sainteté aborde la phase d’achèvement. Il lit le passage du texte qui mentionne les trois points centraux pour la pratique du mahamoudra : 1) demeurer sans distraction, comme un soldat qui fait tournoyer son épée quand il entre en bataille ; 2) être habile à demeurer sans modifier, comme un gardien d’éléphant ; 3) maintenir librement, comme un oiseau qui s’envole et revient au bateau.

Le premier exemple renvoie à un esprit tout à fait conscient qui est aussi ouvert à la pensée. Le deuxième renvoie au fait qu’un gardien d’éléphant n’a pas besoin de courir dans tous les sens ; cet exemple indique regarder vers l’intérieur, regarder l’esprit en laissant les cognitions se dissiper, et se détendre. Le troisième exemple est celui d’un oiseau sur un bateau au milieu de l’océan. Si l’oiseau s’envole, il n’a d’autre endroit pour se poser que le bateau. De la même manière, quand un pratiquant demeure en samadhi, quelles que soient les pensées qu’il puisse avoir, en appliquant l’attention et la vigilance, ces pensées s’apaisent dans le samadhi.

 

Ensuite, le texte traite du point clé qui permet à tout ce qui s’élève de devenir une pratique spirituelle. Avec le but d’atteindre la vigilance authentique, nous  appréhendons les apparences avec l’attention et le sentiment de les laisser faire ce qu’elles veulent. Puis nous nous consacrons aux prières, à la pratique et aux dédicaces. Une fois que vous aurez cette vigilance, vous n’aurez pas besoin d’enseignants extérieurs. Quelle que soit l’adversité rencontrée, vous saurez l’utiliser comme une aide sur le chemin.

 

Ensuite, le Karmapa parle des Six yogas du Flot continu (chu bo rgyun gyi rnal ‘byor), qui ont trait à des pratiques qui devraient être faites continuellement entre les sessions de méditation : le yoga de se nourrir, de se vêtir, du lieu et du sommeil, plus les deux pratiques du transfert et du bardo. Ici, dans notre texte, Mikyeu Dorjé parle des yogas du lieu et du sommeil, plus des yogas du transfert et du bardo. Le Karmapa remarque que quand le texte traite de la phase d’achèvement, l’accent est mis sur la pratique du mahamoudra, et ces enseignements ne sont en général pas donnés tout de suite ; il faut avoir terminé les pratiques préliminaires qui font de nous un récipient approprié pour le dharma.

 

Le Karmapa traite alors des différentes façons de comprendre le mahamoudra en général, et de la pratique du calme mental. Il y a deux catégories principales du mahamoudra – le mahamoudra des soutras et celui des tantras – et les érudits débattent pour savoir quelle est la différence entre les deux ou s’il y a vraiment une différence. Du point de vue d’une troisième catégorie – le mahamoudra essentiel – il n’y a pas de différence. Le Karmapa précise : « Comme on le sait généralement, le mahamoudra des soutras vient des enseignements de Gampopa qui se basent sur le Sutra Samadhiraja (‘le Roi des soutras du samadhi’). Mikyeu Dorjé dit que la plupart des instructions du mahamoudra viennent de la tradition des soutras et il explique que cette tradition n’est pas différente de la Voie du milieu, libre d’élaboration mentale, qu’il a présentée dans le Chariot des Mahasiddhas kagyu (le commentaire de Mikyeu Dorjé sur le texte de Chandrakirti l’Entrée sur la Voie du milieu). Les pratiques kagyu du mahamoudra des soutras et de la grande Voie du milieu sont identiques, mais ont  deux noms différents. » Le Karmapa remarque que, habituellement, les instructions du mahamoudra basées sur des textes indiens appartiennent à la tradition des soutras et ne nécessitent pas d’initiation, contrairement aux traditions tantriques ; et donc, c’est la tradition des soutras qui est généralement suivie.

 

Quand on médite, le Karmapa poursuit, il y a trois choses à ne pas altérer : notre corps, notre parole et notre esprit. Notre corps est assis dans la posture en sept points de Vairochana. Les souffles viciés en lien avec notre parole sont évacués avec trois respirations – par la narine droite, la narine gauche et les deux ensemble – et après cela, on laisse la respiration se faire. Notre esprit demeure inchangé, libre des pensées du passé, du présent et du futur : il ne part pas à la suite des pensées du passé, il ne convoque pas les pensées du futur ou il n’entretient pas les pensées du présent. Nous demeurons simplement dans un état d’équilibre, laissant l’esprit être.

 

Puis, le Karmapa aborde les trois étapes de la méditation, illustrées ci-dessus par les trois exemples. La première est de demeurer non-distrait comme un soldat qui entre en bataille. Le Grand Brahmane Saraha dit que quand nous pratiquons le mahamoudra, nous ne sommes pas en train de méditer ni de ne pas méditer. Nous demeurons en un point, détendu. Notre méditation n’est pas quelque chose de fabriqué par la pensée, tel que : « Je médite sur ceci. » Cependant, ne pas avoir quelque chose sur lequel nous méditons n’est pas la même chose que de ne pas méditer du tout, en restant juste égal à nous-même.

Pour maintenir la méditation du mahamoudra, nous devons poster la sentinelle de l’attention de façon à ne pas être distrait, ne serait-ce qu’un instant. D’un côté, il ne se passe rien de spécial (nous ne méditons pas sur une pensée particulière), et d’un autre côté, on demeure sans distraction. En bref, nous demeurons l’esprit posé en un point, sans distraction, de manière détendue.

Il est important de rester non-distrait, insiste le Karmapa, et c’est l’attention qui reconnait les pensées et connait notre situation. « Il ne se passe rien de spécial » ne veut pas dire ne pas méditer ou être plongé dans un état terne : notre esprit est clair, vif, et conscient des changements qui s’y produisent. Par exemple, si une pensée de haine s’élève, l’attention l’attrape, la connait. Ceci ne doit pas faire qu’on se sente mal à l’aise et qu’on pense « Oh non, il faut que j’éloigne cette mauvaise pensée. » Plutôt, nous pouvons rester posé sur le concept qui se présente à nous, et naturellement son pouvoir diminuera. Le Karmapa explique : « Tous les concepts sont des perceptions erronées ; si on les regarde directement, c’est comme si elles étaient gênées et elles s’en vont naturellement. »

 

Puis le Karmapa aborde le deuxième exemple, demeurer sans modifier, comme un gardien d’éléphant. Ici, nous sommes libre de l’espoir de ne pas être distrait et libre de la crainte de l’être. Notre esprit n’est ni trop tendu ni trop détendu – il a la tension parfaite. Tout ce qu’il nous faut faire est reconnaître le concept et y demeurer. Le texte illustre ceci par le contre exemple d’un chien de chasse dont l’énergie est dépensée à poursuivre un cerf avec ténacité. Il nous faut trouver la pensée et la reconnaître, mais la poursuivre avec autant d’insistance n’est d’aucune aide. Il nous faut simplement nous détendre et prolonger cet état sans le modifier.

Le Karmapa introduit un autre exemple, celui de deux lutteurs qui se battent pour voir qui est le plus fort ; l’un est grand et fort et l’autre est petit et plus faible. Le plus petit doit utiliser toute sa force, qui va bientôt se dissiper. Le plus fort n’a pas besoin d’utiliser toute sa puissance, juste assez pour faire le travail. De la même manière, pour prolonger le flot de la méditation, nous n’avons pas besoin d’utiliser trop de force. Comme le lutteur plus faible, si nous dépensons toute notre force au début, elle va bientôt se dissiper, ce qui est ce qui se passe quand nous courons après nos pensées. Donc, quand une pensée s’élève, inutile de la poursuivre. Simplement reconnaissez-la et demeurez dans un état d’équilibre, clair et naturel.

 

Le troisième exemple est celui de l’oiseau qui revient au bateau. Si le bateau se trouve au milieu d’un vaste océan et que l’oiseau s’envole, le seul endroit où il peut se poser étant sur le bateau, il doit donc revenir. Comme l’oiseau, chaque fois que notre esprit part dans un flot de pensées, le seul endroit où il peut revenir est l’esprit du pratiquant qui repose en samadhi. Le Karmapa explique que si l’on demeure posé en un point en samadhi et qu’on peut s’y détendre, cet état n’est pas dérangé par quelque pensée qui s’élève, que ce soit l’espoir ou la crainte, les huit préoccupations  mondaines, ou les trois poisons. Elles sont immédiatement reconnues, et grâce à l’attention et à la vigilance, elles deviennent le samadhi.

 

La tradition du mahamoudra explique aussi trois façons de demeurer ou de se poser, qui sont libres d’espoir ou de crainte : l’esprit posé en lui-même, posé dans le mouvement, et posé dans la conscience ou la vacuité. Quand on pratique de ces trois façons, le Karmapa souligne l’importance de maintenir l’attention et la vigilance : par exemple, si nous nous concentrons sur une pensée, celle-ci changera quand s’en présentera une nouvelle. Quand nous ne pouvons plus continuer de méditer sur la ‘vieille’ pensée, nous sommes quelque peu mal à l’aise car nous ne pouvons pas demeurer dans la concentration. Cependant, le plus important n’est pas l’objet de concentration – qui peut changer – mais de maintenir le continuum de l’attention et de la vigilance. Le Karmapa indique que ceci est un bref enseignement sur shamatha ou la méditation du calme mental, et qu’il n’y a rien de spécifique dans ce commentaire sur vipashyana ou méditation de la vision pénétrante.

 

Le Karmapa lit ensuite le texte et explique que, où que nous allions, il faut méditer clairement avec une foi ardente que le monde est un palais et que tous les êtres sont Avalokiteshvara. Pour pratiquer le yoga du sommeil, concentrez-vous sur un espace clair et bleu à la fontanelle (où les os du cerveau se rejoignent au sommet de la  tête). En se concentrant à cet endroit, les pensées se dissipent et l’esprit se sent léger. Reposez en la non-pensée, méditez un peu sur la vacuité, et puis allongez-vous pour dormir.

Lama Nyan commente ici que la moitié de notre vie que nous passons à dormir, nous n’en faisons rien d’utile, comme les animaux. Après avoir reçu cette instruction, nous pouvons utiliser le sommeil comme une partie de notre entraînement spirituel. On dit souvent, le Karmapa remarque, que si nous nous endormons avec à l’esprit une pensée vertueuse, notre sommeil devient aussi vertueux.

Au moment de la mort, nous devons ressentir de la foi et pratiquer ce qui a été notre premier yoga ; visualisez donc Avalokiteshvara au sommet de votre tête. Concentrez-vous sur une sphère de lumière blanche – l’essence de l’esprit – sur laquelle sont inscrites les six syllabes en vermillon. Méditez que Avalokiteshvara dit « om mani padme hum », ce qui permet à la sphère de réaliser son état.

 

Le Karmapa conseille, quelle que soit la pratique que nous fassions, de commencer avec le refuge et la bodhicitta, de conclure par la dédicace et les prières de souhait, et entre les sessions de pratiquer les Six yogas du flot continu. Le premier de ces six yogas est le yoga de se nourrir, pendant lequel nous nous visualisons comme Avalokiteshvara avec notre lama au sommet de la tête. Imaginez que la nourriture est de l’amrita divine et que nous la bénissons avec Om Ah Houng. Visualisez aussi sous la forme d’Avalokiteshvara tous les êtres vivants de l’univers, ainsi que tous les parasites et les microbes de votre corps. Imaginez qu’ils reçoivent l’amrita et ils en sont ravis. Lama Nyan faisait remarquer que, avant d’entendre cette instruction, nous sommes comme des animaux broutant de l’herbe, mais après, se nourrir peut avoir pour but de parachever les deux kayas de la forme et du sans-forme.

Le Karmapa souligne qu’il est particulièrement important que la sangha fasse l’offrande du thé et de la nourriture reçus (appelé dkor ou offrandes à la sangha) en faisant des prières aux lamas et aux Trois Joyaux, et en se souvenant que ces offrandes ont été offertes par de fidèles bienfaiteurs. Ne pas le faire entraîne une dette karmique et induira des voiles à la libération. Si nous avons un des voeux, nous pouvons alors recevoir ces offrandes, mais on doit toujours en faire d’abord l’offrande. Pour pratiquer le yoga du vêtement, en particulier quand il est neuf, vous imaginez que c’est un vêtement céleste ; vous voyant vous-même comme la divinité, bénissez-le avec Om Ah Houng et faites-en l’offrande. Pour le yoga du lieu, où que vous logiez, à l’intérieur ou à l’extérieur d’une habitation, voyez ce lieu comme un palais infini et offrez-le aux lamas et aux divinités, le transformant ainsi en une partie des deux accumulations.

 

Le Karmapa précise que Shamar Rinpoché explique les Six yogas un peu différemment, en incluant les circumambulations. Nous pouvons transformer n’importe quel lieu où nous nous rendons en imaginant qu’à notre droite se trouve Avalokiteshvara, un palais de la divinité ou un stoupa avec la divinité et son entourage. Chaque pas que nous faisons équivaut à une circumambulation et nous n’avons pas besoin de nous rendre à un stoupa ou un monastère.

Shamar Rinpoché propose une autre façon de pratiquer le yoga du sommeil, remarque le Karmapa. Nous nous visualisons comme la divinité de yidam, et au-dessus de notre tête se trouve notre lama qui les représente tous. L’être de sagesse dans notre cœur (de la taille d’un pouce) rayonne de la lumière vers le haut à travers le canal central, qui relie entre elles les images dans notre cœur et celle au sommet de notre tête. La lumière issue de l’être de sagesse touche le lama qui est au-dessus de notre tête (sa taille se rétrécit jusqu’à mesurer un pouce) et il descend le long du canal central et se place au-dessus de la tête de l’être de sagesse, en maître de famille. Essayez de ne pas avoir d’autres pensées que celles-ci et, en vous détendant dans la vacuité, endormez-vous.

Le Karmapa explique que l’on peut faire cette pratique à la fin d’une journée de travail quand il n’y a plus rien à faire. Nous nous asseyons sur notre lit, créons la visualisation et, à la fin, laissons notre esprit spacieux et détendu. Nous nous endormons ainsi.

 

Le Karmapa lit ensuite la dernière partie du texte qui présente la lignée de la pratique, en commençant par Avalokiteshvara, Vajrayogini, le mahasiddha Tsemboupa, Chihépa, en continuant jusqu’à Jampèl Sangpo, qui a écrit la Prière à la lignée du mahamoudra. C’était un enseignant du VIIe Karmapa, Cheudrak Gyatso, et le texte est entré dans la lignée Karma Kamtsang avec lui. Puis la transmission est arrivée à l’auteur de ce texte, le VIIIe Karmapa, Mikyeu Dorjé, qui a écrit les préliminaires, le refuge, la bodhicitta, etc. De Tropou Gyatso vient le champ d’accumulations, la pratique principale et le mahamoudra, dont l’essence est basée sur les instructions du mahasiddha Tsemboupa.

En conclusion, le Karmapa mentionne que cette lignée de Tsemboupa est importante pour la tradition Jonang et représente une de ses quatre pratiques principales. De manière coïncidente, c’est la première fois, pour ces 20e Débats d’hiver, qu’un Khènpo Jonang a été invité en qualité de juge ; c’est une merveilleuse connexion interne et externe qui se joue.

 

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

Le Guide de l'Environnement du Karmapa

Les 108 choses à faire pour l'environnement

Les déplacements du 17ème Gyalwang Karmapa

Le retour de Karmapa aux U.S.A.

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Présentation du Karmapa aux Etats-Unis par Dzogchèn Ponlop Rinpoché, Principal organisateur de la venue du Karmapa aux Etats-Unis en 2008

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L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.