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Instructions directes

17 janvier 2017 – Monastère de Tergar, Bodhgaya (Bihar) Inde

Le temple principal de Tergar est plein à craquer de moines venus d’Inde, du Népal et du Bhoutan pour cette vingtième édition des Débats d’hiver. Aujourd’hui, le Gyalwang Karmapa commence la discussion de deux sections du texte du VIIIe Karmapa, Cent instructions courtes. Ces deux sections ont trait à l’incarnation de la compassion de tous les bouddhas, Avalokitesvara, et sont connues comme ‘les Instructions directes sur le Grand Compatissant, Avalokiteshvara’, et ‘les Trois points essentiels’.

Le Karmapa explique que les nombreuses pratiques liées à Avalokiteshvara, ainsi que leurs instructions, appartiennent essentiellement à cinq lignées orales, bien connues au Tibet, qui descendent de Atisha, Guélongma Palmo, Dawa Gyaltsèn, Mitra Yogi et Tsemboupa. Le texte d’aujourd’hui provient de la tradition du mahasiddha Tsemboupa, qui rencontra Vajra Yogini directement et reçut d’elle les instructions. Sa lignée a un lien étroit avec l’anuttara yoga et le mantrayana secret ; cette pratique, issue de cette tradition, est complète et compte les préliminaires, la méditation principale et la conclusion. Elle est simple et facile à faire, et pourtant, les instructions clés sont si profondes que les maîtres du passé l’ont traitée comme une instruction secrète.

Abordant l’histoire de la vie de Tsemboupa, le Karmapa remarque que, en fait, Tsemboupa est un surnom qui signifie ‘tout cousu’, parce que ses vêtements étaient cousus avec des morceaux. Sa lignée familiale est la lignée Nyan, il est né dans la région de Shakpo – mais l’emplacement n’est pas clair -, et ses dates sont inconnues. Tsemboupa était versé aussi bien dans les soutras que dans les tantras et il a passé la plupart de sa vie dans des lieux isolés à pratiquer.

Un jour, alors qu’il priait Vajra Yogini, elle lui apparut directement et lui enseigna l’instruction sur Avalokiteshvara. Puis, pendant que Tsemboupa pratiquait, comme une des parties n’étaient pas claires pour lui, il pria à nouveau Vajra Yogini ; elle lui apparut une nouvelle fois et lui donna l’instruction complète.  Plus tard, certaines personnes offrirent à Tsemboupa un monastère mais il déclina leur offre afin de rester en retraite, se consacrant à Vajra Yogini, et il devint un maître réalisé en cette vie.

Tsemboupa avait six disciples qui détenaient sa lignée. Le principal était son frère cadet, Dharma Eu, qui avait étudié de nombreux soutras et tantras en quête d’une instruction clé qui comprendrait tous les points essentiels, mais il n’arrivait pas à trouver la bonne. Alors, il pria le Jowo à Lhassa ; comme Dharma Eu marchait dans les rues de la ville, il rencontra Tsemboupa. Dharma Eu le reconnut comme étant un être réalisé, lui demanda des instructions et obtint aussi la réalisation. Ces enseignements de Tsemboupa se sont largement répandus dans les traditions des Kadampas, des Sakyas et des Dakpo Kagyus.

 

Le Karmapa aborde maintenant la pratique elle-même, qui commence par les quatre préliminaires communs, les quatre pensées qui transforment l’esprit (en réfléchissant à la précieuse existence humaine, à l’impermanence, aux causes et aux effets du karma, et au caractère défectueux du samsara. Puisque ce n’est pas une explication basée sur des mots mais sur l’expérience, il est important de pratiquer ces quatre pensées jusqu’à ce qu’une expérience directe s’élève en nous ; autrement, les pratiques suivantes n’auront pas d’effet.

Un Guéshé Kadampa a enseigné que les quatre pensées doivent être pratiquées successivement jusqu’à ce qu’une expérience s’élève pour chacune d’entre elles ; sinon, il n’est pas permis de faire d’autres pratiques. Ainsi, explique le Karmapa, on pourrait passer toute une vie sur l’une des quatre pensées, et puis avoir l’aspiration de pratiquer les trois autres dans les vies futures. Cependant, le VIIIe Karmapa, Mikyeu Dorjé, eut le sentiment que cette façon de pratiquer avait quelque chose d’un peu trop strict et limité ; en effet, certaines personnes pourraient ne pas réussir à avoir une expérience de la première pensée (le caractère précieux de la renaissance humaine) et se décourager. Ils pourraient, cependant, être capable d’avoir une expérience de la deuxième, de la troisième ou de la quatrième. Si on leur dit qu’il leur faut continuer de pratiquer la première, ce n’est peut-être pas un moyen très habile pour eux.

Par exemple, il se peut qu’ils puissent méditer et avoir une expérience de l’impermanence, la deuxième pensée, et cette possibilité les aidera à réaliser la première. Ainsi, au début, nous pouvons essayer de voir laquelle des quatre pensées s’ouvre sur une expérience, et nous partons de là. En utilisant différentes méthodes, nous en trouverons une qui fonctionne. Pour terminer, le Karmapa précise que les approches des Kadampas et du VIIIe Karmapa ne sont pas contradictoires.

 

Les quatre préliminaires particuliers, qui font des disciples un récipient approprié pour le dharma, couvrent le refuge et la bodhicitta (avec les prosternations), les offrandes de mandala pour accomplir les deux accumulations, Vajrasattva pour se purifier des voiles, et le gourou yoga pour recevoir les bénédictions. Le Karmapa remarque : « Certains d’entre vous ont terminé les 100 000 répétitions de ces quatre préliminaires, d’autres non, mais vous pouvez cependant faire cette pratique. »

Ceci conclut les préliminaires communs et particuliers, qui sont suivis par les préliminaires spécifiques – la méditation principale -, et la conclusion qui est liée à la pratique d’Avalokiteshvara.

Les préliminaires peuvent être divisés en les phases de création et d’achèvement. Le Karmapa aborde d’abord la phase de création de la visualisation et lit la partie du texte qui porte sur le refuge.

Nous visualisons trois Avalokiteshvaras au-dessus de notre tête, de trois couleurs différentes, avec les mandalas de trois éléments différents dans leur cœur et trois sphères des trois mêmes couleurs (l’essence des Trois Joyaux) au-dessus de chacun des mandalas, et un Avalokiteshvara à quatre bras dans notre cœur. Nous adressons des prières ferventes à ce dernier, avec une dévotion totale en y mettant tout notre cœur, jusqu’à ce que, comme le dit le texte, nous soyons sur le point de nous évanouir. Ceci est le point principal.

 

Le Karmapa lit la section suivante sur la bodhicitta, l’esprit d’éveil. Comme précédemment, il y a trois Avalokiteshvaras sur le sommet de notre tête ; sur un coussin de lune, dans le cœur de chacun, se trouvent respectivement les Ier, IIe et VIIIe Karmapas qui récitent le mantra à six syllabes pour le bien de tous les êtres. A notre tour, nous aspirons à devenir semblable à eux et nous récitons le mantra-nom des trois Karmapas et le mantra à six syllabes.

Le Karmapa explique que c’est la bodhicitta qui distingue ce chemin de celui des auditeurs et des bouddhas solitaires. Il mentionne aussi que Mikyeu Dorjé a écrit le refuge et la bodhicitta pour ce texte ; ainsi la forme et la disposition du champ de refuge, tout comme la façon de générer la bodhicitta sont différentes des autres traditions.

 

En marge du texte, le Karmapa parle de l’origine du mantra Karmapa  Khyénno (‘Karmapa, connaissez-moi’) ou Karmapa zig (‘Karmapa, regardez-moi’). Il est difficile de dire quand il est apparu, mais il semble que, même avant la diffusion du bouddhisme au Tibet, les gens avaient coutume d’invoquer leurs nombreux dieux avec les mots ‘khyénno’ (connaissez-moi) ou ‘zig’ (regardez-moi). Quand le bouddhisme s’est installé au Tibet, cette coutume a peu à peu été adoptée par le nouveau chemin spirituel. Nous savons du moins, poursuit-il, que ceci est arrivé après l’époque du Ve Karmapa, Deshin Shèkpa, car quand il était en Chine à la demande de l’Empereur Ming, une compilation a été faite de tous les noms et mantras de tous les bouddhas et bodhisattvas. Au-dessous de l’image de Deshin Shekpa se trouvait le mantra à six syllabes d’Avalokiteshvara et non Karmapa Khyènno. L’histoire raconte que c’est de cette époque que date la tradition de réciter le mantra à six syllabes, avec la compréhension qu’il est lié à la fois au Karmapa et à Avalokiteshvara.

 

Puis le Karmapa lit la section suivante du texte qui est le début de la pratique principale : on visualise un lotus central à quatre tiges et au milieu un Avalokiteshvara resplendissant, qui est Mikyeu Dorjé au niveau intérieur. Sur les quatre lotus qui l’entourent, apparaissent des reflets d’Avalokiteshvara de quatre couleurs différentes (qui représentent les Quatre Incommensurables), tandis que dans le cœur de la figure principale se trouve la syllabe Hri, l’essence de la sagesse nonduelle. Quand on récite le mantra, des lumières irradient, faisant des offrandes aux Êtres Nobles, pour le bien des êtres vivants; finalement, ils se dissolvent en un et nous sommes purifiés de nos fautes. Tout le mérite est dédié à l’éveil complet.

Le Karmapa pense que Mikyeu Dorjé a probablement aussi écrit cette section puisque le colophon dit qu’il a écrit « le refuge, la bodhicitta, etc. ». Ce passage est probablement inclus dans le « etc. ». Le Karmapa conclut son explication en disant que c’est une visualisation spéciale, et il est bénéfique de la pratiquer. S’il y a du temps plus tard, il aimerait donner des explications plus détaillées.

 

Enseignements :

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L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.