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Intructions directes (suite)

18 janvier 2017 – Monastère de Tergar, Bodhgaya (Bihar) Inde

Aujourd’hui, le Gyalwang Karmapa continue son enseignement sur la pratique d’Avalokiteshvara, avec la méditation principale et ses phases de création et d’achèvement. Il commence par la lecture du texte, qui décrit l’obtention de l’éveil grâce à différentes méthodes : la vacuité, le siège du soleil et de la lune, la syllabe pour la parole, le symbole pour l’esprit, et la perfection pour le corps. 

Pour la pratique principale de création et d’achèvement, d’abord méditer que notre cœur est vide est l’éveil par la vacuité. Méditer qu’en son centre se trouvent un lotus, le soleil et la lune est l’éveil par le soleil et la lune, le siège. Méditer qu’en son centre se trouve un Hrih blanc est l’éveil par la syllabe, la parole. La lumière qui ray onne du Hrih nous purifie des manquements et des voiles accumulés depuis des vies sans commencement, de sorte que notre corps devient de la lumière blanche qui prend la forme d’un lotus. Ceci est l’éveil par le symbole, l’esprit. Le lotus se transforme en Avalokiteshvara avec un être de sagesse de la hauteur d’un pouce dans son cœur, et à nouveau, dans le cœur de l’être de sagesse se trouve la syllabe Hrih. Elle émet des lumières et transforme l’univers tout entier en un palais et ses habitants en Avalokiteshvara. Méditer ainsi est l’éveil par la perfection du corps.

D’abord, nous trouvons un endroit approprié et tranquille, installons un siège confortable et nous asseyons en état d’équilibre, jambes croisées. Le Karmapa explique que dans la phase de création des quatre tantras, on médite sur la divinité, et ici c’est Avalokiteshvara. Il y a de nombreuses façons de créer la visualisation – les trois étapes du rituel, les trois points vajra de la méditation sur le corps, etc. – ici, c’est la séquence des cinq étapes de l’éveil. Tout en étant conscient de notre corps ordinaire, nous tournons notre regard vers l’intérieur de notre poitrine et nous voyons que notre cœur est vide. Ceci est la première des cinq étapes, l’éveil par la vacuité. Cependant il ne suffit pas de penser que notre cœur est vide ; nous devons aussi nous rappeler l’ainsité, la nature de toute chose.

Au milieu de ce cœur d’ainsité vide, un lotus sur une tige apparait de la syllabe Pam, et au-dessus, de la syllabe Ah, apparait un disque de lune. Ce siège est la deuxième des cinq étapes, l’éveil par le siège. Le lotus représente le souhait de l’éveil, et la lune la bodhicitta relative. Pour que la pratique soit efficace, nous devons nous rappeler la signification du lotus et de la lune, ou nous rappeler la pureté. Si nous nous contentons de visualiser un lotus et une lune, ce n’est pas bénéfique pour notre esprit.

Au milieu du lotus et de la lune, se trouve la syllabe blanche Hrih, qui symbolise la force de vie et l’esprit d’Avalokiteshvara. Cette étape est la troisième, l’éveil par la syllabe ou la parole ou par le germe. Le Hrih blanc irradie des lumières multicolores dans toutes les directions, et elles nous purifient de tous les manquements et des voiles accumulés dans nos vies depuis des temps immémoriaux. La lumière emplit notre corps (ou nos cinq skandhas), qui se transforme en un lotus blanc sur une tige. Ceci représente la quatrième étape, l’éveil par l’esprit, le symbole.

Puis le lotus et la tige se transforment en Avalokiteshvara à un visage et quatre bras. Les deux bras principaux sont joints en prière au niveau du cœur ; le 2e bras droit tient habituellement un mala de cristal blanc, et le gauche un lotus blanc. Il porte divers ornements et des vêtements de soie. Il est assis en posture vajra sur un disque de lotus et de lune. Il est blanc, d’une couleur qui n’est pas terne mais d’un blanc brillant et lumineux comme une montagne enneigée frappée par les rayons du soleil. Avalokiteshvara sourit et ses yeux sont emplis de compassion. Le Karmapa précise que, comme les divinités paisibles, ses yeux sont allongés, en forme d’arc ; ils ne sont ni grand ouverts ni fermés, mais à demi-ouverts et ils émanent une grande compassion. (Les yeux des divinités courroucées sont grand ouverts, exorbités, et ronds.)

 

On pourrait entrer dans les nombreux détails de l’apparence d’Avalokiteshvara, comme la couronne et les bijoux du haut des bras, etc. ; en fait, les peintres qui réalisent des images de la divinité ont besoin de ces détails, mais ils ne sont pas très utiles pour les méditants. Ce qui est important est de savoir ce qu’ils nous disent d’Avalokiteshvara, et nous remémorant qui il est, d’expérimenter ce que nous ressentons pour lui. Par exemple, si nous nous remémorons quelqu’un que nous aimons, son image apparaît dans notre esprit en même temps que le sentiment que nous éprouvons pour cette personne. Nous ne pensons pas trop aux détails : les vêtements qu’il/elle porte, les motifs sur sa chemise, etc. Si notre esprit s’embrouille dans ces petits détails, cela empêchera l’expérience du ressenti, et le plus important est de se sentir très proche d’Avalokiteshvara.

 

Jusqu’à maintenant nous avons visualisé un lotus blanc qui se transforme en Avalokiteshvara de la taille de notre propre corps. Ses trois emplacements sont marqués de Om Ah Houng ; dans son cœur se trouve l’être de sagesse, de la taille d’un pouce, et dans le cœur de ce dernier un Hrih blanc avec visargah (deux petites sphères l’une au-dessus de l’autre, placées juste après le Hrih). Le Hrih irradie de la lumière, qui va vers l’univers tout entier, le transformant en un palais céleste pur, et elle touche aussi tous les habitants de sorte que leur corps se transforme en une multitude d’Avalokiteshvara. Ceci est la cinquième branche, l’éveil par la perfection du corps.

 

Lama Nyan (Tsemboupa) a expliqué que le but de la purification du monde (le contenant) en un palais céleste et de ses habitants (le contenu) en Avalokiteshvara est d’entraîner l’esprit à la vision pure ou la perception pure. Ceci n’arrivera pas maintenant, mais purifier le monde en le voyant comme un palais crée une connexion qui permettra de renaître dans un champ pur dans le futur. Se purifier en percevant toute personne que nous côtoyons, où que nous soyons, comme la divinité de yidam crée une connexion qui permettra qu’elle devienne notre disciple dans le futur.

La lettre blanche Hrih dans le cœur de l’être de sagesse irradie des lumières éclatantes en direction du Mont du Potala (la terre pure d’Avalokiteshvara) et l’invite lui et tous les bouddhas et boddhisattvas des dix directions. Ils viennent se dissoudre dans l’être de samaya, puis l’être de samaya et l’être de sagesse deviennent inséparables.

 

Lama Nyan a précisé ici que le but de cette visualisation est de réaliser toutes les divinités en méditant sur une seule. Ceci est important, dit-il, car sinon, pendant une session nous pratiquons Avalokiteshvara et son mantra, puis dans une autre, Hayagriva et son mantra. En pratiquant de la sorte, nous n’aurons pas assez de temps pour méditer sur toutes les divinités. De plus, Lama Nyan explique que ce type de pratique ne développe ni clarté ni profondeur ; également, si nous faisons un choix entre les différentes divinités de yidam, la réalisation qui fait de chacun un maître ne s’élèvera pas. Donc, nous méditons sur une divinité de yidam et les invitons toutes à se dissoudre en celle-ci ; par exemple, nous nous voyons comme Avalokiteshvara et méditons sur lui, non comme une seule divinité mais comme l’incarnation de tous les bouddhas et bodhisattvas. On dit que ceci est une instruction fondamentale qui peut faire que toutes nos vertus soient vastes et continues.

 

Le Karmapa lit alors la section de conclusion de la phase de création, qui contient l’enseignement ci-dessus, où les êtres de sagesse se dissolvent dans les êtres de samaya. Puis les lumières rayonnent et invitent les bouddhas des cinq familles qui confèrent les quatre initiations avec le nectar des vases qu’ils tiennent à la main ; le liquide qui déborde se transforme en Amitabha et orne le sommet de votre tête. La lumière repart et transforme tous les êtres en Avalokiteshvara qui récitent le mantra à six syllabes. Méditez que la divinité de yidam est vacuité sans point de référence et dédiez les mérites à l’éveil.

Spécifique à la tradition de Tsemboupa est l’enseignement selon lequel les bouddhas des cinq familles représentent l’aspect extérieur de la forme,  et leur essence intérieure est son propre lama. Habituellement, les cinq bouddhas sont invités depuis la terre pure d’Akanishtha, mais ici, dans la tradition de Tsemboupa (et en particulier dans le manuel d’instructions du Ve Shamar Rinpoché), si le lama est vivant, nous  imaginons qu’ils viennent de l’endroit, quel qu’il soit, où se trouve notre gourou ; s’il est décédé, ils viennent de la terre pure d’Akanishtha. En somme, pendant ces initiations, les cinq bouddhas représentent la forme de la divinité et sa nature essentielle est le lama. De la même manière, après que les cinq bouddhas ont conféré l’initiation et que Amitabha est apparu comme le joyau au sommet de notre tête, ce dernier est aussi en essence notre lama.

 

Ici Lama Nyan fait remarquer qu’un pratiquant peut avoir des connexions avec de nombreux lamas différents, et pour le dire simplement, certains sont nos préférés et pour d’autres, nous n’avons pas autant de dévotion. Nous pouvons imaginer le lama central comme celui pour lequel nous éprouvons le plus de dévotion, et puis imaginer que ceux qui nous semblent les plus éloignés se dissolvent dans ceux qui semblent plus proches, et finalement ces derniers se dissolvent dans le lama principal, qui alors les incarne tous.

Il est important de méditer sur tous nos lamas comme étant inséparables, et de penser que tous les autres lamas sont semblables en essence à notre préféré. Sinon,  nous faisons des choix parmi nos enseignants et nous ne pouvons pas développer une perception pure ni la réalisation. Le fait d’accepter et de rejeter est la cause de connexions négatives et si notre connexion avec un lama (au niveau de la dévotion et des samayas) est erronée, ceci affectera notre capacité à établir des connexions avec d’autres lamas. Il est important d’avoir foi et perception pure envers tous les lamas. Cependant, comme nous sommes humains, nous avons des préférences ; donc, nous plaçons notre lama préféré au centre mais ne pensons pas à lui comme étant une entité unique, mais plutôt, nous savons que ce lama est l’incarnation de tous les lamas avec lesquels nous avons une connexion. Ils sont semblables en essence et le lama principal contient tous les autres. C’est ainsi que nous pouvons avoir foi et dévotion envers tous.

 

Le Karmapa aborde ensuite la récitation du mantra. Nous visualisons que, du Hrih dans le cœur de l’être de sagesse à l’intérieur de nous, des lumières rayonnent et touchent tous les êtres vivants, les transformant en Avalokiteshvara. Dans certains manuels, il est dit que le Hrih est entouré du mantra Mani, et bien que ceci n’apparaisse pas dans le commentaire du VIIIe Karmapa, c’est correct de faire ainsi. Le force de notre récitation du mantra inspire Amitabha au sommet de notre tête (l’incarnation de tous les lamas) et l’incite à dire le mantra. Tous les êtres vivants qui ont été transformés en Avalokiteshvara récitent aussi le mantra. Certains manuels disent que nous pouvons imaginer – bien que ce ne soit pas facile – que tous les microorganismes de notre corps se transforment en Avalokiteshvara et récitent le mantra. Si nous pouvons faire la visualisation ainsi (une visualisation claire et stable aide), la récitation du mantra devient incalculable. Lama Nyan explique que ceci représente le but de la visualisation de nous-même, du gourou sous la forme d’Amitabha et des êtres innombrables récitant le mantra.

Mikyeu Dorjé continue en disant que nous devrions méditer sur la divinité principale comme vacuité sans point de référence. Ceci signifie que toutes les formes deviennent l’union des apparences et de la vacuité, comme un reflet ; tous les sons deviennent l’union des sons et de la vacuité, comme un écho ; et tous les mouvements  de l’esprit deviennent l’union de la clarté et de la vacuité, comme une image dans un miroir. Demeurer dans la vacuité comme ceci, à la fin de la pratique, est très important. Bien que ce ne soit pas dans le commentaire du VIIIe Karmapa, après, nous devrions réciter le mantra à 100 syllabes pour nous purifier de toute omission ou addition à la pratique, puis dédier les mérites. Ceci conclut une explication d’une version complète de la pratique de la phase de création.

 

Le Karmapa ajoute que nous pouvons combiner la pratique de la vacuité avec la vacuité en quatre points du Soutra du Cœur : « La forme est vide ; la vacuité est forme ; la vacuité n’est autre que la forme ; la forme n’est autre que vide. » Cette version originale serait la première des trois unions avec la vacuité décrites ci-dessus. Puis la vacuité en quatre points est appliquée au son – le son n’est autre que la vacuité, etc. – et finalement aux cognitions mentales.

 

Vient ensuite la phase d’achèvement et le Karmapa explique que d’autres manuels mentionnent la pratique des canaux et des souffles après la phase de dissolution. Ici, cependant, Mikyeu Dorjé explique l’achèvement en terme de la pratique du mahamoudra (le Grand Sceau). Généralement, les textes parlent de trois sortes de mahamoudra : le mahamoudra des soutras, le mahamoudra des tantras et le mahamoudra essentiel. Pour notre discussion, les deux premiers suffisent, et dans le texte de Mikyeu Dorjé, l’accent est mis sur le mahamoudra des soutras. On peut dire que la plupart des manuels du mahamoudra enseignent le mahamoudra de la tradition des soutras ; les perfections constituent la nature essentielle de la pratique et les pratiques sont compatibles avec la tradition des tantras.

Le Karmapa poursuivra l’enseignement sur la phase d’achèvement demain.

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

Le Guide de l'Environnement du Karmapa

Les 108 choses à faire pour l'environnement

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Le retour de Karmapa aux U.S.A.

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La vie en Inde

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