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Les Trois Points Essentiels – Jour 1

20 janvier 2017 – Monastère de Tergar, Bodhgaya (Bihar) Inde

Aujourd’hui le Gyalwang Karmapa commence son enseignement basé sur ‘les Trois points essentiels’, la section suivante des Cent instructions courtes de Mikyeu Dorjé. Ces trois points ont trait à l’essence de la pratique pour cette vie, pour le moment de la mort et pour le bardo. Cette pratique de développement de la compassion est reliée à Avalokiteshvara et a été donnée à Tropo Lotsawa par le grand Mitra Yogi. Cependant, le texte de Mikyeu Dorjé ne donne pas les instructions complètes de Mitra Yogi, mais seulement les strophes sur la vue, la méditation et la conduite.

Le texte racine se divise en trois parties ou trois types d’explication : la vue d’ensemble, l’explication détaillée et la conclusion (où nous trouvons la strophe de Mikyeu Dorjé).

La strophe pour la première partie, la vue d’ensemble, dit ceci :

 

En cette vie, méditez continuellement sur la divinité de yidam.

Au moment de la mort, méditez sur les instructions de phowa.

Dans le bardo, méditez sur le mélange.

Voici les trois points essentiels pour la méditation continue.

 

La première ligne indique la pratique pour cette vie, la seconde la pratique du moment de la mort (le transfert), et la troisième la pratique pour le bardo. La quatrième ligne se rapporte aux trois précédentes et les unit dans la pratique continue. Le Karmapa remarque que pour que nous soyons capable de faire ces pratiques et qu’elles soient bénéfiques, nous devons commencer dès maintenant et pratiquer continuellement, avec la continuité d’une rivière qui s’écoule (pas beaucoup un jour et puis rien un autre). C’est le point clé.

 

La première pratique – méditer continuellement sur la divinité comme pratique pour une vie – comprend quatre points : se souvenir de l’impermanence pour nous inspirer dans la pratique, développer la bodhicitta, prier le lama et le yidam, et méditer sur notre esprit comme non manifesté. Quand nous méditons sur l’esprit comme non manifesté, ou sur la nature de l’esprit, nous visualisons notre lama au-dessus de notre tête, et la divinité, dans notre cœur.

Commentant ceci, le Karmapa souligne que toute pratique se passera bien si nous nous souvenons de l’impermanence, qui permet de contrecarrer l’attachement à cette vie ; c’est important car nous ne savons pas quand viendra la mort. Considérons le samsara comme ayant la véritable nature de la souffrance, et abandonnons l’attachement aux choses de cette vie. Cette étape de la voie correspond aux individus de niveau inférieur et moyen.

 

La deuxième pratique – générer la bodhicitta – a pour but de développer pleinement la grande compassion ; non seulement nous souhaitons être nous-même libre du samsara, mais nous nous engageons dans la conduite du bodhisattva et nous chargeons du fardeau que représente la responsabilité de libérer tous les êtres. La meilleure manière de nous entraîner à la bodhicitta est en suivant les sept instructions sur la cause et le résultat, dont les deux principales sont : voir l’égalité de soi et autrui, et faire l’échange de soi et de l’autre. Cependant, pour véritablement développer la bodhicitta, il nous faut parcourir toutes les étapes. Cette pratique est pour les individus d’un niveau supérieur.

 

Le troisième point est de prier le lama qui est au sommet de notre tête et le yidam dans le cœur. Le Karmapa explique qu’après avoir généré la bodhicitta, achevé les deux accumulations et atteint l’état de Bouddha, nous pourrons être bénéfique à tous les êtres. Pour l’instant, nous n’avons pas cette capacité, aussi il nous faut étendre notre compassion, une compassion qui ne supporte pas de voir la souffrance de tous les êtres qui vivent les tourments du samsara et des mondes inférieurs. Avec un sentiment de compassion immense, nous pensons : « Ne serait-il pas merveilleux si je pouvais libérer tous ces êtres? » Nous prions Avalokiteshvara et les 1000 bouddhas de ce kalpa fortuné de nous bénir afin d’obtenir cette capacité, non dans un futur lointain mais maintenant même, de façon à ce que nous puissions commencer tout de suite à aider les autres.

 

Le Karmapa décrit la visualisation du texte du VIIIe Karmapa et explique que, au-dessus de notre tête se trouve un stoupa de cristal blanc à 1000 portes (comme le stoupa traditionnel de Gomang) ; assis au milieu d’un trône orné de joyaux, sur un siège de lotus et de lune se trouve Amitayus rouge (en essence notre lama) qui porte les trois robes du dharma et tient un bol d’aumône empli de nectar de sagesse. Les 1000 portes sont grand ouvertes et, à l’intérieur de chacune réside un des 1000 bouddhas de ce kalpa fortuné. Ils prennent la forme et la couleur des bouddhas traditionnels des cinq familles : ceux de l’est apparaissent comme Vairochana, ceux du sud comme Ratnasambhava, ceux de l’ouest comme Amitabha et ceux du nord comme Amoghasddhi.

Au-dessus du stoupa de cristal se trouve un vaste champ de refuge, composé des lamas kagyu, des bouddhas et bodhisattvas, des auditeurs et bouddhas solitaires, etc. ; ils sont en nombre inconcevable.

Dans notre cœur se trouve un lotus blanc fraichement éclos à 1000 pétales, au milieu duquel réside Khasar Khechari Pani (une forme d’Avalokiteshvara). Il a un visage et deux mains ; la droite est dans le moudra de suprême générosité, l’annulaire et le pouce de sa main gauche tiennent la tige d’un lotus blanc qui s’épanouit près de son oreille. Il est assis à l’aise, une jambe étendue, l’autre repliée. Au sommet de sa tête, à sa gorge et à son cœur se trouvent om ah hum. Dans ses cheveux noués en chignon sur le sommet de sa tête se trouve Amitabha, orné de bijoux et marqué des syllabes om ah hum à ses trois emplacements. Dans le cœur de Khasarpani se trouve un hrih blanc avec un visargah (les deux petites sphères empilées à sa gauche), autour duquel tourne le mantra à six syllabes.

2017.01.20Nous visualisons ceci clairement et nous prions le lama au sommet de notre tête sous la forme d’Amitabha ainsi que les 1000 bouddhas de ce kalpa fortuné. Avec une dévotion débordante, nous prions que tous les êtres soient libérés du samsara. C’est une pluie de bénédiction qui prend la forme de lumières qui descendent du cœur du lama, passent dans le canal central et se dissolvent dans le cœur de Khasarpani visualisé dans notre cœur.

Alternativement, sur chacun des 1000 pétales de lotus dans son cœur se trouve la lettre ah rouge. Par la force de notre dévotion, ces dernières flamboient de flammes dansantes, et de la lumière descend du cœur du lama au-dessus de nous, passe dans le canal central et se dissout dans les lettres ah, ce qui rend leur bénédiction puissante.

 

Entre les sessions, on devrait s’adonner à la méditation analytique sur l’absence de soi de l’individu et des phénomènes, puis poser notre esprit sur le sens que nous avons découvert. Ceci était une brève explication du premier point.

 

Sa Sainteté aborde ensuite le deuxième point essentiel, qui est pour le moment de la mort et présente la pratique du transfert de conscience (‘pho ba). La strophe racine dit ceci :

Ayant offert votre propre corps,

Abandonnez entièrement toutes les dépendances.

Vous entraînant au faisceau de lumière,

Envoyez votre esprit à Tushita.

 

Le Karmapa explique qu’il y a trois parties obligatoires pour la pratique de phowa : éliminer les empêchements, réunir les conditions favorables et faire vraiment la pratique. Les empêchements ou obstacles font référence à l’attachement à notre  corps, à nos possessions et aux lieux. Ils nous alourdissent de sorte que, même si notre souhait est très fort, nous ne parvenons pas à nous envoler vers Tushita. C’est comme si on attachait une pierre à l’aile d’un oiseau pour qu’il ne quitte pas le sol. Si nous désirons prendre notre envol, il nous faut surmonter notre fixation sur notre corps. Une façon de faire est d’offrir notre corps illusoire en ganachakra ou festin d’offrande. Ceci est semblable à la pratique de séparation (expliquée plus tard dans les instructions de Mikyeu Dorjé), et nous pouvons aussi suivre les visualisations de la séparation ici.

La deuxième ligne dit : « Abandonnez complètement toutes les dépendances », ce qui signifie se séparer de l’attachement aux amis, à la famille, aux lieux et à la richesse. Nous voyons que les personnes qui peuplent nos vies se sont réunies pour l’instant, comme les personnes qui se retrouvent en même temps dans un centre commercial, mais chacune va bientôt reprendre son chemin. Ceci ressemble au processus de la mort quand nous devons nous séparer de tout ce à quoi nous sommes attaché (nos relations personnelles, notre fortune, et tous nos biens). Sur un plan ultime, ces objets sont superflus, inutiles et nous devons trouver des moyens de réduire et d’éliminer cette saisie.

 

La troisième étape, explique le Karmapa, est de réunir les conditions positives. Pour naître en Tushita, nous devons ressentir une aspiration fervente, faire d’intenses prières, et aussi dédier toutes les vertus qu’on peut avoir afin de réaliser ce but. Ce sont les trois conditions favorables.

 

La quatrième étape est la pratique effective du transfert, qui est traitée dans les deux dernières lignes : ceci implique de s’entraîner avec un faisceau de lumière à travers lequel nous envoyons notre esprit à Tushita, le beau Paradis joyeux qui fait partie du monde du désir. Nous l’imaginons en face de nous ; en son centre nous voyons un Maitreya doré qui se trouve sur un trône de lions, fait face à notre monde et nous regarde.

Nous le prions du fond du cœur et demandons à être sauvé du samsara. De lui, vient un long tube de lumière qui atteint notre fontanelle ouverte. Le Khasarpani (l’essence de notre esprit) dans notre cœur regarde vers le haut et voit que le faisceau de lumière se dirige directement vers un mandala doré et brillant, qui brille comme un soleil dans le cœur de Maitreya, et Khasarpani suit ce chemin. En résumé, il y a trois pensées ici : le faisceau de lumière vient au sommet de votre tête, il est reconnu comme étant le chemin vers Tushita, nous avons le désir ardent d’y aller.

À nouveau, par le pouvoir de la prière, des lumières rayonnent du cœur de Maitreya, sous la forme d’un crochet qui descend dans le canal de lumière et, attrapant le Khasarpani dans notre cœur (la nature essentielle de notre esprit), le tire vers le haut à travers la fontanelle jusqu’au cœur de Maitreya où il se dissout, de sorte que notre esprit et l’esprit de Maitreya deviennent inséparables. Demeurez alors dans un état d’équilibre. Une fois encore, des lumières rayonnent du cœur de Maitreya, et nous émergeons de son cœur sous la forme d’un dieu juvénile, assis sur un lotus à 1000 pétales en face de Maitreya, avec pour seul souhait d’embrasser le dharma du mahayana. Imaginez que vous avez pris une telle renaissance.

Ceci complète une brève explication du transfert. Le Karmapa précise que l’explication utilise l’exemple de Tushita, mais nous pouvons penser à d’autres terres pures comme Sukhavati, ou à renaître en présence de notre bon lama et de ne pas en être séparé. Nous évoquons le lama qui vient d’où qu’il soit (sa résidence présente s’il est en vie, ou sinon une terre pure). Le lama vient en face de nous, nos esprits sont mêlés et ne font qu’un.

 

Le Karmapa dit que ceci conclut l’enseignement pour le moment de la mort ; maintenant, il nous faut pratiquer car il est difficile de faire cette méditation quand nous sommes déjà en train de quitter ce monde. Cet enseignement sur les Trois points essentiels s’est largement diffusé dans différentes lignées et il serait bien de lire d’autres approches de la pratique. Demain les enseignements porteront sur le bardo, la deuxième pratique.

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

Le Guide de l'Environnement du Karmapa

Les 108 choses à faire pour l'environnement

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Le retour de Karmapa aux U.S.A.

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La vie en Inde

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L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.