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Les Trois Points Essentiels – Jour 2 (2e partie) L’accumulation de sagesse

21 janvier 2017 – Monastère de Tergar, Bodhgaya (Bihar), Inde

Après avoir enseigné l’accumulation de mérite qui conduit à la réalisation des corps formels, le Karmapa aborde la section suivante des instructions de Mikyeu Dorjé, qui montre comment voir la profonde vacuité et méditer sur elle, et réaliser le dharmakaya par l’accumulation de sagesse. D’abord, le Karmapa donne la transmission scripturaire pour cette partie sur la vue, qui développe de façon complète et subtile la ligne : « Le point clé de la vue est de reconnaître tout ce qui apparait » ; puis il en donne son propre commentaire.

 

Le Karmapa explique : « Le point principal a trait à notre façon de prendre les phénomènes qui nous apparaissent comme réellement existants ou réellement établis. Cette façon de les prendre pour réels et vrais (ou non trompeurs), et puis de les saisir comme des choses qui existent est ce qui doit être réfuté par la prajna qui réalise la profonde vacuité. »

Le Karmapa cite ensuite la phrase de Gampopa qui est dans le texte : « Nous devons méditer sur l’essence même. Méditer sur le vide n’est d’aucune aide. » C’est le phénomène lui-même tel qu’il nous apparait maintenant sur lequel il nous faut méditer comme étant vide de sa propre essence. Nous n’avons pas besoin de méditer sur une vacuité qui est séparée du phénomène ; c’est le point principal. Ici, dans les instructions de Mikyeu Dorjé, il réfute bien l’explication de Jé Tsongkhapa et de ses disciples ; cependant, ce serait bien si nous pouvions pratiquer en voyant que la vacuité décrite par Mikyeu Dorjé et celle de Jé Tsongkhapa et de ses disciples ne sont pas contradictoires.

Le Karmapa raconte l’histoire d’un lama qui avait étudié les textes principaux et était allé enseigner à l’étranger. Il avait décidé qu’il enseignerait aux gens comme il enseignait aux moines. Ainsi, il commenta en détail l’Entrée sur la Voie du milieu de Chandrakirti, en exposant également les débats avec les arguments pour et contre portant sur des points subtils. Au fil des jours, son auditoire diminua lentement jusqu’à ce qu’il n’y eut plus qu’une seule personne. Cet étranger dit au lama qu’il avait une question : « Quel est le bienfait d’entendre toutes ces discussions qui datent de plusieurs siècles? A quoi sert de savoir qu’une personne a dit telle chose et une autre telle autre ? J’ai besoin de quelque chose qui aide mon esprit maintenant. » Parfois, exposer en détail ce qui doit être réfuté et ce qui le réfute n’aide pas beaucoup. Au lieu de saper et d’affaiblir ce qui doit être nié, ces débats peuvent même faire croître notre saisie égocentrique.

2017.01.20

Un lama guéloukpa a dit autrefois que si nous ne réfléchissons pas à ce qui est réfuté, nos réfutations ne seront rien que des paroles stériles. Ce que nous devrions faire est de nous tourner vers l’intérieur pour voir quelle est la véritable chose à réfuter ; ceci amènera une réfutation véritable et effective. Si nous ne comprenons pas ce qu’il y a à réfuter et que nous le réfutions sans une réelle compréhension, ce sont des paroles vides, inefficaces, un simple jargon qui ne peut agir comme un antidote à la saisie égocentrique.

Au lieu de cela, il nous faut regarder à l’intérieur et voir ce qui, en nous, est en train d’être réfuté. Quand on étudie les textes de la Voie du milieu, nous mettons souvent l’accent sur une compréhension des mots et des réfutations, mais si on en reste là, il parait difficile d’être véritablement efficace. Ce que nous devons faire, c’est identifier ce qui doit être réfuté. Par exemple, si nous essayons de trouver un voleur et que quelqu’un nous dit que c’est un être humain, un moine et qu’il est jeune, ceci ne suffira pas à trouver le voleur. Nous avons besoin de pouvoir le montrer du doigt ; autrement, si on donne une description générale du voleur, ça n’aide pas beaucoup.

De même, nous avons besoin de pouvoir identifier, en nous basant sur notre expérience, ce qu’on est en train de réfuter et de dire avec confiance « C’est ça! » La plupart des difficultés se résument à ce qui est réfuté (le ‘negandum’). Pour identifier ceci, il nous faut reconnaître comment il apparait. Dans ce texte, Mikyeu Dorjé propose la vue de la première école de la Voie du milieu, qui déclare qu’un vase est vide d’être un vase. Cependant, l’école de la Voie du milieu tardive affirme qu’un vase n’est pas vide d’être un vase, mais vide d’être vraiment établi. C’est la principale différence entre les deux écoles.

 

L’école de la Voie du milieu de la tradition guéloukpa affirme généralement que, quand nous utilisons les raisonnements qui analysent l’ultime, nous devons réfuter à la fois le soi qui est établi de lui-même et un soi qui est posé de manière conceptuelle  ou par les vues philosophiques. Ce que ceci signifie, c’est que toute apparence qui peut s’élever- entachée par l’attachement au soi et en lien avec les six facultés sensorielles – est ce que nous prenons comme devant être réfuté, ou examiné par les raisonnements qui analysent l’ultime. Cette compréhension est correcte. Nous n’avons pas besoin de nier quelque chose de séparé (que nous pensons être vrai et établi), en dehors de ce qui apparait aux six consciences. Il n’est pas possible d’éliminer quelque chose qui est posé comme étant séparé des phénomènes.

Dans son chant « Chant de la vue de la Voie du milieu, reconnaître ma mère », Changkya Rolpé Dorjé émet une vue similaire : ce qui doit être réfuté n’est pas une chose séparée ; ce qu’il nous faut réfuter est le fait de saisir ces apparences comme vraies. C’est une déclaration très importante. Si nous ne réussissons pas à transformer les apparences présentes, il nous sera difficile de changer notre esprit.

 

Une histoire à propos du maître Pakmo Droupa (1110 – 1170) illustre ce point. Il a d’abord étudié avec de nombreux maîtres Kadampa mais une question demeurait : Qu’est-ce qui fait que nous tournons en rond dans le samsara ? Il alla voir le célèbre Chapa Cheukyi Sèngué (1109-1169) qui répondit : « l’ignorance. » Comme ce genre de terminologie générale du dharma se trouve dans de nombreux textes, cela n’a pas aidé Pakmo Droupa. Il posa la même question à un maître Sakya et, bien que la réponse fut meilleure, elle ne le toucha pas profondément. Finalement, Pakmo Droupa alla voir Gampopa, qui répondit : « La cause du samsara est ta conscience actuelle. » Pakmo Droupa reconnut le sens, ce qui fut immédiatement bénéfique à son esprit, et il en vit la nature.

 

Ainsi, nous n’avons pas besoin de chercher à l’extérieur de nous-même ou de passer par toutes les boucles du raisonnement ; mettons-nous simplement en relation avec l’apparence qui s’élève à l’instant même. Si l’on a un lama doté de bénédictions et un étudiant qui a une bonne fortune, cet étudiant pourra voir la nature de l’esprit et savoir que la confusion est ce qui n’est pas véritablement établi : ce n’est pas quelque chose d’autre, à l’extérieur, qui a besoin de changer.

Il se peut que nous manipulions les apparences en décidant que celle-ci est trompeuse mais pas celle-là. Peut-être allons-nous isoler celle qui est trompeuse et examiner les nombreux aspects qui font qu’elle est si imparfaite. Et puisque ceci n’est pas lié à nous intérieurement ou directement, nous en venons à penser que ce qui est erroné est séparé de nous. Cette façon de penser ne nous est d’aucune aide.

Comme mentionné précédemment, le Karmapa explique qu’il y a deux types de soi : le soi illusoire qui est imputé par la pensée, qui existe de façon conventionnelle, et le soi véritablement établi, qui n’existe pas, même à un niveau conventionnel. Comme il est difficile pour des débutants de distinguer entre ces deux comme étant des choses séparées à réfuter, de nombreux manuels d’instructions disent que les types de soi (celui qui existe de façon conventionnelle et celui qui n’existe pas) sont réfutés  ensemble.

Le Karmapa précise : « Voici un point essentiel. Il nous faut examiner notre courant de conscience et reconnaître ce qui doit être réfuté, identifier ce qui doit être modifié : c’est ce qui va saper et affaiblir notre fort attachement au moi. Nous pouvons étudier ou enseigner des centaines ou des milliers de présentations sur la vue de la Voie du milieu, ou nous pouvons réciter des centaines ou des milliers de fois le texte racine des Strophes fondamentales de la Voie du milieu ; mais si tout ceci ne nous aide pas à changer notre esprit et à reconnaître sa nature, cela a peu d’utilité. »

Ceci est une brève présentation des vues de l’école guéloukpa.

 

Dans sa manière de penser, Mikyeu Dorjé met l’accent sur les trois phases : pré-analytique, légèrement analysé et pleinement analysé. Même de nos jours, au XXIe siècle, ces trois phases sont importantes. Dans la Discussion générale de la validité, le VIe Shamar, Cheukyi Wangchouk, combine toutes ses discussions des écoles philosophiques – à partir des Vaibashika – avec ces trois phases d’analyse.

Le Karmapa explique : « Selon moi, quand nous étudions la Voie du milieu, les trois phases sont connectées de la manière suivante : la première phase, pré-analytique, est en lien avec le raisonnement conventionnel et les apparences conventionnelles ; la deuxième phase d’analyse partielle fonctionne avec l’inférence, et on a l’analyse par les raisonnements pour la dernière. »

 

Le Karmapa mentionne en passant : « Quand nous analysons ce que nous avons établi  par l’analyse partielle, on devrait l’appeler l’ultime avec catégorie (rnam grangs pa’i don dam), et non l’ultime sans catégorie (rnam grangs ma yin pa’i don dam) », ceci parce que l’analyse partielle demeure dans le domaine conceptuel. Le Karmapa poursuit : « La troisième phase de l’analyse complète découle naturellement de la deuxième car elle devient de plus en plus forte. La troisième phase a trait à la cognition valide directe et à la perception de la vacuité par la sagesse de l’état d’équilibre des Êtres Nobles. À ce point, nous voyons que tous les phénomènes sont libres de toute élaboration, libres des quatre extrêmes, des huit élaborations, etc. »

Avec cette présentation, nous voyons que les cinq raisonnements de la grande Voie du milieu sont utilisés durant la deuxième phase (mais pas la troisième), car l’inférence est appliquée dans la phase d’analyse partielle. Si nous examinons les trois phases ainsi, nous pouvons aussi voir que la présentation de l’école guéloukpa et notre présentation de ces trois phases ont finalement un point similaire ; la pensée ou l’intention ultime des deux revient à la même chose.

Le Karmapa fait cette mise en garde : « Quand on étudie la vue de la Voie du milieu, il est important de pouvoir distinguer les limites entre les phases et comment on passe de l’une à l’autre. Si nous sautons de la première phase ordinaire à l’analyse complète de la troisième, alors, quand on dit qu’il n’y a rien qui existe, rien qui n’existe pas, etc. , il sera difficile de développer une véritable compréhension. Il faut avancer pas à pas et, donc, savoir distinguer la limite entre chaque phase. »

En maniant la validité par inférence dans la deuxième phase, nous en venons à découvrir l’ultime avec catégorie. Sur la question de savoir si la nature essentielle de l’ultime avec catégorie est différente de l’ultime sans catégorie, il existe une différence entre les présentations de la Voie du milieu (entre les premières et les plus récentes). On pourrait en dire encore beaucoup mais le temps ne le permet pas.

Le Karmapa résume ainsi : « Au fond, ce que nous devons comprendre, c’est que nous devons tourner notre attention vers l’intérieur de façon à ce que notre pratique devienne un antidote à la saisie des choses comme étant réelles, et à la saisie d’un soi. » Sur un ton plus léger, le Karmapa remarque : « A l’origine, je devais donner une lecture scripturaire des Cent instructions courtes, mais j’ai été un peu bavard et vous vous retrouvez avec ces instructions supplémentaires. »

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

Le Guide de l'Environnement du Karmapa

Les 108 choses à faire pour l'environnement

Les déplacements du 17ème Gyalwang Karmapa

Le retour de Karmapa aux U.S.A.

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La vie en Inde

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L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.