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Gourou Yoga en quatre sessions (1er partie)

11 février 2017 – Pavillon du Meunlam, Bodhgaya

Faisant preuve d’une érudition novatrice et éclairée en histoire, le Karmapa divise son intervention du matin en quatre grands sujets qui apportent des clarifications sur des éléments majeurs de sa lignée d’incarnation : l’histoire de la lignée Karma Kamtsang (y compris les notions des quatre lignées aînées et des huit cadettes), l’apparition du nom de Karmapa, le sens, la véritable couleur et l’origine de la Coiffe noire, et l’origine du mantra ‘Karmapa Khyénno’.

 

Ce matin, le Gyalwang Karmapa parle d’aspects importants de sa tradition en préparation à l’explication de la pratique qui sera faite l’après-midi. Auparavant néanmoins, il met l’accent sur des points essentiels concernant la pratique. Les gens peuvent écouter l’explication, mais pour faire véritablement la pratique, ils doivent avoir reçu une initiation dans la tradition des tantras supérieurs (anuttara yoga). Il  conseille aussi, si l’on connait le tibétain, de dire le texte en tibétain, texte qui est disponible en format ‘pecha’. Pour l’essentiel, les mots de la pratique sont ceux du VIIIe Karmapa, Mikyeu Dorjé, et pour quelques uns, ce sont ceux de ses étudiants qui ont compilé le texte.

 

Pour le premier point, l’histoire de la lignée Karma Kamtsang, le Karmapa explique que Gampopa avait de nombreux étudiants et parmi eux, quatre détenteurs de lignée, connus comme les fondateurs des quatre premières lignées de la tradition Dakpo Kagyu : Barom, Phakdrou, Kamtsang et Tsalpa Kagyu. De Phakmo Droupa sont issues les huit lignées ultérieures : Drikoung, Takloung, Trophou, Lingre, Martsang, Yelpa, Yasang et Shouksep Kagyu.

Des érudits contemporains soutiennent que l’expression « les quatre lignées aînées et les huit cadettes » vient de Jamgœn Kongtrul Lodreu Thayé (1813-1899). Cependant, au XVIIet au XVIIIe siècle, vécut un maître du nom de Takloung Ngakwang Namgyal qui composa une histoire célèbre de la lignée Takloung ; ce texte contient une offrande de thé qui mentionne les quatre lignées aînées et les huit cadettes qui descendent de Gampopa.

De plus, le IVe Kamtrul Rinpoché, Cheukyi Nyima (1730-1779), a parlé des quatre lignées aînées dans son autobiographie. Ces deux textes sont antérieurs à Jamgœn Kongtrul et indiquent donc des sources plus anciennes pour l’expression.

Le Karmapa remarque qu’en général, il y a deux façons de comprendre l’expression ‘les quatre lignées aînées et les huit cadettes’ : elle peut renvoyer aux lignées Kagyu en général, ou seulement à la lignée Karma Kamtsang, comme il est expliqué dans le commentaire de Karmay Khènchèn Rinchèn Dargyé sur la Courte prière à la lignée de Vajradhara. Ici, il dit qu’elle se réfère à quatre et huit disciples du 1er Karmapa Dusoum Khyènpa. Le Karmapa actuel insiste sur le fait que les mots tibétains ‘che’ et ‘choung’, qui sont habituellement traduits par ‘supérieur’ et ‘inférieur’, devraient en fait être traduits par ‘aîné’ et ‘cadet’, car il est question d’antériorité historique et non de quelle lignée est la meilleure. Pour appuyer son point de vue, le Karmapa renvoie aux histoires de Guésar de Ling, dans lesquelles les lignées issues de ses trois frères, l’aîné, celui du milieu et le plus jeune, sont appelés ‘supérieure’, ‘moyenne’ et ‘inférieure’ en terme de leur ancienneté. Ici, c’est une question d’âge, non de grandeur, comme pour les quatre lignées aînées et les huit cadettes de la tradition Kagyu.

 

Le Karmapa aborde ensuite le sujet du nom ‘Karma Kamtsang’. Habituellement, dit-il, on le considère comme synonyme de Karma Kagyu, mais il y a une légère différence. La lignée Kamtsang Kagyu part de Dusoum Khyènpa qui était un disciple direct de Gampopa, et le fondateur de l’une des quatre lignées aînées. Il semble que le nom ‘Kamtsang’ soit apparu avant celui de Karma Kagyu, car la première partie du nom ‘Kam’ vient de Kampo Nénang, le lieu où le Ier Karmapa demeura en retraite et où il réalisa le mahamoudra. Des trois sièges principaux qu’il fonda et qui sont reliés à son corps, sa parole et son esprit, celui-ci est le lieu de son corps. ‘Tsang’ signifie littéralement ‘nid’ ou par extension ‘endroit isolé’ ; ainsi Dusoum Khyènpa ‘nicha’ dans le lointain Kampo Nénang, comme le ferait un oiseau.

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La question suivante porte sur comment le Karmapa a reçu son nom. Le Karmapa remarque que, dans certaines histoires tibétaines, on dit que le Ier Karmapa, Dusoum Khyènpa, reçut ce nom parce qu’il fonda un monastère du nom de Karma Khading. Cependant, le IIIe Karmapa, Rangjoung Dorjé, a écrit dans son autobiographie en vers que ce monastère n’a été fondé qu’à son époque, aussi l’attribution au Ier Karmapa est incorrecte. Pawo Tsouklak Trèngba (1504-1566) mentionne dans son histoire du dharma, une Fête pour les érudits, (c’est aussi mentionné dans d’autres textes) que, quand Dusoum Khyènpa fut ordonné à l’âge de seize ans, il eut une vision pure de tous les bouddhas et bodhisattvas lui remettant la Coiffe noire et l’intronisant avec le nom de Karmapa, celui qui accomplit l’activité de tous les bouddhas.

Le Karmapa note qu’en général, un membre de la sangha ordonnée peut avoir de nombreux noms (le nom avant l’ordination, puis le nom secret qui est donné à l’entrée dans certains mandalas, et même le nom que les gens lui donnent). Le Karmapa pense qu’il est raisonnable de dire que ‘Karmapa’ était l’un des nombreux noms de Dusoum Khyènpa. Ce nom n’était pas très connu, mais plutôt gardé secret car il avait été conféré dans une vision pure. D’un autre côté, le IIe Karmapa, Karma Pakshi, était connu comme le Karmapa ; ainsi le nom secret de l’incarnation précédente est devenu le nom public de la suivante. C’est ce qui s’est produit avec plusieurs  Karmapas ; par exemple, le nom secret du IIe Karmapa, Karma Pakshi, était Rangjoung Dorjé, ce qui est le nom public du IIIe Karmapa, Rangjoung Dorjé.

Cette coutume a jeté le trouble chez beaucoup de gens. Le colophon du texte intitulé le Cycle des Océans infinis, (qui comprend un Océan infini d’écoles philosophiques, un Océan infini de la validité, un Océan infini de questions et réponses, etc.) dit qu’il est écrit par Rangjoung Dorjé. Beaucoup ont pensé qu’il s’agissait du IIIe Karmapa, cependant, cela renvoyait à l’un des nombreux noms secrets de Karma Pakshi, qui est ensuite devenu le nom public du IIIe Karmapa.

De la même manière, Rœlpay Dorjé est un nom secret du IIIe Karmapa, et est devenu le nom public du IVe Karmapa, Rœlpay Dorjé. Nous savons que ceci est un nom secret du IIIe Karmapa parce que dans une ligne de son texte les Profonds principes intérieurs, il mentionne : « cherchez ceci dans mon texte l’Apparence de la lumière des mandalas ». C’est une de ses rares compositions, que l’actuel Karmapa a reçue récemment. Son colophon déclare qu’il a été écrit par Rangjoung Rœlpay Dorjé, confirmant ceci comme étant l’un des noms du IIIe Karmapa.

Pour résumer, le Karmapa dit qu’à l’époque du Ier Karmapa, Dusoum Khyènpa, seules quelques personnes savaient qu’il portait le nom de Karmapa, mais le IIe Karmapa lui-même disait souvent : « Je suis celui qui est connu comme le Karmapa. » Voici donc une preuve. Une autre preuve mentionnée par le Karmapa pour illustrer le fait que le nom secret du Karmapa précédent devient le nom public du suivant est celle-ci : dans son Grand commentaire sur le Yoga tantra, le VIIIe Karmapa, Mikyeu Dorjé, a écrit que les grands maîtres des soutras et tantras sont Butön (Rinchèn Droup 1290-1364) et Rangjoung Dorjé. Mikyeu Dorjé expliqua que ce dernier nom renvoyait au IIe Karmapa (Karma Pakshi, ayant pour nom secret Rangjoung Dorjé) et au 3e détenteur de la Coiffe noire, Rangjoung Dorjé. Il existe beaucoup d’autres sources historiques mais nous n’avons pas le temps de les traiter ici.

 

Le sujet suivant concerne le Karmapa en tant que porteur de la Coiffe noire, coiffe qui remonte à l’époque du Ier Karmapa, Dusoum Khyènpa. Dans son autobiographie, Karma Pakshi parle d’une couronne de soie noire que personne n’avait jamais vue auparavant.   De même, des histoires du Dharma, comme la Fête pour les érudits, racontent que la Coiffe noire date probablement de l’époque où Dusoum Khyènpa était en retraite à Kampo Nénang. Il eut alors une vision de Saraha portant une coiffe noire, qui est devenue le modèle pour celle que Dusoum Khyènpa créa.

Le Karmapa parle ensuite de la couleur de la coiffe. En tibétain, on l’appelle  /zhwa nag po/, ce qui veut dire littéralement « coiffe noire », mais en fait sa vraie couleur est bleu-noir (mthing nag). Le Karmapa fait allusion à l’initiation de Chakrasamvara qu’il a donnée récemment où, dans l’initiation du vase, il y a l’initiation de la coiffe. Ici, chacun des bouddhas des cinq familles a une coiffe de la couleur de son corps : la coiffe d’Akshobhya est bleu profond ou bleu-noir, celle de Ratnasambhava est jaune doré, et celle de Vairocana est blanche. Le Karmapa porte une coiffe bleu-noir pour indiquer qu’il est l’esprit vajra de tous les bouddhas et qu’il appartient à la famille vajra d’Akshobhya. En outre, ‘dorjé’ fait partie du nom de nombreux Karmapas, tels  Rangjoung Dorjé, Rigpé Dorjé, etc. (au total, c’est le cas de 10 sur 17 Karmapas). Ce n’est que plus tard, remarque le Karmapa, que les empereurs de Chine (en particulier ceux de la dynastie Ming) offrirent au Karmapa une Coiffe noire ornée de bijoux ; la Coiffe noire originale remonte, cependant, au Ier Karmapa, Dusoum Khyènpa.

 

Un autre point porte sur l’origine de la cérémonie où la Coiffe noire est présentée. Il est difficile de dire quand elle a réellement commencé. La plus ancienne source historique que l’on ait, observe le Karmapa, mentionne le VIIIe Karmapa, Mikyeu Dorjé (1507-1554), donnant une cérémonie de la Coiffe noire. Il y a deux coiffes noires : l’une, appelée Dzamling Yezhwa, a été offerte au VIe Karmapa, Thongwa Dondèn, par un empereur Ming, et l’autre s’appelle ‘Importante à contempler’ (mthong ba don ldan) mais son origine n’est pas claire.

 

Le Karmapa parle ensuite de la source de son nom-mantra, Karmapa Khyènno. L’histoire note que, à l’invitation de l’empereur Yonglé, le Ve Karmapa (1384-1415) s’est rendu dans la capitale chinoise de Nanjing. De cette période date une connexion profonde entre la tradition du Mantra secret du Tibet et le peuple chinois. Le Karmapa explique qu’après cette période, un livre fut composé qui utilise différentes  écritures (tibétaine, chinoise, lantsa, etc.), avec les images et les noms des bouddhas, bodhisattvas et divinités de yidam du Mantrayana secret, ainsi que leurs noms-mantras. La page du Ve Karmapa montre son image avec son nom écrit au-dessous, et sur le côté se trouve le mantra Om Mani Padme Houng, et non son nom-mantra ‘Karmapa Khyénno’.

Puisque le Karmapa est considéré comme une émanation d’Avalokiteshvara, le Karmapa explique qu’il n’est pas surprenant de trouver le mantra à six syllabes associé avec lui. Il existait aussi une tradition où des gens (appelés ‘maniwa’, les gens des Mani) adaptaient le mantra à une mélodie et le chantaient pour le bien des êtres tout en voyageant à travers le Tibet. Cette coutume remonte à l’époque du IIe Karmapa, comme c’est le cas pour les moulins à prières. Ceci est confirmé, déclare le Karmapa, dans une histoire par le 6e ou 7e Bènchèn Lama, dans laquelle il discute des bienfaits des moulins à prières et les fait remonter à Karma Pakshi. Ainsi y a-t-il une connexion particulière entre les Karmapas et le mantra à six syllabes.

Alors comment le nom-mantra ‘Karmapa Khyénno’ a-t-il vu le jour ? Il est difficile de dire qu’il a commencé avec une personne particulière. Il y a une tradition tibétaine, qui est antérieure à l’arrivée du bouddhisme, selon laquelle les gens appellent leurs divinités et demandent leur protection : « Khyénno! » (Pensez à moi!) « Zigso! » (Regardez-moi!). Les gens demandaient à leurs divinités de les protéger « Lha Khyénno! » (Divinité, pensez à moi). Ceci ressemble quelque peu à l’expression « Mon Dieu! », et l’on aurait bien du mal à dire exactement qui en est à l’origine et quand. De même, il semble que ‘Karmapa Khyénno’ a émergé de façon naturelle chez les Tibétains. Ils ont prononcé les mots, et comme leurs souhaits ont été exaucés, tout doucement l’expression s’est transformée en un mantra qui a le pouvoir de mots de vérité.

Ceci complète l’introduction à la lignée du Karmapa, donnant des détails sur ce qui lui est particulier ; cet après-midi, le Karmapa expliquera les visualisations pour la pratique du Gourou Yoga en quatre sessions.

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

Le Guide de l'Environnement du Karmapa

Les 108 choses à faire pour l'environnement

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Le retour de Karmapa aux U.S.A.

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Présentation du Karmapa aux Etats-Unis par Dzogchèn Ponlop Rinpoché, Principal organisateur de la venue du Karmapa aux Etats-Unis en 2008

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La vie en Inde

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L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.