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Début de l’Arya Kshéma, la rencontre hivernale pour les nonnes, à Bodhgaya.

 6 mars 2017 – Temple principal du monastère de Tergar, Bodhgaya (Bihar), Inde

 En ce premier jour de la 4e Rencontre hivernale Arya Kshéma, le Karmapa souhaite la bienvenue aux 560 nonnes, venues de 9 shédras (collèges monastiques) avec leurs enseignants, ainsi qu’à de larges groupes de nonnes de Taïwan, de Corée, du Vietnam et de Chine, plus quelques nonnes occidentales et la communauté des femmes laïques. Du 6 au 18 mars, les nonnes vont participer à treize jours d’enseignements, de débats et de rituels.

Le Karmapa note que la rencontre de cette année comporte deux événements exceptionnels. Tout d’abord, les nonnes issues de sept shédras seront en compétition pour la première fois. Les juges seront trois Guéshémas, des nonnes qui, après avoir étudié pendant des années les traités essentiels, ont récemment réussi tous les examens et ont reçu l’équivalent du titre de Guéshé de Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Le Karmapa fait remarquer qu’avoir pour juges ces nonnes très brillantes est une marque de respect à leur égard, et c’est aussi une source d’inspiration pour toutes les nonnes, afin de les inciter à atteindre ce degré d’excellence.

En second lieu, après des années de recherche et de discussion, le Karmapa annonce que va débuter le chemin historique en vue de la pleine ordination des nonnes dans la tradition du bouddhisme tibétain. Cette année, des nonnes Dharmagupta de Nan Lin Nunnery à Lantou, sur la côte ouest de Taïwan, vont apporter leur concours pour conférer les vœux de getsulma (novice), qui seront observés pendant un an. Seront ensuite donnés les vœux de gelopma (vœux spéciaux), qui sont observés pendant deux hivers ou deux étés, et finalement l’ordination complète avec les vœux de gelongma. Le Karmapa souligne l’importance de suivre un chemin graduel et d’avancer prudemment, pas à pas, de façon à construire une base solide.

Le Karmapa revient ensuite à l’Ornement de la précieuse libération de Gampopa, reprenant là où il s’était arrêté l’an dernier, à la section concernant la cérémonie de prise du vœu de bodhisattva (dans le chapitre 9 sur ‘l’Adoption correcte de la bodhicitta’). Il rappelle à l’auditoire qu’il y a deux lignées pour la prise des vœux : l’une passe de Manjoushri à Nagarjouna, et l’autre de Maitreya à Asanga. La première est généralement associée à l’école de la Voie du milieu, et la deuxième avec celle de l’Esprit seul. Le Karmapa note que ceci implique cependant une hiérarchie, la Voie du milieu étant considérée comme supérieure ; aussi, vaut-il mieux les nommer la lignée de la vue profonde et la lignée de la conduite vaste.

La cérémonie dans la lignée de la vue profonde a deux aspects : la cérémonie en présence d’un gourou ou bien sans gourou. Quand le Roi Amba Manjoushri a pris les vœux, il les a pris au cours d’une cérémonie où il n’y avait pas de gourou. On en trouve la description ici dans l’Ornement de la précieuse libération, et aussi dans le Flambeau qui éclaire le chemin vers l’éveil d’Atisha.

Cependant, les textes consacrés au véhicule du bodhisattva disent que prendre ces vœux ne devrait pas être trop facile. Nous devons nous efforcer de rechercher un gourou, et si nous n’y parvenons pas, nous pouvons prendre les vœux au cours d’une cérémonie sans gourou. Ou bien, nous avons peut-être trouvé un enseignant authentique, mais pour le servir, il peut y avoir un certain danger pour sa vie, ou des vœux de chasteté. Comme ceci revient à ne pas avoir trouvé de gourou, dans cette situation nous pouvons aussi prendre les vœux en l’absence d’un lama.

Faisant à nouveau référence au Roi Amba, le Karmapa explique que, pendant de nombreuses années, le roi avait fait des offrandes au Bouddha du nom de ‘Mélodie du tonnerre’. Quand est venu le moment de la dédicace, le roi voulait dédier les mérites à l’obtention du niveau de sravaka ou d’arhat pratyekabuddha. Mais une voix dans le ciel l’encouragea : « Tu dois dédier le mérite à l’obtention de l’état de bouddha. » Suivant ce conseil, le Roi Amba a généré une bodhicitta authentique. Les paroles qu’il a prononcées, et la cérémonie qu’il a accomplie se trouvent dans le soutra appelé Etablir la terre pure de Manjoushri, qui fait partie des soutras de Ratnakutra. C’est la cérémonie que nous pouvons faire si nous ne trouvons pas de gourou.

 

Que la cérémonie se passe avec ou sans lama, il nous faut d’abord entraîner notre esprit à la bodhicitta intentionnelle pour que celle-ci ne se borne pas à de simples paroles mais vienne du fond de notre cœur. C’est véritablement la base pour prendre le vœu. Au minimum une semaine auparavant, nous devons entraîner notre esprit à la bodhicitta grâce aux instructions essentielles sur la cause et le résultat, la pratique de l’échange de soi et d’autrui ou l’égalité de soi et d’autrui. Il est bien sûr difficile de générer une bodhicitta authentique en une semaine, mais du moins, cet entraînement laissera des empreintes dans notre esprit. D’un autre côté si nous ne savons pas expliquer ce qu’est la bodhicitta, si elle reste une fabrication intellectuelle et que nous ne faisons que répéter les mots de la cérémonie, il paraît bien difficile de dire que nous avons véritablement reçu le vœu.

 

L’ami spirituel Kadampa Potowa a expliqué les étapes de la pratique. Nous méditons d’abord pour reconnaître que tous les êtres vivants sont notre mère et nous éprouvons de la gratitude envers eux pour leur bonté. Ceci peut faire naître un grand sentiment d’amour, d’où découle la grande compassion. Nous pouvons alors trouver la motivation extraordinaire qui mène à la génération de la bodhicitta.

Le maître Kadampa Netsulpa a dit que, pour apporter un bienfait parfait aux autres et à nous-même il n’est d’autre méthode que d’obtenir l’état de bouddha. En effet, aussi longtemps que nous demeurons dans le samsara, nous ne parvenons même pas à accomplir nos propres objectifs, sans parler de faire le bien d’autrui. Les shravakas et les pratyekabuddhas peuvent accomplir partiellement leur propre bien, mais ils sont incapables de faire le bien des autres. Réaliser l’éveil complet – qui se produit grâce à la bodhicitta – est la seule façon de faire spontanément son propre bien et celui des autres.

L’enchainement de causalité qui mène à la bodhicitta fonctionne aussi dans l’autre sens, passant de la compassion à l’amour, puis à la gratitude pour la bonté des êtres et la reconnaissance qu’ils ont été nos mères. Ceci s’appuie sur la vue des agrégats, ce qui signifie que l’on a la vue d’un soi qui aspire à faire le bien d’autrui. C’est ce qu’on appelle l’amour des tathagatas. L’explication de Guéshé Sharwa est pratiquement la même que cette séquence de causes, il l’a simplement exprimé différemment.

Générer la bodhicitta dépend de diverses causes et conditions, et pas d’une seule cause ; il est donc important d’entraîner notre esprit et de développer la bodhicitta par étapes. Que nous parlions de la vue profonde de Nagarjouna ou de la tradition de la conduite vaste d’Asanga, on trouve la même nécessité de commencer par transformer notre esprit.

 

Puis le Karmapa donne le transmission scripturaire du texte jusqu’au troisième point ‘Prendre la forme spéciale du Refuge’.

Ensuite, il aborde des questions directement liées à la rencontre des nonnes. Il est dit que notre enseignant, le Bouddha Shakyamouni à la grande compassion, a sacrifié un tiers de sa vie pour que les enseignements fleurissent et demeurent longtemps. Quelque 2600 ans ont passé depuis sa mort, et les enseignements ont continué partout dans le monde, apportant un grand bienfait et le bonheur à de nombreuses personnes. Dans ce tiers-ci de sa vie, consacré aux enseignements, sont inclus les enseignements dispensés aux nonnes, pour qu’elles puissent pratiquer les trois entraînements et les trois vœux.

Nous savons cela grâce au Flamboiement du dharma, qui est en fait tiré d’un soutra enseigné par le Bouddha, qui s’appelle le Soutra de l’essence de la lune. Celui-ci n’a pas été traduit en tibétain, mais Atisha l’a cité dans son Compendium des soutras et sa citation inclut le Flamboiement du dharma. A la fin de ce souhait, il y a deux lignes :’Puisse mon entourage prospérer’ et ‘Puisse mon entourage être respecté’. Le tibétain dit seulement ‘mon entourage’, et le sens n’est pas clair. Heureusement, le Soutra de l’essence de la lune a été entièrement traduit en chinois au 6e siècle.

Dans cette version, nous trouvons le Flamboiement du dharma et aussi une explication du terme ‘mon entourage’, qui indique les quatre types d’entourage (bdag ‘khor rnam bzhi). Le souhait dit : ‘Puisse mon entourage être respecté grâce au pouvoir qu’il a de ramener à la vue juste ceux qui, jusque là, avaient les vues fausses des extrêmes’. L’entourage signifie ici les quatre types d’entourage : les moines et les nonnes pleinement ordonnés ainsi que les laïques hommes et femmes. Le Bouddha faisait le souhait que, par le pouvoir de ses mots de vérité, les quatre types d’entourage prospèrent. Ceci nous montre que le Bouddha avait le souhait ou l’espoir que la communauté des nonnes pleinement ordonnées se développe.

Certains disent parfois dans les groupes tibétains ou les centres bouddhistes que si les femmes deviennent nonnes, cela nuira aux enseignements. On dit la même chose à propos de l’instauration des vœux de gelongma. Cependant, si ces développements devaient vraiment nuire au dharma, le Bouddha n’aurait pas souhaité que les communautés de nonnes s’épanouissent. Il faut envisager ces questions d’une façon large et spacieuse.

2017.03.15

Le Karmapa termine la session du matin en prodiguant aux nonnes des conseils sur la façon de s’affronter pendant les débats, sans être la proie des sentiments mondains d’aversion et d’attachement. Il leur suggère de se souvenir que les débats ont pour but de mêler le dharma à leur esprit. Il est bon aussi de se détendre un peu de façon à avoir un esprit tranquille. Le Karmapa offre ses souhaits et ses prières pour que la rencontre hivernale d’Arya Kshéma soit vertueuse au début, vertueuse au milieu et vertueuse à la fin. L’assemblée récite ensuite les Souhaits du Mahamoudra du 3e Karmapa, un texte profond sur la nature de l’esprit, qui en se concentrant sur la nature ultime offre un parallèle au Soutra du coeur chanté aux débuts des enseignements. Ces deux textes décrivent et célèbrent la perfection de sagesse, incarnée par les femmes.

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

Le Guide de l'Environnement du Karmapa

Les 108 choses à faire pour l'environnement

Les déplacements du 17ème Gyalwang Karmapa

Le retour de Karmapa aux U.S.A.

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Le 19 mai 2008, dans la salle du Hammerstein Ballroom de New-york, le public était serré et enthousiaste : Tibétains, Chinois et Occidentaux, la plupart étaient disciples du précédent Karmapa. Le silence se fit plein de promesses, lorsque Dzogchèn Ponlop Rinpoché présenta le tant-attendu Karmapa Ogyen Trinley Dorjé…

Présentation du Karmapa aux Etats-Unis par Dzogchèn Ponlop Rinpoché, Principal organisateur de la venue du Karmapa aux Etats-Unis en 2008

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La première visite de Sa Sainteté le 17ème Gyalwang Karmapa, Ogyèn Trinley Dorjé, aux Etats-Unis est un événement historique et une occasion à la fois joyeuse et mémorable pour ses nombreux étudiants et amis dans le monde occidental. Sa Sainteté, qui est à la tête de l’école Kagyu du bouddhisme tibétain, est largement reconnue comme étant un des plus grands Maîtres spirituels de notre temps…

La vie en Inde

La vie en Inde

L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.