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Le Soliloque de Guéshé Potowa (3e session)

15  février 2017-  Pavillon du Meunlam- Bodhgaya

Le Karmapa souhaite la bienvenue à tout le monde puis continue la lecture du texte de Guéshé Potowa :

« A mon avis, nous devons fuir uniquement ce qui est à abandonner, à savoir les souffrances du samsara et accomplir un nombre incalculable d’accumulations afin d’obtenir le résultat : le parfait état de bouddha, en  pratiquant tout ce qui est dit être les grands mérites. Par exemple, si en vendant  des lots de tissus de laine, nous faisons gagner à l’acheteur quatre ou cinq kilos en plus sans qu’il s’en aperçoive, ceci apportera un grand mérite. »

Le Karmapa explique que nous devons mettre le plus de distance possible entre nous-même et le monde du samsara pour en finir avec la souffrance. Jusqu’à ce jour, nous avons fait l’expérience de la douleur alors que nous voulions l’éviter. Qui se moque de nous ? Le coupable est notre propre esprit et son attachement aux plaisirs et aux tâches de cette vie ; c’est notre attachement à cette vie qui est à blâmer. Une analogie pour la situation serait l’image d’un fil de pêche à l’extrémité duquel se trouve un hameçon pointu, et nous, nous sommes le poisson pris par les objets plaisants de la vie. Cet attachement ne fera que nous attirer vers une nouvelle renaissance dans le samsara, avec toutes ses souffrances.

Au passage, le Karmapa remarque que certaines personnes disent qu’elles ont abandonné cette vie, mais si on y regarde de plus près, nous voyons que ce n’est pas vrai. Par exemple, quelqu’un prend la robe pour gagner le respect, mais s’il ne développe pas les qualités qui pourraient lui apporter ce respect, il ne l’obtiendra pas ; alors il cesse d’être moine, se laisse pousser les cheveux et porte des vêtements de yogi faisant savoir qu’il est quelqu’un qui vit simplement. On trouve de telles personnes partout et leur quête de respect est le signe qu’elles ne se sont pas encore détournées de cette vie.

Après avoir indiqué ce qui est à abandonner, le Karmapa aborde ce qui doit être accompli : une vaste accumulation de mérite, nécessaire pour obtenir le plein éveil. Ceci doit arriver rapidement de façon à ce que nous puissions commencer à aider les autres le plus vite possible. Comment s’y prendre ? Potowa l’illustre avec l’exemple du marchand de tissus de laine. Si nous donnons à l’acheteur quatre ou cinq kilos en plus à son insu, cela produira un grand mérite.

2014.02.14c

Puis le Karmapa lit la suite du texte :

« Quand je parle ainsi, certains répliquent : ‘c’est perdre sans rien avoir en retour, il serait préférable de donner’. En fait, un pratiquant du dharma ne doit rien attendre en retour, et se réjouir de voir l’autre, qui est comme un parent, gagner plutôt que lui. Sans agir ainsi, il n’y a pas moyen de s’éveiller à l’état de Bouddha. De plus, cette attitude est à l’opposé de la méditation sur les Quatre Illimitées.»

Le Karmapa ajoute que si nous sommes généreux en secret, les autres nous prennent pour de parfaits idiots. Ils disent qu’une telle attitude est inutile puisque nous perdons et n’obtenons rien en retour. Au moins, si nous faisons connaître aux autres notre générosité, ils seront reconnaissants. Potowa réplique que si vous pensez uniquement à cette vie, alors c’est comme vous le dites. Mais si vous êtes un vrai pratiquant, vous n’attendez pas de récompense pour vos activités. Vous ne cherchez rien en retour.

Par exemple, quand des parents ont un fils chéri, ils souhaitent qu’il s’en sorte au mieux. Il est plus important que les choses se passent bien pour leur fils que pour eux. Il en est de même pour ceux qui cherchent l’éveil : ils préfèrent que ce soit les autres qui aient du mérite plutôt qu’eux. C’est cette attitude qu’il nous faut développer, et pas seulement envers ceux qui nous sont proches, mais envers l’infinité des êtres vivants, amis ou ennemis. Sans cette motivation, il est impossible d’atteindre l’état de bouddha. Nous pouvons bien répéter les deux premières Illimitées – Que tous les êtres connaissent le bonheur et les causes du bonheur. Qu’ils soient libres de la souffrance et des causes de la souffrance – mais nous ne faisons que répéter des mots ; ce que nous pensons ne correspond pas à ce que nous disons.

 

Le Karmapa continue le texte :

« Pour réaliser l’état de bouddha, nous devons être capable de donner jusqu’à notre propre corps et notre propre vie, si c’est pour aider les êtres. Alors que dire de nos possessions! Si un pratiquant perd le sommeil pour quelques pertes dans ses affaires, non seulement il ne peut pas aider les autres, mais il se fait du tort à lui-même.

Par exemple, quand certains offrent le thé aux moines d’une vallée reculée, les gens disent qu’ils ont accompli un acte positif, et ils pensent eux aussi avoir fait quelque chose de vertueux. Et pourtant, ils vont s’installer dans un endroit peuplé ou dans un monastère,  ils achètent des biens quand ils sont abondants puis les vendent quand ils se font rares ; ils ne vendent pas au prix courant, ils n’utilisent pas les mesures en vigueur, comme les quarts et les onces. Ils négocient jusqu’à ce qu’ils obtiennent ce qu’ils veulent, ils ne lâchent pas, jusqu’à ce que les autres, ne pouvant plus rien faire, abandonnent par dépit. Il ne s’agit pas que du comportement d’une ou deux personnes, mais de tous ces visiteurs qui viennent de tous les horizons. Ils ne font pas cela juste un jour, un mois ou une année : c’est toute leur vie qu’ils accumulent du négatif !
En bref, ils se sentent bien quand ils font de rares actes positifs au grand jour mais n’éprouvent pas un seul instant de tristesse à accumuler du négatif toute leur vie. Je me demande comment est fait leur esprit, quelle certitude ils ont. »

 

Le Karmapa explique que si nous voulons aider les autres, nous devons être prêts à donner non seulement nos possessions et notre fortune, mais notre vie même s’il y a une bonne raison de le faire. Cependant, si tel marchand se désespère d’avoir perdu la moitié de la charge portée par un animal, comment peut-il atteindre l’état de bouddha ? Il est comme un pantin, vide à l’intérieur et qui a été rempli ; de l’extérieur, il ressemble à quelque chose, mais à l’intérieur il n’y rien de valeur. Le Karmapa observe qu’on peut appeler une telle personne lama, khènpo, maître, etc. mais ces titres ne sont qu’une apparence, il n’y a rien derrière. Ils peuvent obtenir un certain profit de cette ruse mais c’est temporaire car, à la fin, ils connaitront une énorme perte.

Dans un village où des gens se sont rassemblés, quelqu’un offre le petit déjeuner aux moines vivant dans la vallée. D’autres, en voyant cela, vont penser que ce bienfaiteur a réuni un mérite considérable ; l’individu pensera aussi qu’il a fait une bonne chose et se vantera même de ce qu’il a fait, en promettant de continuer à l’avenir. Puis il se rend dans un lieu où les biens sont abondants, les obtient à bas prix seulement pour les revendre plus tard en faisant un profit énorme, quand les biens se font rares. Il ne suit pas les prix courants mais insiste sur ses chiffres gonflés, et utilise toutes sortes d’arguments intelligents pour obtenir ce qu’il veut, rendant par là-même les gens misérables. Puis il se dit : « Je ne fais pas ceci pour moi-même mais pour le bien des lamas et des monastères. » Il n’est pas la seule personne à faire cela, beaucoup le font et elles ne le font pas une seule fois mais toute une vie. Voilà une façon de vivre qui n’est pas correcte.

De même, certains font des pratiques et des prières le matin et se sentent bien, mais ensuite ils n’accomplissent que des mauvaises actions le reste de la journée ou le reste de leur vie sans éprouver le moindre remords. On se demande ce qu’il y a dans leur cœur. Quelle sorte d’esprit ont-ils ? Quelle certitude peuvent-ils avoir ?

 

Le Karmapa revient à la lecture du texte :

« Au vu de la façon dont ils sont tombés sous l’emprise de la saisie égocentrique et du désir, il n’est pas pensable de les voir se libérer en comprenant l’absence d’existence même des actes négatifs.
Tout d’abord ils n’ont jamais entendu dire que la pleine maturité des actes négatifs est la renaissance dans les trois mondes inférieurs. Si tant est qu’ils en aient entendu parler, ils n’y ont pas réfléchi. Ainsi, sans se préoccuper d’une mauvaise réputation dans cette vie-ci et de la souffrance dans la suivante, ils sont prêts à sacrifier leur corps, leur vie et le Dharma pour avoir plus de richesses.
Ils méritent notre compassion. Leur comportement est le summum de ce qui cause la souffrance. »

 

Le Karmapa explique qu’à l’époque de Guéshé Potowa (1027-1105) et de Mikyeu Dorjé (1507-1554), il y avait de nombreux titres qui étaient donnés aux pratiquants du dharma : Chöjé (Seigneur du dharma), Droupthop (Maître réalisé ou Siddha), Jétsun (Seigneur), Kunkhyèn (Omniscient) et Gyalwang (le Seigneur des Victorieux). Le Karmapa fait une distinction entre deux autres titres : réincarnation (kukye ou yangsi) et émanation (tulku) du corps, de la parole et/ou de l’esprit. Il existe d’autres titres pour les érudits comme Pandita  (érudit) ou Rabjampa (personne au profond savoir), ou bien ils sont nommés selon ce qu’ils ont appris par cœur : un érudit qui a mémorisé 300 000 strophes ou même un érudit qui a mémorisé 3 million de strophes. On peut ainsi attribuer de nombreux noms.

Néanmoins, quel que soit le titre utilisé, en constatant le degré de la saisie égocentrique et à quel point les choses sont prises pour réelles, on comprend il n’y a aucune chance que des personnes soient libérées à la simple vue que les choses n’existent pas vraiment et que les mauvaises actions sont vides. D’ailleurs, ces personnes ne savent même pas que les mauvaises actions mûrissent en tant que renaissance dans les trois mondes inférieurs. Ou si elles en ont entendu parler, elles n’y pensent pas.

 

Le Karmapa termine son intervention de la matinée sur cette note d’avertissement. Vient ensuite la méditation sur le son d’un bol chantant. Le Karmapa demande à l’auditoire de méditer continuellement sur le son – quand il se fait plus fort, puis quand il diminue -, et de voir l’esprit devenir de plus en plus subtil.

Ensuite, le Karmapa explique que quand il récite la Dédicace pour les vivants et les morts (tirée de la collection des œuvres du 1er Karmapa), lui-même représente tout le monde ; aussi devrions-nous tous garder à l’esprit la même prière, le souhait que tous les êtres, aussi nombreux que vaste est l’espace, et en particulier ceux qui ont une connexion avec le Kagyu Meunlam, que tous ces êtres aient le bonheur et la joie, que les vivants aient des circonstances favorables et que les morts aient une bonne renaissance.

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

Le Guide de l'Environnement du Karmapa

Les 108 choses à faire pour l'environnement

Les déplacements du 17ème Gyalwang Karmapa

Le retour de Karmapa aux U.S.A.

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Le 19 mai 2008, dans la salle du Hammerstein Ballroom de New-york, le public était serré et enthousiaste : Tibétains, Chinois et Occidentaux, la plupart étaient disciples du précédent Karmapa. Le silence se fit plein de promesses, lorsque Dzogchèn Ponlop Rinpoché présenta le tant-attendu Karmapa Ogyen Trinley Dorjé…

Présentation du Karmapa aux Etats-Unis par Dzogchèn Ponlop Rinpoché, Principal organisateur de la venue du Karmapa aux Etats-Unis en 2008

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La vie en Inde

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L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.