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L’histoire en marche : le premier pas vers l’ordination complète des nonnes du bouddhisme tibétain

11 mars 2017 – Pavillon du Meunlam, Bodhgaya

Le 28 décembre 2016, dans une lettre historique envoyée à ses monastères de nonnes en Inde, au Népal et au Bhoutan, le Karmapa annonçait officiellement que le véritable processus en vue de l’ordination complète des nonnes allait commencer. Il précisait que, sur le lieu de l’éveil du Bouddha à Bodhgaya, le jour auspicieux de la pleine lune du mois des miracles (le premier mois du calendrier tibétain, à la date du 12 mars 2017), les vœux de shramaneri (getsulma) seraient conférés aux nonnes désirant prendre l’ordination complète.

 

Après beaucoup de délibérations, un chemin vers l’ordination complète a été tracé. Il a été décidé que les nonnes garderaient les vœux de shramaneri pendant un an, après quoi elles prendront les vœux de shikshamana (gelopma ou formation) auprès de nonnes Dharmaguptaka, vœux qu’elles garderont deux hivers ou deux étés. Finalement, elles recevront les vœux de bhikshuni (gelongma ou ordination complète) avec la participation de nonnes de la tradition Dharmaguptaka et de moines tibétains de la tradition Mulasarvastivadin. Ce chemin graduel suit le raisonnement du Karmapa selon lequel, en instaurant l’ordination complète pour les nonnes, il est crucial d’avancer pas à pas et de poser une base solide sur laquelle on peut construire. Un point important de ce processus en trois étapes est que les vœux sont transmis à travers une lignée féminine à tous les niveaux ; ainsi, les nonnes Dharmaguptaka jouent ici un rôle prépondérant.

La cérémonie de cette année est l’aboutissement d’années de recherches poussées et d’une prise en compte attentive de tous les aspects complexes de ce processus. Au fond, la volonté du Karmapa d’offrir cette opportunité de l’ordination complète reflète sa compréhension profonde et moderne des questions de genre, et son soutien entier aux nonnes et aux femmes qui suivent la voie du bouddhisme. Dans son livre Le coeur de l’homme est noble, le Karmapa écrivait : « Les catégories masculin-féminin sont souvent traitées comme si elles étaient des vérités éternelles. Mais ce n’est pas le cas. Elles n’ont pas de réalité objective. Parce que le genre est un concept, c’est un produit de notre esprit qui n’a pas d’existence absolue, séparée de l’esprit qui le conçoit. Les catégories de genre n’ont pas de réalité intrinsèque en elles-mêmes et par elles-mêmes. »

Faisant le lien avec la situation de fait, le Karmapa a remarqué pendant la Rencontre Arya Kshéma : « Les moines et les nonnes ont la même capacité à être les garants des enseignements du Bouddha, ils partagent cette même responsabilité. Cependant, à une certaine période, les nonnes n’ont pas vraiment eu l’occasion de maintenir les enseignements, ce qui a été une perte pour nous tous. »

Aussi bien Sa Sainteté le Dalaï-Lama que le Karmapa ont souvent souligné l’importance des quatre piliers de la sangha : les moines et les nonnes pleinement ordonnés et les pratiquants laïques hommes et femmes. Les textes disent que pour qu’une terre soit considérée comme sacrée, il faut que les quatre piliers soient présents.

2017.03.11

Citant des précédents dans sa propre lignée, et prenant en compte la nécessité de faire entrer le bouddhisme dans le 21e siècle (une mission qu’il s’est fixé), le Karmapa s’est engagé à soutenir les nonnes tout au long de sa vie : « Il me semble important de faire tout mon possible pour soutenir les enseignements et la pratique des nonnes, de façon à ce qu’elles progressent dans l’écoute, la réflexion et la méditation. Je veux m’y efforcer autant que je le peux, du fond du cœur. C’est assurément nécessaire dans la société contemporaine et je pense qu’il convient que je m’y consacre à partir de maintenant jusqu’à la fin de cette vie. Je pense que cela est en accord avec les activités des précédents Karmapas. »

Pour donner les premiers vœux de shramaneri, le Karmapa a invité des nonnes de Nan Ling Nunnery (aussi connu sous le nom de l’Ashram de la sangha de la bhiksuni Daksinawana) qui se trouve dans une zone isolée de l’ouest de Taïwan. Ce monastère a été fondé en 1981 et les soixante nonnes observent une vieille tradition du vinaya Dharmaguptaka (discipline monastique), tout en suivant le mahayana et en mettant l’accent sur la pratique d’Amitabha. Selon les règles de leur vinaya, l’abbesse (khènmo) qui donne le vœu doit demander à sa sangha l’autorisation de conférer le vœu ; comme cela lui a été accordé, l’abbesse a pu venir à Bodhgaya pour cet événement historique.

Bien que le nombre minimum de nonnes requis pour conférer le vœu soit de deux, cette année, neuf nonnes sont venues de Nan Ling Nunnery pour aider à la cérémonie. Parmi elles, se trouvent les deux enseignantes principales, qui doivent être présentes : l’abbesse Shih Jian Sheng qui a conféré le vœu, et l’érudite (lopon) Shih Jian Ru qui a enseigné le vinaya. Les autres nonnes sont venues pour apporter leur aide pendant l’enseignement intensif donné quotidiennement du 3 au 11 mars. Pendant ces journées bien remplies, les 19 nonnes de la région himalayenne, qui ont pris les vœux avec les nonnes Dharmaguptaka, ont étudié le vinaya le matin et le déroulement de la cérémonie l’après-midi. Deux nonnes, une Tibétaine parlant couramment chinois et une Chinoise parlant couramment  tibétain, ont aidé à traduire les cérémonies afin que les nonnes sachent ce qu’elles disaient et ce qu’elles devaient faire.

Avant la cérémonie – pour souligner l’importance majeure de cette prise de vœu – les nonnes ont effectué un long rituel de repentir et de purification, examinant leur esprit afin d’éliminer les obstacles. Cette étape vise à s’assurer que toutes les conditions pour prendre le vœu sont bien là, et que les nonnes sont devenues un réceptacle approprié. Pendant la cérémonie elle-même, les nonnes sont soumises à de nombreuses questions pour vérifier qu’elles sont bien des réceptacles appropriés pour les vœux. On leur pose des questions sur les treize obstacles majeurs qui les empêcheraient de prendre les vœux, les seize obstacles à éliminer avant de pouvoir les prendre, etc. Comme ces questions prennent un temps considérable, il a été décidé que certaines des nonnes commenceraient à prendre les vœux un jour plus tôt et que le processus dans son ensemble serait terminé le jour de la pleine lune.

 

Le 11 mars, sous le vaste branchage de l’Arbre de la Bodhi, à côté du siège vajra où le Bouddha a obtenu le plein éveil, un espace réservé a été délimité pour la cérémonie et recouvert de tapis rouges aux motifs floraux. A la gauche des nonnes, s’élève le mur de pierres grises du stoupa de la Mahabodhi où quatre niches renferment des statues du Bouddha décorées de guirlandes de soucis jaunes et orangés fraichement cueillis. Les nonnes, qui portent des habits de style chinois en tissu bordeaux, cousus pour l’occasion, sont assises en face de l’abbesse et de l’érudite. Les deux nonnes Dharmaguptaka sont assises derrière des tablettes portant des représentations du Bouddha, et sur le sol en face d’elles se trouve un coussin spécial recouvert d’un mandala de brocart.

À partir de 7h du matin, les nonnes s’avancent une par une, s’inclinent et s’agenouillent, puis répondent aux nombreuses questions sur les obstacles, que pose  l’abbesse Shih Jian Shèng. Elle demande à chaque nonne si elle peut garder chacun des dix vœux requis, question à laquelle chaque participante répond : « Oui, je le peux. » Après avoir répondu à la Khènmo, chaque nonne se met debout et s’incline devant l’érudite Shih Jian Ru, qui prononce le nom de la nouvelle getsulma ; l’érudite enregistre son nom ainsi que la date et l’heure exactes auxquelles le vœu a été conféré.

Ainsi, les nonnes qui ont reçu les vœux de shramaneri entrent dans l’histoire comme faisant partie de ce processus inspirant de restauration de l’ordination complète pour les nonnes de la sangha tibétaine. Plus de la moitié de ces nonnes ont accompli une retraite de trois ans, ce qui témoigne de leur engagement pour la pratique.

Du monastère de Thrangou Rinpoché, l’abbaye de Thrangou Tara au Népal viennent : Karma Drukdrama, Lobsang Khandro, Karma Wangchouk Lhamo et Tsultim Sangmo.

Du monastère de Khènpo Tsultrim Gyatso Rinpoché, Karma Drubdey Palmo Chokyi Dingkhang au Bhoutan, viennent : Karma Konchok et Shérab Zangmo.

Du monastère de Karma Thrinley Rinpoché, Chökhor Thèkchèn Lékshay Ling, viennent : Thapkhé Dolma, Kunga Dolma, Kunchok Wangmo, Choekyi Dolma et Deckey Wangmo.

Du monastère de Kèntin Taï Sitou Rinpoché, Palpoung Shérab Ling en Inde viennent : Karma Changchoup Choedon et Kelsang Choedon.

Du monastère de Sa Sainteté Karmapa, Karma Droubgyé Dargey Ling en Inde viennent : Lodan Chhéring et Déchèn Choden.

Et du monastère de Khènpo Tsultrim Gyatso Rinpoché, Woser Karma Thekchok Ling au Népal viennent : Shérab Palmo, Karma Lodro Déchèn, Karma Chodèn et Mingyour Sangmo.

 

La cérémonie se termine tard dans l’après-midi ; comme les nonnes ont été très bien préparées, la cérémonie s’est déroulée rapidement et sans problème, et toutes les nonnes sauf une ont pu recevoir les vœux. La dernière nonne les recevra le jour suivant, pendant le rituel de célébration en présence du Karmapa. A la fin de cet événement qui fera date, les nonnes reçoivent une pluie de fleurs rouges, roses et jaunes. Elles en étaient encore recouvertes quand elles se sont levées pour s’incliner devant l’abbesse et l’érudite, en reconnaissance du rôle clé qu’elles ont joué en ouvrant aux nonnes les portes de ce monde particuli

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