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Qu’est ce que la vraie compassion ?

10 octobre 2016 – Upper TCV, Dharamsala, Inde

Cet après-midi, le Gyalwang Karmapa rencontre les mères d’accueil du Village des enfants tibétains de Upper Dharamsala, dans un cadre plus informel. Ce sont elles qui ont la charge quotidienne de s’occuper des enfants qui vivent dans différentes  maisons, avec une trentaine d’enfants et une mère d’accueil pour chaque maison. Le Karmapa commence son intervention en remarquant que ce qu’il va dire, elles le savent déjà toutes.

 

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« C’est l’environnement social des enfants et, en particulier, la relation proche qu’ils entretiennent avec les personnes qui s’occupent d’eux qui déterminent leur devenir. Les schémas habituels qu’ils acquièrent dans leurs jeunes années ainsi que les conseils reçus sont probablement des éléments majeurs de la formation de leur pensée, et ceci  pour le reste de leur existence. Ainsi, les personnes qui leur tiennent lieu de mères sont essentielles.

Comme tous les humains, nous avons en général une mère et un père ; mais nous, les Tibétains, faisons cette difficile expérience où parents et enfants sont séparés. Par le passé, en pensant à leur avenir et aussi pour préserver la culture tibétaine et le dharma, de nombreux parents ont laissé partir leurs enfants. Sans se laisser gagner par le découragement face aux très grandes difficultés rencontrées, beaucoup d’enfants sont arrivés ici en Inde. Grâce au leadership de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, les Villages des enfants tibétains ont vu le jour. »

Le Karmapa évoque ensuite les objectifs de l’école : en combinant une éducation  traditionnelle et une éducation moderne, elle vise à produire de bonnes personnes, dignes et bien élevées. Pour réussir, l’éducation est certes importante, mais tout aussi important est le rôle des mères d’accueil. Elles ont une grande responsabilité car leur façon d’être et de travailler sert d’exemple aux enfants.

« Généralement nous avons du mal à accepter une lourde responsabilité. Si vous demandez à quelqu’un s’il est prêt, ou s’il a le courage et le temps d’assumer une grande responsabilité, il aura du mal à dire ‘oui’. Mais, même si ce n’est pas une capacité innée, c’est quelque chose que nous pouvons développer par l’expérience, de façon à élargir notre esprit. Je vais prendre mon exemple : j’ai été reconnu comme le Karmapa quand j’avais sept ans. A ce moment-là, je ne comprenais pas qui était le Karmapa ou ce que je devais faire maintenant que j’étais le Karmapa. Dans notre pays natal, les gens ont généralement une grande foi pour le Karmapa, une foi authentique. En général, les Tibétains ont une immense foi envers les lamas et ils pensent parfois qu’ils sont surhumains, comme s’ils n’avaient pas besoin de manger. »

Sa Sainteté poursuit : « Le jour où j’ai été reconnu comme le Karmapa, j’ai pensé :’je vais beaucoup m’amuser et j’aurai beaucoup d’amis avec qui jouer’. Il ne m’est pas venu à l’esprit qu’il y aurait d’énormes problèmes et difficultés. »

« J’ai quitté mon village et je suis venu à Lhassa ; ensuite, je me suis rendu à Tsourpou, le siège des Karmapas, à environ 77 km de Lhassa. Avant d’arriver au monastère, selon la coutume, je suis descendu de voiture pour monter sur un cheval. La sangha était rangée le long de la route, et il y avait aussi une parade traditionnelle de bannières, accompagnée du son des tambours. Il y avait une foule de gens, j’étais à cheval – tout ça me semblait un peu bizarre et je me suis dit :’Ça ne va pas être bien rigolo’- je n’avais jamais entendu des tambours aussi forts et les gens à cheval se rapprochaient. ‘Ça ne va pas bien se passer’, ai-je pensé ; c’est le sentiment que j’ai eu au tout début, et puis, peu à peu, j’ai commencé à étudier. »

 

Le Karmapa aborde le sujet des lamas réincarnés et remarque : « D’un côté, nombre de lamas réincarnés héritent de qualités particulières et de certains traits qui leur viennent de leurs vies précédentes. D’un autre côté, beaucoup de lamas – pour le dire simplement – sont éduqués et préparés pour leur rôle. Et on leur demande de devenir incroyablement bons. »

Concernant ses propres études, le Karmapa remarque que, comme c’est le cas de beaucoup d’enfants qui sont plutôt intelligents, il aurait pu être plus discipliné. Quoi qu’il en soit, il a continué ses études en grandissant. Il mentionne rapidement les vies passées et fait ce commentaire : « Bien que nous ne sachions pas qui nous étions dans notre vie précédente, si nous travaillons bien dans cette vie, nous aurons fait ce que nous pouvons. Mais si nous ne faisons pas bien, alors, même si nous avons été un dieu dans notre vie précédente, ça ne sera pas très utile. Par contre, si nous faisons bien et que dans notre vie précédente, nous avons été un esprit avide, ça ne fera aucune différence. »

 

Le Karmapa poursuit en parlant de la précieuse renaissance humaine dotée des qualités et des libertés ; il la décrit comme une naissance humaine spéciale car nous avons toutes les conditions positives nécessaires pour faire le bien d’autrui et nous sommes libres des conditions adverses. « Puisque nous avons obtenu cette renaissance humaine qui est utile et bénéfique, nous devons lui donner tout son sens, » dit-il, ce qui signifie faire activement notre propre bien et celui des autres.

 

Revenant au thème de la responsabilité, le Karmapa remarque : « Prendre la responsabilité d’aider les autres n’est pas du tout facile. Si nous n’avons pas la capacité adéquate pour le faire avec amour et compassion, des paroles agréables peuvent sortir de notre bouche, mais quand nous nous retrouvons face à la situation, ça sera difficile pour nous. Pourquoi ? Parce que la pensée de faire le bien des autres n’est pas la seule qui occupe notre esprit. Toute une série de pensées et d’émotions coexistent en nous. Parfois nous ne savons pas ce que nous devons faire, et nous commettons des erreurs. Si nous reconnaissons ceci, nous cédons le pouvoir à ce dont nous avons vraiment besoin : l’amour et la compassion. Nous leur transférons le contrôle et l’autorité qui va avec. Si nous y parvenons, alors peu à peu les choses iront bien ; sinon, ce ne sera pas facile du tout. »

 

Il poursuit : « Un pourcentage élevé d’enfants ayant le paludisme en meurent. Mais on pourrait dire également que notre manque de compassion les uns envers les autres est un des fléaux de notre monde. » La conséquence en est que « de nombreuses personnes meurent de faim. Certains sont tout seuls, sans amis ; d’autres vivent dans une situation où ils sont privés de refuge ou de protecteur. Si nous, humains, nous préoccupions les uns des autres et ressentions une sympathie et une compassion mutuelle, nous verrions diminuer la souffrance en ce monde. »

« Cette capacité à se sentir concerné et à éprouver de l’affection, nous l’avons dès la naissance ; cependant, en grandissant, ce qui nous entoure et les situations que nous rencontrons modulent notre façon de penser, si bien que peu à peu nous devenons des individus sans grande compassion. Il nous faut donc, depuis le plus jeune âge, nous efforcer de développer ce don inné de la compassion. »

Sinon ce don risque de diminuer ou même de disparaître, comme il arrive à un enfant qui n’entraîne pas son aptitude au langage s’il est ignoré. Le Karmapa donne aussi l’exemple d’un retraitant : « Certaines personnes demeurent en retraite silencieuse pendant longtemps, sans personne autour, et quand elles reviennent dans la société des humains, elles ont du mal à parler. »

Il nous faut donc nourrir cette capacité de l’enfant à la compassion et répéter souvent les mots ‘amour’ et ‘compassion’ dans la vie quotidienne. « Si on développe la compassion dès le plus jeune âge, quand viendra le moment de prendre des responsabilités, celles-ci n’apparaîtront pas comme  un lourd fardeau ou une gêne et nous serons des êtres courageux. Si nous ne sommes pas capable d’amour et de compassion, prendre la grande responsabilité de faire le bien des êtres nous paraîtra une lourde charge. Les problèmes des autres nous sembleront insupportables et il sera difficile d’essayer de les aider. Il faut du courage pour aider les autres. »

Sa Sainteté continue : « En outre, de nombreuses conditions doivent être réunies pour vraiment accomplir le bien des êtres ; une simple attitude positive ne suffit pas. Il faut, par exemple, développer les six perfections, y compris la discipline et la patience. »

 

À un niveau plus général, le Karmapa remarque : « Pour nous qui sommes bouddhistes, en particulier ceux sur le chemin du mahayana, la compassion est la racine de la pratique : elle est importante au début de la pratique, elle est importante sur le chemin et elle est importante à la fin quand l’état de Bouddha est réalisé. Il est donc essentiel de parfaire notre pratique de la compassion. »

Poursuivant sur le thème de la compassion, le Karmapa déclare : « Il existe une différence entre la compassion telle qu’elle est expliquée dans les grands textes bouddhistes, et la compassion telle que nous la comprenons habituellement, qui consiste à être attentionné et affectueux. Par exemple, si nous marchons le long d’une route et que nous voyons un chien qui a été heurté par une voiture et a les pattes cassées, nous avons de la compassion pour lui. C’est bien sûr de la compassion, mais la compassion dont il est question dans les textes est plus active et plus engagée : elle implique un plus grand sacrifice. C’est un point-clé. »

 

« Méditer sur la compassion à la manière bouddhiste ne veut pas dire qu’il y a, ici, une personne qui médite sur la compassion et, là, un objet vers lequel la compassion est dirigée. Ce n’est pas comme si les deux étaient séparés, avec d’un côté celui qui médite sur la compassion et qui se trouve dans une situation plutôt favorable, et de l’autre, l’objet de sa compassion qui se trouve dans une situation terrible. En pensant ‘je suis dans une situation plutôt bonne’, vous dites en fait ‘oh, que c’est triste, que c’est pitoyable’. C’est ce qu’on considère habituellement comme la compassion. »

« La compassion bouddhiste réduit la distance entre celui qui éprouve de la compassion et l’objet de sa compassion. Nous en venons à sentir que nous sommes en fait la personne pour qui nous avons de la compassion. Nous entrons dans la situation de l’autre et nous la faisons nôtre à 100%. Quand ceci arrive, c’est alors la compassion dont parlent les textes bouddhistes. »

 

Le Karmapa explique : « Il y a d’autres façons d’envisager la pratique de la compassion dans le bouddhisme. Nous pouvons penser ‘Que tous les êtres soient libres de la souffrance’ ou ‘Je vais les libérer de la souffrance’, ou encore ‘Comme ce serait merveilleux si tous les êtres étaient libres de la souffrance’. Pour toutes ces pratiques, nous devons avoir du courage, un grand courage et nous dire ‘Je vais les libérer de la souffrance’. Ce n’est pas juste un souhait que nous formulons, comme nous le faisons habituellement en disant ‘Qu’ils soient libres de la souffrance’ ; non, nous nous engageons à le faire : ‘Je vais trouver un moyen’. Ceci requiert courage et force mentale. Si les deux sont réunis, on peut alors parler de compassion. »

 

Après avoir évoqué l’avenir des Tibétains, le Karmapa conclut son intervention par un conseil aux mères d’accueil : « À l’avenir, il nous faudra constamment maintenir notre détermination et notre enthousiasme. Il est essentiel de nous en souvenir pour garder courage. »

Ensuite, le Karmapa se rend dans les classes des Juniors pour voir comment les enseignants mènent leurs cours et comment les élèves étudient en classe. Après une visite à la bibliothèque de l’école, il regagne sa résidence temporaire, l’Université Tantrique de Gyuto.

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

Le Guide de l'Environnement du Karmapa

Les 108 choses à faire pour l'environnement

Les déplacements du 17ème Gyalwang Karmapa

Le retour de Karmapa aux U.S.A.

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Le 19 mai 2008, dans la salle du Hammerstein Ballroom de New-york, le public était serré et enthousiaste : Tibétains, Chinois et Occidentaux, la plupart étaient disciples du précédent Karmapa. Le silence se fit plein de promesses, lorsque Dzogchèn Ponlop Rinpoché présenta le tant-attendu Karmapa Ogyen Trinley Dorjé…

Présentation du Karmapa aux Etats-Unis par Dzogchèn Ponlop Rinpoché, Principal organisateur de la venue du Karmapa aux Etats-Unis en 2008

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La première visite de Sa Sainteté le 17ème Gyalwang Karmapa, Ogyèn Trinley Dorjé, aux Etats-Unis est un événement historique et une occasion à la fois joyeuse et mémorable pour ses nombreux étudiants et amis dans le monde occidental. Sa Sainteté, qui est à la tête de l’école Kagyu du bouddhisme tibétain, est largement reconnue comme étant un des plus grands Maîtres spirituels de notre temps…

La vie en Inde

La vie en Inde

L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.