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Le Gyalwang Karmapa et l’Imperturbable

27 mai 2018 – Queens College, Flushing, New York

En ce dimanche du week-end du Souvenir, Sa Sainteté Karmapa revient à l’Auditorium Colden pour conférer l’initiation du Bouddha Akshobhya, connu comme l’Imperturbable ou l’Immuable. Les quelque 2000 sièges sont occupés par des Tibétains, des gens originaires des régions himalayennes et également des disciples occidentaux et asiatiques. La scène est lumineuse, décorée d’un rideau de brocart rouge vif qui met en valeur les peintures sur rouleau du Bouddha situées au-dessus du trône de Sa Sainteté ; de part et d’autre, on peut voir Gourou Rimpoché à sa gauche, et sa propre peinture d’Akshobhya à sa droite, chacune étant placée au-dessus d’un autel.

Au loin, les sons des tambours annoncent l’arrivée du Karmapa et il est précédé dans le hall d’entrée par les danseurs traditionnels souhaitant la bienvenue : quatre hommes âgés mais vigoureux, portant des vêtements de couleurs brillantes et des masques aux barbes et sourcils abondants. Un parasol doré qui tournoie marque l’emplacement du Karmapa tandis qu’il descend l’allée en direction du trône. Après une danse de Tcheu (‘trancher’) bhoutanaise très gracieuse et une représentation enjouée de deux lions des neiges, Sa Sainteté souhaite chaleureusement la bienvenue à tout le monde et commence l’initiation.

 

« Depuis dix ans, avant le Kagyu Meunlam à Bodhgaya, nous faisons une accumulation du mantra d’Akshobhya pendant deux mois. Mon rôle est alors d’enseigner la pratique et de participer à la retraite, puis, pendant le Meunlam lui-même, nous accomplissons une cérémonie de purification et de bénédiction, basée sur la retraite. Comme c’est ce qui se fait depuis dix ans, beaucoup de gens savent que je m’intéresse à Akshobhya ; je vais donc profiter de cette occasion pour vous parler des bienfaits de sa pratique et de ma relation karmique avec lui.

Dans le Kangyour (les enseignements du Bouddha traduits en tibétain), il y a un tantra ou un dharani (un long mantra) qui s’appelle le Dharani qui élimine complètement les voiles karmiques. Le titre renvoie au dharani d’Akshobhya, dont on dit qu’il est le mantra le plus puissant pour éliminer tout le karma négatif que chacun d’entre nous a accumulé au cours de nos innombrables vies dans le samsara. Une croyance bouddhiste fondamentale est que tous les êtres ont eu des vies passées et qu’ils auront aussi des vies futures. En outre, on considère que ces vies passées n’ont pas de commencement, au-delà de ce qu’on peut concevoir ou compter. Au cours de ce temps infini, nous avons fait beaucoup de choses, y compris des actes négatifs ; nous avons ainsi accumulé un lourd fardeau de karma négatif. Nous ne nous souvenons pas de la plupart des choses que nous avons faites ; nous oublions habituellement la moitié des actes négatifs que nous avons commis en cette vie, sans parler des actes négatifs commis dans des vies antérieures. Néanmoins, ces actes demeurent en nous sous la forme d’empreintes dans notre esprit et forment une lourde charge que nous devons transporter de vie en vie. Au cours de cette vie, il nous faut donc éliminer certaines de ces empreintes et faire diminuer la force des autres.

En plus d’avoir accumulé du karma négatif, nous, les êtres humains, sommes devenus très puissants. En raison des progrès scientifiques et technologiques, nos actes et nos paroles peuvent avoir des effets mille fois supérieurs à ce qu’ils étaient dans les siècles précédents.

Un exemple évident est la terrible destruction que nous humains avons infligé à l’environnement. Dans les siècles passés, nous n’avons pas causé autant de tort aux autres et à notre environnement qu’aujourd’hui. La technologie nous a rendus si puissants que nous avons créé des armes capables de tuer tous les êtres humains et même la planète tout entière avec toutes ses formes de vie. A cause du progrès technologique, il nous faut donc faire encore plus attention à nos paroles et à nos actes aujourd’hui.

Pour ce qui est de ma connexion avec la pratique d’Akshobhya, on peut dire que j’ai une connexion karmique avec la pratique mais je ne voudrais pas spéculer sur la profondeur de cette connexion. Je peux, cependant, décrire franchement les sentiments que j’ai à propos de cette pratique. Il y a plusieurs années, j’ai traduit un soutra qui contenait le dharani d’Akshobhya, du chinois en tibétain. Ceci m’a pris un certain temps et, pendant que je traduisais le texte, j’ai eu deux sentiments. L’un a été une grande gratitude pour les traducteurs tibétains du passé car j’ai commencé à comprendre les difficultés qu’ils avaient rencontrées. De nos jours, nous avons de nombreuses ressources à la disposition des traducteurs, par exemple beaucoup de dictionnaires et des informations sur Internet. Mais les traducteurs du passé n’avaient pas tous ces avantages et ils ont dû travailler très dur ; mon premier sentiment est donc de la gratitude à leur égard.

L’autre sentiment que j’ai éprouvé est venu de l’étude que j’ai menée pour éclairer ma traduction. En particulier, j’ai étudié le Soutra de la terre pure d’Akshobhya, qui se trouve dans une section longue du Kangyour qui s’appelle les Soutras de Ratnakuta. Il raconte l’histoire de comment Akshobhya a reçu son nom et décrit aussi les caractéristiques de son royaume. Quand j’ai lu ces documents, j’ai vraiment commencé à éprouver quelque chose. Par exemple, quand Akshobhya a fait naître la bodhicitta et est devenu bodhisattva, il a fait un vœu spécial extraordinaire : « A partir de ce jour jusqu’à ce que j’atteigne l’état de Bouddha, je ne céderai pas à la colère et ne nuirai à aucun être vivant. » Ceci m’a vraiment touché.

‘Qu’ai-je ressenti ?’ J’ai regardé son vœu ‘A partir de ce jour jusqu’à ce que j’atteigne l’état de Bouddha’ et j’ai pensé :’C’est très long’. Les soutras détaillent le temps qu’il faut entre le moment où une personne génère la boddhicitta et le moment où elle atteint le plein éveil. Le temps le plus court est de trois éons incalculables, et ici, ‘incalculable’ ne signifie pas infini, mais un nombre précis, c’est-à-dire 1059 soit le chiffre 1 suivi de soixante zéros. Et si on multiplie ceci par trois, ça fait un temps extrêmement long.

Si nous ne faisons que penser ‘D’accord, il a pris ce vœu. C’est bien. C’est merveilleux’, si nous n’y réfléchissons pas sérieusement, alors rien ne va bouger en nous. Cependant, si nous nous permettons d’être influencé par son exemple et par la  nouvelle idée que ce vœu apporte, peut-être changerons-nous. Mais il nous faut réfléchir : ‘Est-ce que je peux prendre ce vœu pour une vie ? Ou juste pour un jour ?’ Généralement, nous n’y pensons même pas, et pourtant ce vœu nous offre une grande opportunité. Si nous y pensons sérieusement et prenons Akshobhya pour exemple, il peut représenter une façon de penser entièrement nouvelle, qui pourrait nous permettre de changer en mieux. »

 

Le Karmapa conclut son enseignement sur cette note positive. A la fin de l’initiation, il précise que les organisateurs lui ont demandé de donner une bénédiction individuelle à chacun. Pendant plus d’une heure, debout au centre de la scène, il bénit chacun avec le vase cérémoniel.

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

Le Guide de l'Environnement du Karmapa

Les 108 choses à faire pour l'environnement

Les déplacements du 17ème Gyalwang Karmapa

Le retour de Karmapa aux U.S.A.

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Le 19 mai 2008, dans la salle du Hammerstein Ballroom de New-york, le public était serré et enthousiaste : Tibétains, Chinois et Occidentaux, la plupart étaient disciples du précédent Karmapa. Le silence se fit plein de promesses, lorsque Dzogchèn Ponlop Rinpoché présenta le tant-attendu Karmapa Ogyen Trinley Dorjé…

Présentation du Karmapa aux Etats-Unis par Dzogchèn Ponlop Rinpoché, Principal organisateur de la venue du Karmapa aux Etats-Unis en 2008

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La première visite de Sa Sainteté le 17ème Gyalwang Karmapa, Ogyèn Trinley Dorjé, aux Etats-Unis est un événement historique et une occasion à la fois joyeuse et mémorable pour ses nombreux étudiants et amis dans le monde occidental. Sa Sainteté, qui est à la tête de l’école Kagyu du bouddhisme tibétain, est largement reconnue comme étant un des plus grands Maîtres spirituels de notre temps…

La vie en Inde

La vie en Inde

L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.