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Le Karmapa enseigne la pratique de Chènrézi

 27 octobre 2018 – Beanfield Centre, Toronto – Canada

Pour ceux qui souhaitent faire la pratique, le Gyalwang Karmapa enseigne la sadhana de Chènrézi, composée au Tibet par le grand accompli Thangtong Gyalpo (1361-1485), connue sous le nom de ‘l’Omniprésent bien des êtres’.

Le Karmapa accueille chaleureusement tous ceux qui sont venus, de près ou de loin, pour les enseignements et salue les efforts et les dépenses engagés pour être à Toronto. Il exprime sa très grande déception de ne pas pouvoir venir lui-même et explique qu’alors qu’il était sur le point de partir, un médecin lui a déconseillé de prendre l’avion en raison de sa condition physique. Il est extrêmement déçu de ne pas être à Toronto avec tout le monde ; cependant, il se sent inspiré et est ravi d’enseigner pour que les gens ne repartent pas les mains vides.

Il fait ce commentaire : « Il est aussi vrai que vous vous êtes réunis ici pour  entendre les enseignements du Bouddha et pas tellement pour me voir. Pour que le dharma authentique perdure, je vais enseigner sur le sujet que nous avions choisi, la pratique du Noble Chènrézi connue sous le nom de ‘l’Omniprésent bien des êtres’. Je vais l’expliquer brièvement  pour ceux qui souhaitent la pratiquer. »

 

Bonheur et souffrance

Le Karmapa poursuit : « En général, tous les êtres, et pas seulement les humains, sont pareils en cela qu’ils recherchent le bonheur et souhaitent éviter la souffrance. Nous sommes tous comme les passagers d’un grand bateau, jeune ou vieux, riche ou pauvre, beau ou pas. Peu importe les différences que peut avoir notre apparence physique extérieure, à l’intérieur nous sommes tous les mêmes : nos sentiments de bonheur et de souffrance sont les mêmes, notre souhait d’avoir le bonheur et notre désir d’éviter la souffrance sont les mêmes. Comme tous les passagers d’un bateau, le chemin que nous suivons et le but que nous recherchons sont les mêmes. »

Cependant, nous avons un problème ; le Karmapa explique ceci : « Nous souhaitons le bonheur, mais nous n’en connaissons pas la cause et donc ne la recherchons pas. Nous souhaitons éviter la souffrance mais ne savons pas ce qui la cause. La difficulté principale tient au fait que nous voulons le bonheur mais n’en connaissons pas la cause, ni comment le faire naître. Nous souhaitons être libre de la souffrance mais n’en connaissons pas la cause ni comment nous en débarrasser. Nous rencontrons des difficultés car ce que nous souhaitons et ce que nous pratiquons sont en contradiction : en recherchant un bonheur superficiel, nous créons les causes de notre propre souffrance. D’un autre point de vue, nous pourrions dire que ce que nous voulons n’est pas en harmonie avec la véritable manière d’être des choses. Par exemple, nous tombons malade et ne voulons pas être malade, mais ne connaissant pas la cause de la maladie, le résultat – cette souffrance douloureuse – ne cesse pas. Et simplement vouloir être libre de souffrance ne suffit pas. Si vous comparez les humains aux animaux, vous verrez que les humains savent ce qu’ils doivent choisir et ce qu’ils doivent abandonner. Les humains ont la capacité de distinguer entre le bien et le mal, capacité que les animaux n’ont pas. Pour cette raison, les humains ont la possibilité de créer ce que les textes appellent ‘une précieuse existence humaine’. Ceci signifie que nous avons non seulement obtenu un corps humain mais aussi la sagesse qui sait distinguer entre ce qui est à adopter et ce qui est à rejeter. C’est ce qui constitue une précieuse existence humaine.

« Une simple naissance humaine ne garantit pas que notre vie aura du sens et sera une précieuse existence humaine. Pour qu’une existence humaine devienne significative, cela veut dire que, outre notre souhait d’être heureux, nous savons comment générer la cause de ce bonheur – c’est-à-dire les actes vertueux ; en accord avec notre souhait de ne pas souffrir, nous savons comment abandonner les actes négatifs. Si ceci se produit, alors nous avons une précieuse existence humaine qui s’accorde avec le sens du terme.

« En fait, ‘une précieuse existence humaine’ a deux sens : les points essentiels sont d’abord de savoir ce qui est à adopter et à rejeter, ensuite savoir comment le faire. Nous voulons le bonheur et non la souffrance, mais simplement rechercher ce que nous voulons et ne voulons pas ne nous est d’aucun bienfait. Il nous faut connaître quelles sont les causes à adopter et lesquelles sont à rejeter. Nous sommes tous conscients des bons résultats que nous souhaitons obtenir mais nous en ignorons leurs vraies causes. Il est crucial d’apprendre à gérer correctement les causes du bonheur et de la souffrance. C’est pourquoi les traités bouddhistes enseignent, de façon extensive, ce qui est à adopter et ce qui est à rejeter ; c’est le point clé. »

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Qui est Chènrézi ?

« Aujourd’hui, le sujet est la pratique de Chènrézi », dit le Karmapa. « En général, parmi les bouddhistes du mahayana – qu’ils soient tibétains ou chinois – tout le monde a entendu parler de Chènrézi. Beaucoup pensent que Chènrézi est une divinité, mais qui est-il vraiment ? Chènrézi est largement connu comme bodhisattva ; cependant, si on parle de Chènrézi en tant que pratique, comment comprenons-nous cette figure ? Si nous examinons son nom, il renvoie à celui qui porte ses yeux d’amour et de compassion sur tous les êtres des six mondes du samsara. Il se préoccupe constamment de tous les êtres vivants et souhaite les protéger. Nous pouvons dire alors que la pratique de Chènrézi est une pratique d’amour et de compassion.

« Beaucoup de gens pensent que la pratique d’une divinité consiste à lui faire des prières, se prosterner et lui faire des offrandes. Mais en fait, ce genre de pratique (qui distingue la divinité de nous et en fait une entité séparée qui est l’objet de nos actes) n’est pas la véritable pratique de la divinité. La vraie pratique de Chènrézi est celle qui développe en nous les qualités d’amour, de compassion et d’altruisme. Par exemple, nous pouvons parler gentiment aux autres et leur être bénéfique. C’est la vraie pratique de Chènrézi, et nous devrions commencer en gardant cette base à l’esprit.

« Si nous n’avons pas cette compréhension et nous contentons de faire la sadhana, de réciter les mantras et de les compter, cela ne nous sera d’aucun bienfait. Quand on nous demande ‘Qui est Chènrézi ?’, il ne suffit pas de tous répondre : ‘Chènrézi est un bodhisattva qui a quatre bras’. Nous devrions pouvoir répondre : ‘Faire la pratique de Chènrézi signifie développer l’amour et la compassion et générer la bodhicitta. L’accomplissement signifie être capable de manifester les qualités de Chènrézi.’ Voici le type de compréhension que nous devrions avoir. Avant de faire n’importe quelle pratique, il est essentiel d’examiner la vue correcte et de savoir comment la maintenir.

 

Les préliminaires de la pratique

« Il existe de nombreuses sadhanas de Chènrézi, courtes et longues, composées au Tibet et beaucoup ont été traduites du sanscrit en tibétain. Parmi toutes celles-ci, nous allons étudier la pratique écrite par le grand accompli Thangton Gyalpo (1361-1485) connue sous le nom de ‘l’Omniprésent bien des êtres’. Les instructions de pratique de cette sadhana sont divisées en sections : la première consiste en les préliminaires qui comprennent l’entrée en refuge et la génération de la bodhicitta ; elle est suivie de la partie principale, la méditation sur la divinité ; troisièmement, vient la récitation du mantra, etc.

« Les deux parties de la première section, le refuge et la bodhicitta, sont tenues en haute estime dans les textes bouddhistes. Pourquoi ? Parce que, selon que vous avez pris refuge ou non, ceci détermine si vous êtes bouddhiste ou non. Que vous soyez sur le chemin du mahayana ou non se mesure par la présence ou non de la bodhicitta relative en vous. Ces deux points sont essentiels. Que nous soyons bouddhiste ou non se résume à prendre refuge ; que nous soyons sur le chemin du mahayana ou non se résume à avoir la bodhicitta ou ouverture du cœur. Le refuge et la bodhicitta sont le fondement même de notre pratique.

 

Entrer en refuge

« Comment comprendre l’entrée en refuge ? Pour le dire simplement, nous prenons refuge en les Trois joyaux, le Bouddha, le dharma et la sangha. Pour utiliser la métaphore du chemin, le Bouddha est le guide qui nous montre le chemin à suivre, le dharma est le chemin à suivre et la sangha est le groupe de gens qui nous accompagnent sur le chemin. Si on se réfère à la métaphore de la maladie, le Bouddha est le médecin, le dharma est le remède et la sangha représente les soignants. Ces exemples peuvent élargir notre compréhension grâce aux différentes perspectives qu’ils proposent.

« Le Bouddha est célèbre depuis plus de 2500 ans, il est le guide qui nous explique : ‘Si vous recherchez l’éveil complet, voici le chemin de pratique à emprunter’. Le chemin est le dharma, la voie qui mène à la libération ou omniscience. Tandis que nous suivons ce chemin, les compagnons qui nous aident sur la voie sont la sangha. Si nous examinons ces trois éléments à l’heure actuelle et demandons : ‘Qui est le représentant du  Bouddha maintenant ?’ C’est l’ami spirituel authentique, qui nous montre un chemin sans erreur. Le dharma, ce sont les conseils et instructions essentielles que l’ami nous donne pour nous conduire à l’illumination. La sangha est ceux qui nous soutiennent grâce à leur aide spirituelle ou matérielle. Nous avons besoin des trois : si nous sommes malade, il nous faut un médecin pour faire le diagnostic, un remède pour guérir et des infirmières pour nous soutenir.

« Donc entrer en refuge ne se limite pas à prononcer quelques mots, mais c’est faire un pas en avant et s’engager dans l’activité. Nous pensons : ‘Maître, vous m’avez donné des instructions et je vais les mettre en pratique.’ Nous pensons à cette personne comme étant un guide que nous devons suivre, quelqu’un capable de nous prodiguer de bons conseils et digne de respect. Nous devons reconnaître que ses conseils sont exactement ce que nous devrions pratiquer, et que la sangha est le groupe de personnes qui soutient notre activité vertueuse. Il ne suffit pas de simplement prononcer les mots.

 

Générer la bodhicitta

« Le deuxième point clé est de faire vivre la bodhicitta ou de générer la bodhicitta. Sur le plan relatif, ceci correspond à la résolution, l’effort motivé d’amener tous les êtres vivants à l’état de Bouddha. On pourrait aussi la définir comme l’esprit qui est tourné vers le bien des autres. C’est le fait d’avoir cette bodhicitta qui détermine si, oui ou non, nous nous trouvons sur le chemin du mahayana.

Les enseignements présentent souvent un chemin supérieur et un chemin inférieur. Ce qui distingue les deux, principalement, est la vue – supérieure ou inférieure -, une perspective plus vaste ou plus étroite. Si nous considérons le sens définitif, la vue est celle de la vacuité. ‘Une vue vaste ou étroite’ renvoie à un esprit qui est large et spacieux ou bien vraiment limité. Dans le domaine de la pratique, il y a plusieurs façons de comprendre l’ouverture de l’esprit ; fondamentalement, ceci renvoie à l’éventail de responsabilités que nous pouvons assumer. Si nous pouvons endosser une immense responsabilité,  nous appartenons au mahayana (le grand véhicule). Si nous nous limitons à des responsabilités moindres, nous appartenons au hinayana (le véhicule fondamental). Les chemins supérieur et inférieur se distinguent donc par la quantité de responsabilités que nous sommes à même de supporter.

« Faire la différence entre les niveaux de bodhicitta dépend donc de notre esprit. Nous devons regarder à l’intérieur de nous-même pour voir combien de courage (littéralement ‘force du cœur’) nous avons. Ce n’est pas quelque chose que nous montrons aux autres comme nous exhiberions notre fortune ou notre célébrité. Il ne s’agit pas ce que nous exposons à l’extérieur, mais de comment nous sommes vraiment à l’intérieur. Nous devons nous tourner et regarder en nous-même pour voir si nous avons vraiment ce genre de courage ; ‘Est-ce que je peux vraiment assumer cette responsabilité ?’Si nous trouvons que nous en sommes capable, nous sommes sur le chemin du mahayana ; sinon, nous ne sommes pas encore arrivé.

« Les discussions sur les préliminaires parlent souvent d’évaluer leur importance. Certains pensent que, comme ce sont des préliminaires, ils ne sont pas très importants, ce qui est erroné. Les préliminaires sont essentiels et devraient être profondément ancrés en nous. Ils sont la base même de la pratique. Quand nous construisons une maison, la plus grande dépense va aux fondations. Avec une base très stable, une maison demeurera longtemps. Si la base n’est pas stable, la maison sera instable et s’effondrera rapidement. Voilà pourquoi la tradition Kagyu enseigne que les préliminaires sont plus profonds que la pratique principale.

« Les textes Kadampa disent que si nous ne comprenons pas la pratique préliminaire de la mort et de l’impermanence (la deuxième des Quatre pensées qui tournent notre esprit), la pratique de Guhyasamaja ne sera ni profonde ni puissante. La compréhension de la mort et de l’impermanence élimine le besoin de faire des pratiques complexes comme celle de Guhyasamaya. Tout ce dont avons besoin sont les mots du refuge : telle est son importance immense. »

 

La visualisation de Chènrézi

Le Karmapa aborde alors l’étape suivante de la pratique, la visualisation.

« Nous commençons par imaginer qu’en face de nous se trouve une nuage d’un blanc éclatant ; l’espace qui l’entoure au-dessus est empli d’arcs-en-ciel et de lumières brillantes, parmi lesquelles se trouvent des arrangements de belles fleurs. Dans cet environnement très plaisant, nous imaginons notre lama racine comme inséparable de Chènrézi : il est présent non comme une personne ordinaire mais comme la nature essentielle des trois suprêmes, le Bouddha, le dharma et la sangha. Nous visualisons un seul bodhisattva mais en fait Chènrézi est l’incarnation de tous les bouddhas et bodhisattvas des dix directions. Nous imaginons qu’il est présent devant nous et nous regarde avec compassion.

« Nous sommes entourés de beaucoup de gens : ceux que nous aimons, ceux avec qui nous n’avons pas un relation proche et ceux que nous trouvons difficiles ou dérangeants. Au-delà de ces groupes, tous les êtres – sans distinction entre amis ou ennemis – sont rassemblés autour de nous. Nous pensons peut-être que nous n’avons pas une bonne relation avec eux ou même aucune relation, mais en raison de la nature que nous partageons, nous recherchons tous le bonheur et souhaitons éviter la souffrance. C’est comme si nous appartenions tous à la même famille, aussi nous nous imaginons tous rassemblés. Nous ne sommes pas seul ; tout le monde souhaite être heureux et libre de souffrance. En imaginant ceci, nous prions Chènrézi et lui demandons de pouvoir de faire le bien des autres, comme lui le fait. Plaçant 100% de nos espoirs en lui, nous récitons la prière du refuge.

« Certains trouvent difficile d’imaginer une divinité comme Chènrézi. A mon avis, cependant, ce n’est pas l’aspect le plus important de la pratique. Ce qui importe est que nous ayons le sentiment que Chènrézi est proche et présent, tout comme le serait une personne, et aussi que tous les êtres (amis comme ennemis) sont près de nous et nous entourent, et qu’ils partagent notre souhait de bonheur et de bien-être. »

Le Karmapa récite ensuite le texte bien connu du refuge et de la bodhicitta :

En le Bouddha, le dharma et la sangha sublime,

         jusqu’à l’éveil, je prends refuge.

         Par le mérite issu de ma pratique du don et des autres perfections,

         puissé-je réaliser l’éveil pour secourir les êtres.

Les deux premières lignes concernent la prise de refuge et le Karmapa fait ce commentaire : « Quand nous prenons refuge, ce n’est pas le nombre de récitations qui compte mais notre façon de penser. Dans la ligne ‘En le Bouddha, le dharma et la sangha sublime’, la sangha sublime renvoie aux bodhisattvas. Nous pouvons les distinguer ainsi ou juste nous référer à la sangha comme étant nos compagnons sur le chemin. Quant à la durée, nous prenons refuge vie après vie. Nous pouvons réciter la prière du refuge trois fois ou seulement une fois, selon le temps qu’on a et notre envie. Nous prenons refuge avec grande certitude, nous engageant de tout notre être. Si nous y parvenons, Chènrézi s’occupera de nous et prendra soin de nous ; nous pouvons alors nous reposer en paix et ressentir une confiance stable en lui. En bref, cette section décrit quel devrait être notre état d’esprit pour prendre refuge, ce qui est exprimé dans les deux premières lignes de la strophe et repose essentiellement sur la visualisation de Chènrézi en face de nous. »

Les deux dernières lignes traitent de la génération de la bodhicitta, et le point d’attention est à la fois Chènrézi et tous les êtres qui nous entourent, dont tous ont été notre père ou notre mère. Ceci inclut les vies passées et futures, ce qui peut être difficile à accepter pour certains ; nous pouvons aussi nous souvenir que tous les êtres qui nous entourent partagent notre souhait d’être heureux et d’éviter la souffrance. » Mais les gens ne créent pas les causes pour que ceci advienne. Au contraire, le Karmapa fait remarquer : « ils accumulent les causes qui provoquent le malheur, ainsi ne trouveront-ils pas le bonheur suprême et immuable, qui est nécessaire pour atteindre l’état de bouddha. »

« Ne faire que penser ‘Ne serait-il pas merveilleux que tous les êtres obtiennent le bonheur suprême?’ est insuffisant car, à ce stade de notre pratique, nous ne sommes pas capable de faire que cette pensée se réalise. Donc, nous étudions Chènrézi et nous engageons dans la pratique pour développer notre amour et notre compassion. Nous prenons l’engagement sincère de le visualiser et de réciter son mantra, pour devenir comme Chènrézi et incarner l’amour et la compassion universels pour le bien de tous êtres. Après avoir généré la bodhicitta, nous dédions toute notre pratique de la méditation et de la récitation du mantra à l’obtention de l’état de bouddha pour le bien de tous. Nous répétons ces lignes de la bodhicitta autant de fois que le temps nous le permet.

« Après avoir pris refuge et généré la bodhicitta, nous imaginons ce qui suit. Du corps de Chènrézi, qui est présent en face de nous, irradie une multitude de magnifiques rayons de lumière qui purifient tous les êtres de tous les actes négatifs, de la souffrance, du malaise et leur apportent le bonheur. Le but de cette pensée est de remplir notre esprit de joie, ce qui ne signifie pas que notre objectif sera réalisé tout de suite mais ceci apporte des bienfaits. Nous avons tendance à avoir des idées noires  quand nous nous sentons déprimé, et des pensées joyeuses quand nous nous sentons  optimiste. La pensée d’apporter le bonheur aux autres nous rend également heureux et nous remonte le moral.

A la fin de la pratique, nous imaginons que Chènrézi se dissout en lumière puis se fond en nous. Ceci purifie tout ce qui est impur ou négatif dans notre corps, parole et esprit, et nous dote d’un plus grand pouvoir à faire le bien des êtres. »

 

Le contexte de la pratique

Cet après-midi, Sa Sainteté continue son explication de ‘l’Omniprésent bien des êtres’, une pratique du noble Chènrézi qui est l’incarnation ou l’expression de la compassion de tous les bouddhas, sous la forme d’une divinité de yidam. Pour les habitants des six mondes, sa grande compassion est prompte. En particulier, comme le Pays des neiges est sa zone d’activité, il est devenu la divinité emblématique des Tibétains, qui ont avec lui une connexion karmique. En outre, Chènrézi a fait des prières de souhait afin d’aider ceux qui ont commis des actes négatifs. Pour toutes ces raisons, il est important de le prier.

En général, les quatre classes de tantras contiennent différentes sadhanas de Chènrézi et ici nous étudions celle rendue célèbre par le grand accompli Thangtong Gyalpo. On dit qu’il ne l’a pas composée de sa propre initiative. Il avait tout un passé de rencontres avec des bouddhas et bodhisattvas, tels que Chènrézi, Hayagriva, Tara et d’autres, comme si c’était des personnes. Thangtong Gyalpo avait souvent des visions de Chènrézi, qui lui dit une fois : ‘Je suis ton ami spirituel. Tu devrais générer un grand mérite pour tous les êtres en enseignant mon mantra de six syllabes et en amenant tous ceux qui errent dans le samsara à la libération.’ Devant cette incitation, Thangtong Gyalpo écrivit ‘l’Omniprésent bien des êtres’, qui a le pouvoir vibrant d’apporter de réelles bénédictions et un sens profond pour tous ceux qui établissent une connexion avec lui. Chènrézi prendra soin d’eux, il est important de s’en rendre compte.

 

Méditation sur la divinité

Le Karmapa explique maintenant comment méditer sur la divinité. Cette partie du texte commence par ‘Au sommet de ma tête et de celle de tous les êtres’ et se termine douze lignes plus bas par ‘Il réunit l’essence de tous les refuges’.

Sa Sainteté explique : « Nous demeurons sous notre forme ordinaire, on ne se visualise donc pas sous la forme de la divinité. Comme dans le refuge, nous sommes entouré de tous les êtres, amis et ennemis, ce que nous amenons d’abord clairement à l’esprit ; puis, nous imaginons qu’au-dessus du sommet de notre tête et de celle de tous les êtres se trouve un lotus blanc à huit pétales avec ses étamines en rond au centre. Dessus, se trouve le mandala du disque de lune et au milieu la lettre HRIH, éclatante, de sa lumière d’un blanc de perle, représentant la compassion de tous les bouddhas. C’est comme si la compassion universelle s’était manifestée sous la forme d’une lettre.

Le HRIH blanc et lumineux irradie d’innombrables rayons de lune qui pénètrent tous les mondes dans les dix directions ; ils imprègnent de lumière tous les bouddhas et bodhisattvas qui résident dans ces mondes. Imaginez que sur l’extrémité de tous ces rayons se trouvent d’innombrables offrandes qui leur sont présentées. Les rayons de lumière vont aussi vers tous les êtres ordinaires, et quand les lumières se connectent avec eux, ils sont libérés de toutes maladies, malaise, forces négatives, etc. De même, toutes leurs demeures dans les six mondes sont purifiées et transformées en le royaume d’Amitabha ou en terres pures emplies de félicité et de joie.

Ces lumières qui portent toutes les bénédictions des bouddhas et bodhisattvas reviennent vers nous et se fondent dans la lettre HRIH, qui est tellement pleine de cette lumière et chargée de pouvoir qu’elle s’ouvre et se transforme en le noble Chènrézi. De couleur blanche, il a quatre bras et irradie dans toutes les directions une lumière blanche qui reflète les cinq couleurs.

Son sourire est empli d’amour pour nous et tous les êtres. De ses quatre bras, les mains des deux premiers sont jointes en prière, l’autre main droite tient un mala de cristal et l’autre main gauche un lotus blanc à huit pétales et à longue tige. Sur le haut du corps, il porte un vêtement de soie blanche, et sur le bas, des jupes en soie. Il est paré des huit types de joyaux, le diadème de joyaux, des colliers, etc.

Son épaule gauche est couverte de la peau d’un’trinasara’ (sorte d’antilope), et au sommet de la tête se trouve le Maître de famille, le bouddha Amitabha de couleur rouge et sous la forme du nirmanakaya. Il a les mains dans le moudra de l’équilibre et les jambes croisées en posture vajra. Son dos s’appuie à un disque de lune lumineux et sans tache. Imaginez que Chènrézi est l’essence même de tous les bouddhas et bodhisattvas des dix directions. Voilà la description de la divinité de yidam pour la méditation. »

Puis le Karmapa lit le texte de la visualisation :

Au sommet de ma tête et de celle de tous les êtres de l’univers :

         un lotus blanc et un disque de lune sur lesquels apparaît la syllabe HRIH

         qui devient le noble et sublime Chènrézi

         Son corps émet une lumière blanche qui se teinte de cinq couleurs.

         Il est magnifique et souriant, son regard est plein de compassion.

         De ses quatre mains, les premières sont jointes en prière ;

         les deux autres tiennent un mala de cristal et un lotus blanc.

         Il est paré de soieries et de joyaux,

         une peau d’antilope couvre son épaule.

         Amitabha couronne sa tête ;

         il est assis en posture vajra devant une lune immaculée.

         Il est l’essence de tous les refuges.

Le Karmapa continue : « Tout en récitant lentement ces mots, réfléchissez clairement au sens de chacun. Comme je l’ai mentionné ce matin, suivant la condition physique de chacun, il est facile pour certains de faire naître les visualisations et pour d’autres, c’est difficile. Il est bien sûr important de travailler avec la forme de la divinité ; cependant, je me demande si c’est vraiment si important de la voir exactement comme elle apparaît dans les peintures ou statues. Ce qui est important, c’est d’imaginer un lotus blanc au sommet de notre tête et de celle de tous les êtres. Nous avons tous vu un lotus blanc, donc c’est facile à imaginer ; mais Chènrézi à quatre bras n’est pas quelque chose qu’on voit normalement.

Vous allez vous demander :’Quel est l’intérêt d’imaginer un lotus blanc?’ ‘Comment est-ce que ça peut être bénéfique à mon esprit?’ Dans le mantrayana, nous parlons de ce qui représente et de ce qui est représenté, ou des symboles et de ce à quoi ils se réfèrent ; ils créent une connexion entre notre monde extérieur et notre monde intérieur et établissent des relations mutuelles. Ce n’est pas la forme de l’image qui est centrale mais sa signification interne. Si nous travaillons avec notre esprit de la bonne façon, alors au fil du temps, la forme symbolique apparaîtra naturellement imprégnée de son sens. Se focaliser sur la forme n’aide pas ; nous devons réfléchir profondément à son sens. Il est essentiel de comprendre ce qu’un symbole représente. Les racines et la tige d’un lotus blanc poussent dans une mare ou un marais boueux, mais la fleur blanche elle-même s’élève au-dessus de la surface et apparaît comme quelque chose de ravissant et beau à voir. Donc, ici dans la pratique de Chènrézi, le lotus blanc signifie l’esprit empreint du renoncement (la pureté du lotus blanc), ou le souhait d’être libre du samsara (l’eau boueuse). Nous méditons sur un lotus blanc et simultanément sur sa signification.

Au-dessus du lotus blanc, se trouve le mandala ou disque de lune, le siège de Chènrézi. Ici encore, nous pouvons nous demander :’Pourquoi méditer sur un disque de lune ?’ Parce qu’il symbolise la bodhicitta relative. Tous les êtres sont capables d’amour, par exemple, pour leurs parents ou leurs enfants, mais ce type d’amour est partial ou unilatéral car nous l’éprouvons seulement pour ceux qui nous sont proches, et pas pour les autres. La lune, cependant, est pleine et ronde, ouverte de tous les côtés. Elle symbolise la bodhicitta relative qui englobe tous les êtres avec le souhait d’amener tout le monde à l’éveil complet. En méditant sur ce sens, l’image acquiert une coloration émotionnelle, quelque chose que nous pouvons ressentir, et puis lentement, si nous réfléchissons bien, la forme apparaîtra avec sa signification bien claire pour nous.

L’étape suivante est d’aller au-delà de notre situation particulière et de voir qu’au-dessus de la tête de tous les êtres se trouve le noble Chènrézi, l’essence de l’amour et l’incarnation de grandes bénédictions. Grâce à ceci, nos concepts et nos perturbations naturellement diminuent parce que notre intellect est occupé par une immense visualisation qui ne laisse aucune place à l’apparition de concepts. Pour cette raison, il est très important d’imaginer que Chènrézi – l’union de l’amour et du pouvoir de tous les bouddhas et bodhisattvas – est présent partout. Pour résumer, notre esprit s’entraîne à la visualisation et cette concentration ferme la porte au courant constant des concepts et perturbations qui traversent notre esprit. Nous avançons également sur le chemin qui nous mènera à devenir comme Chènrézi, puisque la pratique fait croître le pouvoir de notre amour. Méditer sur une divinité n’est pas se souvenir d’un dessin, d’une peinture ou d’une sculpture ni en fabriquer. Ce n’est pas qu’une pensée dans notre esprit ; mais plutôt, la visualisation nous semble alerte, vivante, vraiment présente et emplie de pouvoir. On compare la bodhicitta relative à une lune parce que la lumière de la lune a le pouvoir de briller sur la terre entière. De même, la bodhicitta relative est dynamique et forte comme un outil puissant placé entre nos mains que nous pouvons utiliser pour faire le bien des autres. C’est pour toutes ces raisons que nous méditons sur la divinité.

 

 

Récitation du mantra

 

1e partie :  La prière et l’invocation de l’esprit de Chènrézi

« La partie suivante de la pratique est la récitation du mantra, qu’on peut diviser en deux parties : la prière et l’invocation de l’esprit de Chènrézi, et la pratique de la réalisation du corps, de la parole et de l’esprit de Chènrézi grâce aux lumières qu’on envoie et qui nous reviennent. »

Le Karmapa lit la prière :

Seigneur au corps blanc que n’entache nul défaut,

         de votre tête, le parfait Bouddha est l’ornement.

         Sur les êtres vous portez un regard compatissant,

         devant vous, Chènrézi, je m’incline.

« Nous avons imaginé Chènrézi au sommet de notre tête et de celle de tous les êtres, et maintenant nous pensons qu’il est aussi présent dans l’espace en face de nous ; nous le prions et il nous regarde avec compassion. Avec tous les êtres qui nous entourent, nous récitons la prière à l’unisson et nous dédions entièrement notre détermination à la libération de tous les êtres des six mondes du samsara. Nous prions Chènrézi qu’il les amène tous à son niveau d’omniscience. Cette prière peut être récitée 7, 21 ou 100 fois, ou jusqu’à ce que ce sentiment s’élève dans notre esprit, ce qui est la meilleure façon.

En supplément à cette section, nous pouvons réciter d’autres louanges de Chènrézi qui sont imprégnées de bénédictions ; par exemple, la louange dans le Soutra du lotus blanc, ‘la Louange du Noble Chènrézi’ par Guélongma Palmo, ou ‘la Lamentation qui requiert les bénédictions de Chènrézi’ par Chandrakirti. Le point principal est que nous découvrions et ressentions notre confiance en Chènrézi tandis que nous pensons ‘Tu es celui qui sait’. ‘Au cours de cette vie et de toutes mes nombreuses vies, j’ai une complète confiance en toi. Peu importe la louange que vous récitez, pourvu que ce soit une louange que vous connaissez et qui vous touche profondément. »

 

2e partie : La pratique de la réalisation du corps, de la parole et de l’esprit de Chènrézi grâce aux lumières que nous envoyons et qui nous reviennent.

« Grâce à notre prière sans distraction adressée à Chènrézi, nous avons invoqué son esprit ; de son corps au-dessus de notre tête, d’innombrables lumières blanches teintées de cinq couleurs irradient et nous pénètrent, ainsi que tous les êtres. Ceci dissipe l’épaisse obscurité de l’ignorance, qui est là depuis des kalpas sans nombre mais n’a jamais été éclairée. Sont aussi purifiés les actes aux conséquences incommensurables, les dix méfaits et les actes similaires du corps, de la parole et de l’esprit, ainsi que les vœux et les engagements que nous avons transgressés. Nous sentons que nous avons reçu toutes les bénédictions du corps, de la parole et de l’esprit de Chènrézi.

En méditant ainsi, nous devenons inséparable de Chènrézi et notre corps se transforme en le sien. De même, les êtres des six mondes, qui nous entourent, sont imprégnés de sa bénédiction et eux aussi se transforment en Chènrézi, de sorte que tous les êtres prennent sa forme. L’endroit où ils résident, le contenant des six mondes, se transforme également en une terre pure ou Déouatchène, la terre pure d’Amitabha. En outre, la parole qui est orchestrée par notre esprit et les sons qui ne le sont pas (comme ceux des éléments naturels) deviennent le mantra de six syllabes, l’essence même de la parole de Chènrézi. Finalement, tout ce qui se présente à l’esprit – tous les souvenirs et les concepts – devient conscience et vacuité inséparables, l’essence même de l’esprit de Chènrézi. En bref, nous imaginons que toutes les apparences, les sons et pensées se transforment en la grande félicité qu’est la divinité ; nous sommes devenu la nature même du corps, de la parole et de l’esprit de Chènrézi.

Nous transformer en l’essence de Chènrézi a des buts spécifiques. Le cœur du sujet est que nous pensons à nous-même comme étant Chènrézi. Puisque nous nous imaginons comme l’incarnation de la compassion de tous les bouddhas, ça ne semble pas juste de se mettre en colère ou d’être jaloux. En plus, la pensée que tous les phénomènes sont illusoires et n’existent pas vraiment modifie notre façon habituelle de voir notre apparence et de penser à nous-même comme étant une personne ordinaire. Cette façon de penser nécessite une certaine compréhension de la vacuité car elle atténue notre fort attachement et notre saisie constante des choses. La vacuité permet aux phénomènes d’apparaître comme des illusions. Il est aussi vrai que nous imaginer sous la forme de Chènrézi attisera  notre enthousiasme et raffermira notre force intérieure. »

Voici la partie du texte qui correspond à cette pratique :

A la suite de cette prière sans distraction,

         le corps du noble Chènrézi produit des rayons de lumière :

         elle dissipe les apparences karmiques impures et la connaissance illusoire.

         Le monde extérieur devient la terre pure de Déouachène,

         le corps, la parole et l’esprit des êtres

         deviennent le Corps, la Parole et l’Esprit de Chènrézi.

         Apparences, sons et connaissance sont unis à la vacuité.

Le Karmapa poursuit : « Ensuite, vient la récitation du mantra de six syllabes de Chènrézi OM MANI PADME HOUNG, qu’on peut expliquer de nombreuses façons. C’est la partie principale de la pratique, que nous examinerons demain.

Avant de terminer la session, essayons de réviser ce que nous avons vu jusque là : d’abord les préliminaires avec l’entrée en refuge et la génération de la bodhicitta, puis la visualisation de la divinité, suivie de la récitation du mantra. En suivant cette séquence, nous aurons une impression de la pratique. En outre, les différentes sections de la pratique s’appuient les unes sur les autres. Si les préliminaires ne marchent pas bien, la visualisation de la divinité ne sera pas efficace non plus. Et si celle-ci ne fonctionne pas, nous aurons du mal à nous consacrer à la récitation du mantra. Les premières parties de la pratique sont le fondement de ce qui suit. Si nous pouvons le reconnaître et accroître notre intérêt et notre engagement, la pratique fonctionnera bien. »

A la fin de sa présentation, le Karmapa demande aux personnes présentes dans le public d’écrire leurs questions et de les donner aux organisateurs. Comme il ne pourra pas être répondu à toutes, ils choisiront les questions qui ne sont pas personnelles et concernent beaucoup de monde. Le Karmapa précise qu’il y répondra l’après-midi du jour suivant et espère que ce sera utile à tous ceux qui sont venus.

 

 

 

 

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

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