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Le Karmapa donne un long enseignement sur l’entraînement de l’esprit

4 février 2018 – Auditorium Colden, Queens College, Flushing, New York

Ce matin, le Karmapa donne un enseignement sur Les huit strophes sur l’entraînement de l’esprit, un des textes les plus appréciés sur l’entraînement de l’esprit (lojong) et qui en distille l’essence. L’auteur, Guéshé Langri Thangpa, était un célèbre maître Kadampa, qu’on appelait aussi ‘le Sérieux’ ou ‘Triste figure’. Il ne souriait presque jamais car la souffrance des êtres du samsara faisait l’objet de toute sa compassion.

 

Le Karmapa explique que le cœur de l’entraînement de l’esprit consiste à voir l’égalité entre soi et les autres, et puis de faire l’échange de soi et des autres. Après avoir étudié ces instructions dans les principaux textes et pratiqué leurs enseignements, Langri Thangpa les condensa pour donner ces huit strophes.

Généralement, ce n’est pas de la longueur du texte que dépend l’entraînement de l’esprit mais de la  concision des points clés. On peut lire de nombreux textes et leurs commentaires, précise le Karmapa, mais si ces enseignements ne se fondent pas dans notre esprit, si nous ne les faisons pas nôtre, ils ne nous seront d’aucun bienfait. La lignée Kadampa privilégie en général la pratique sur l’étude ; ses enseignants se concentrent sur l’expérience plutôt que sur l’intellect. Ils extraient l’essence de tous les enseignements du Bouddha et ils les mettent en pratique sans erreur et sans rien mettre de côté. Chacune des strophes de Langri Thangpa donne une de ces instructions clés, comme nous le verrons.

 

La première strophe dit :

Considérant tous les êtres vivants

Comme plus précieux qu’un joyau qui accomplit tous les souhaits,

Afin d’accomplir le but le plus élevé,

Je les chérirai toujours.

 

Le Karmapa résume ainsi : « Cette première strophe nous enseigne que tous les êtres vivants sont plus importants qu’un joyau qui accomplit les souhaits. Pourquoi ? Nous avons besoin d’eux pour réaliser le but le plus élevé, l’état de bouddha. Nous prenons refuge et générons la bodhicitta ; grâce à la méditation sur l’accomplissement du bien d’autrui et au développement de notre bodhicitta, nous devenons pleinement éveillé. Puisque les êtres vivants nous aident dans ce processus, ils sont comme un joyau précieux. »

Il ne suffit pas de savoir que des êtres vivants existent autour de nous, nous devons nous entraîner à les considérer comme plus précieux que nous. Depuis des temps sans commencement, les autres et nous-même existons ; nous parcourons le temps ensemble. Puisque nous nous entraînons à la bodhicitta grâce à notre relation avec les autres, nous devons les chérir plus que nous. Ces myriades de connexions peuvent être soit négatives soit positives ; c’est le lien qu’on a avec elles qui fait la différence. Nous pouvons créer des relations positives, non seulement pour obtenir des bénéfices temporaires comme la nourriture ou les vêtements, mais pour exprimer un amour et une compassion véritables. Si nous y parvenons, c’est une excellente connexion qui est ainsi créée et notre bodhicitta va grandir. Sa Sainteté dit : « Si nous créons des circonstances favorables, ceci nous permet d’atteindre notre but en cette vie. D’un certain point de vue, cela signifie avoir une bonne situation dans notre monde contemporain : l’éducation, la capacité de faire ce qui est à faire, une certaine dose de chance, etc. Mais le plus important, ce sont les relations que nous avons avec les autres. Elles représentent 60 à 70% de notre réussite dans l’accomplissement de nos objectifs. L’obtention de la libération ou de l’omniscience dépend de la qualité des relations que nous avons avec les autres. Ce sont des pensées d’amour et de compassion, ainsi que la méditation sur la bodhicitta, qui nous permettent d’obtenir le  plein éveil. Au contraire, si nous sommes en proie aux perturbations et aux poisons, la libération ou le bonheur immuable seront impossibles à trouver. »

 

Deuxième strophe :

Quand je suis en compagnie des autres,

Je me considère comme inférieur à tous,

Et du plus profond de mon coeur

Je chéris autrui comme étant supérieur. 

 

Le Karmapa résume ainsi : « La signification essentielle est que, où que nous soyons et avec qui que nous soyons, nous devons toujours nous considérer comme inférieur aux autres et les respecter du fond du cœur. La raison pour laquelle nous nous considérons comme inférieur et les autres comme supérieurs peut être illustrée par un exemple : l’océan se situe au niveau le plus bas sur la planète, ainsi toute l’eau des rivières et des nuages s’y déversent. De même, si nous plaçons les autres plus haut et nous plus bas, nous pouvons recevoir toutes leurs qualités, alors que, si nous sommes fier et pensons que nous sommes supérieur, nous refermons une occasion d’apprendre. Qui que nous rencontrions ou nous faisions comme ami, c’est, pour nous, une occasion d’apprendre. Les gens ont tous leur façon de penser et de se comporter, aussi pouvons-nous toujours apprendre d’eux. D’autre part, si nous restons focalisé sur notre propre façon de penser et nous plaçons au centre du tableau, nous perdons toute chance d’élargir notre horizon.

« Les instructions sur l’entraînement de l’esprit n’ont pas pour but de rendre les choses difficiles, mais de nous fournir une base d’apprentissage. Par exemple, ce vers ‘je me considère comme inférieur à tous’ ne vise pas à faire que nous nous sentions minable et pensions ‘Je ne vaux rien, je ne réussirai jamais, je suis un perdant.’ Ce n’est pas comme cela. Nous considérer comme inférieur nous permet d’apprendre. Si nous pensons que nous sommes des débutants, cela nous permettra d’apprendre d’avantage. A mesure que nous vieillissons, nous pouvons continuer d’apprendre ; il nous faut donc faire preuve de courage et reconnaître que notre situation nous offre une occasion de grandir. Chaque personne que nous rencontrons peut combler nos lacunes ou notre manque d’expérience. Pour ces différentes raisons, nous ne devons pas prendre ce vers littéralement mais en découvrir le sens plus profond. »

Le Karmapa résume ainsi : « Dans le cadre de l’entraînement de l’esprit, rencontrer d’autres personnes nous offre la chance d’apprendre, et de développer notre bodhicitta. Sans cette attitude ouverte, l’entraînement de l’esprit ne sera pas efficace. Et nous devons aussi avoir une idée claire et puissante de ce que nous faisons ; si nous manquons de conviction, l’entraînement ne marchera pas. Que nous apprenions ou pas dépend de notre manière de penser et de notre capacité à tout amener sur le chemin de la pratique. »

 

Troisième strophe :

Dans tout ce que je fais, je surveille mon esprit.

Dès que des perturbations s’élèvent,

Je leur fais face fermement et les écarte,

Car elles mettent les autres en danger, ainsi que moi-même.

 

Au cours de toutes nos activités (bougeant, étant debout, étant assis, etc.), nous regardons ce qui se passe dans notre esprit et vérifions si des perturbations s’élèvent. Quand nous surveillons notre esprit, si nous surprenons une perturbation en train de s’élever, nous reconnaissons immédiatement que c’est une erreur et la neutralisons.

Il est important de faire cet examen, en particulier si nous sommes des pratiquants du dharma. Certaines personnes qui ont franchi les portes du dharma évoluent d’une façon qui peut sembler bizarre à des gens qui observent de l’extérieur. Elles pensent ‘je pratique le dharma’, mais elles deviennent plus jalouses, plus orgueilleuses et ont plus de saisie. Il nous faut examiner notre esprit encore et encore, car il ne suffit pas de simplement déclarer ‘Oh oui, c’est comme ça’. Nous devons analyser notre courant de conscience clairement et de façon répétée, et puis le corriger. En particulier, si nous pratiquons l’entraînement de l’esprit, nous devons prendre la responsabilité d’être continuellement vigilant dans tout ce que nous faisons. Dès qu’une perturbation apparaît, nous devons lui faire face directement et avec force et l’arrêter dans son élan. Ce n’est pas facile à faire. Si nous avons l’habitude d’être vigilant et conscient de ce qui se produit dans notre esprit, nous sentirons qu’une perturbation est sur le point de s’élever. Autrement, nous n’aurons pas le temps de la bloquer puisqu’elle s’est déjà produite.

Le point clé est d’être attentif au mouvement de notre esprit, ce qui nous donnera le temps de détourner une perturbation. Dans notre vie quotidienne, chaque fois qu’une perturbation s’élève, les anciens Kadamapa conseillaient de la repousser immédiatement et avec fermeté. Demeurer attentif, conscient et vigilant, voici la clé.

 

Quatrième strophe :

Chaque fois que je vois des personnes désagréables

Ou d’autres qui sont sous le joug de sombres méfaits et du malheur,

Comme si je découvrais un trésor précieux,

Je les chéris comme si elles étaient rares et de valeur.

 

Le Karmapa explique que ‘des personnes désagréables’ désignent celles qui ont un mauvais caractère. ‘De sombre méfaits’ désigne des actes répréhensibles graves, du karma très négatif, ou une intention malveillante. ‘Le malheur’ indique que quelqu’un fait l’expérience d’une souffrance intense. Si nous rencontrons de telles personnes, quelle attitude devons-nous adopter? Nous pouvons les voir comme un trésor précieux et penser : ‘J’ai trouvé une occasion – qui ne se produit qu’une fois dans un nombre de vies infini – d’amener cette situation sur le chemin de la pratique. Puissé-je les sortir de leur terrible condition et les amèner à l’état de bouddha.’

Le Karmapa poursuit : « Du point de vue de l’entraînement de l’esprit, il est important d’accepter avec joie et plaisir toute personne ou toute situation que nous rencontrons. Il n’est pas difficile d’être avec des gens qui nous ressemblent ; cependant, rencontrer des individus désagréables, dont le caractère est bien loin du nôtre, sera un défi. Si nous voulons mettre notre entraînement de l’esprit en action, nous devons témoigner du respect à ces personnes difficiles. Quand elles sont en face de nous et nous donnent l’occasion de pratiquer l’entraînement de l’esprit, c’est le moment de manifester le courage et les capacités de notre esprit. »

Si nous ne nous sentons à l’aise qu’avec des personnes avec qui c’est facile, notre entraînement ne se renforcera pas. Il nous faut accroître la force de notre esprit, le courage de notre coeur, et élargir notre perspective. Nous pouvons développer ces capacités jusqu’à ce que nous soyons heureux de rencontrer tout le monde.

Nous pourrions penser : ‘Je vais attendre qu’une personne désagréable se présente, et alors je m’entraînerai à être heureux de la rencontrer’, ou bien ‘je vais chercher une personne désagréable pour tester mon entraînement de l’esprit’. Nous n’avons pas besoin de faire cela. Nos proches, notre famille et nos amis, par exemple, nous fournissent toute une variété de situations difficiles avec lesquelles pratiquer l’entraînement de l’esprit.

« Mais, en général, nous ne le faisons pas avec ceux qui sont proches et laissons les perturbations comme la colère prendre le dessus, manquant ainsi une vraie occasion de pratiquer l’entraînement de l’esprit. Le moment pour pratiquer, c’est maintenant, dans notre vie quotidienne, mais nous remettons à plus tard, ce qui n’est pas un véritable entraînement. Un véritable entraînement signifie qu’on utilise les problèmes rencontrés tout au long de la vie, et non qu’on renvoie les défis à un futur lointain.

 

Cinquième strophe :

Chaque fois que quelqu’un aux prises avec la jalousie

Me fait du tort en me réprimandant ou en me rabaissant,

Je prends la défaite sur moi

Et je donne la victoire à l’autre.

 

Par jalousie, il se peut que quelqu’un utilise des paroles dures pour nous rabaisser, ou bien nous critique impitoyablement sans aucune raison. A ce moment-là, le Karmapa conseille que nous prenions sur nous la défaite et donnions la victoire à l’autre. En général, quand nous avons affaire à des gens qui ont mauvais caractère, leur mauvais caractère n’est en fait pas le nôtre – ce n’est donc pas notre problème – car il ne nous cause pas de mal. Il en est de même pour quelqu’un souffrant de maladie, nous pouvons donc garder notre équanimité. Cependant, quelqu’un qui nous vise de ses injures et nous blesse peut déclencher nos perturbations, tout comme peuvent le faire des opinions qui sont très différentes des nôtres. Comment gérer ceci ? Quelle réaction propose notre entraînement ?

Le Karmapa répond : « ‘Je prends la défaite sur moi et je donne la victoire à l’autre’ est une instruction essentielle, bien connue dans l’entraînement de l’esprit. Ne suivons pas juste le sens des mots, mais réfléchissons à qui ou quoi prend la défaite ou la victoire. L’accent ici n’est pas sur la personne mais sur l’esprit. Nous plaçons la défaite sur l’esprit qui prend les choses comme réelles ou qui saisit un moi, et nous donnons la victoire à l’esprit qui se soucie des autres. En bref, nous diminuons régulièrement l’esprit qui chérit le soi, et nous développons régulièrement l’esprit qui chérit autrui. On peut penser en terme de personne, mais alors on manque l’occasion d’entraîner notre esprit, ce qui est le point essentiel de ‘lojong’. Regardons la situation sous un autre angle : quelqu’un nous dénigre bien que nous n’ayons rien fait de mal. Nous sommes irréprochable et pourtant on nous attribue des défauts ou même on nous accuse gravement de les avoir. Nous pensons pratiquer la grande compassion et aider les autres et il semble que nous prenons sur nous ces défauts ; mais le résultat est qu’en fait c’est notre orgueil qui augmente car nous nous retrouvons à nous féliciter d’avoir accordé à l’autre un si grand profit. »

« Si quelqu’un regarde la situation de l’extérieur, il peut sembler qu’en effet nous ayons réussi dans notre pratique ; cependant, nous n’avons pas vraiment intégré cette défaite à notre esprit, et donc notre saisie du soi n’a pas diminué mais s’est accrue. Nous pensons :’J’ai fait ça, je suis un bon pratiquant.’ Cette apparence de pratique ne nous est pas bénéfique car, en fin de compte, c’est notre courant de conscience qui doit changer. Nous devons véritablement être capable de pleinement faire l’échange de soi et de l’autre. »

 

Sixième strophe :

Même quand quelqu’un que j’ai aidé

Et en qui j’ai placé de grands espoirs

Me cause du tort de façon très injuste,

Je le considère comme un véritable ami spirituel.

 

Le Karmapa fait ce commentaire : « Cette strophe parle de quelqu’un que nous avons aidé et pour qui nous avions beaucoup d’espoirs, puis qui nous a blessé et trompé. C’est particulièrement douloureux car il s’agit de quelqu’un avec qui nous avons une connexion émotionnelle, pourtant c’est cette personne que nous devrions considérer comme notre maître spirituel. »

Puis le Karmapa pose la question : « Comment devons-nous comprendre le terme ‘maître spirituel’? Ce n’est pas nécessairement quelqu’un dont le nom est très connu ou qui porte une coiffe impressionnante et tient une cloche et un dorjé. Un maître spirituel authentique est celui qui crée les conditions qui nous permettent de voir nos défauts cachés, ces défauts qu’en général nous ne reconnaissons pas. Souvent, quand nous rencontrons un maître, nous nous sentons ravi et heureux, mais la vraie question est : est-ce que nos défauts ont été mis en lumière ? Pour nous développer en tant que pratiquant, il nous faut reconnaître ce qui ne va pas en nous, ce qui est difficile à faire ; le véritable maître spirituel est celui qui nous permet de voir nos faiblesses. »

Le Karmapa ajoute que, du côté positif, le maître spirituel nous montre aussi des façons de développer des qualités que nous n’avions pas auparavant. Le voile de l’ignorance est levé et nous arrivons à voir que ‘Oh oui, je suis comme ça’. Ce n’est, cependant, pas facile à faire car nos défauts sont plus nombreux que nos qualités. Un bon maître spirituel ne va pas nous réprimander comme le font des parents avec leurs enfants quand ils disent :’Ce n’est pas bien! Ne fais pas ça! C’est mal!’ Cette façon de  critiquer les autres ne marche pas. Être un bon maître signifie pouvoir clairement montrer à quelqu’un un défaut de façon à ce que cette personne le voit par elle-même. Si non, vous n’êtes pas un véritable maître. Ne pas travailler avec ses défauts peut aussi se révéler dangereux. Si une personne avec qui vous avez une relation vous fait du mal et que vous entretenez le problème en vous, le tournant et le retournant, au bout d’un moment toute cette négativité va déborder. Donc, le maître spirituel montre clairement ce que nous devons changer.

 

Septième strophe :

En bref, de manière directe ou indirecte,

J’aiderai toutes mes mères et leur apporterai le bonheur,

Tout en prenant sur moi secrètement

Toutes leurs blessures et leur souffrance.

 

« Cette strophe enseigne la pratique de l’échange de soi et d’autrui », explique le Karmapa. « D’abord, nous voyons l’égalité entre nous-même et autrui, et puis nous faisons l’échange de nous et d’autrui. La meilleure façon est de le faire directement, mais si ce n’est pas possible, alors indirectement. Nous donnons secrètement tout notre bien-être et notre bonheur aux autres et, secrètement, prenons toutes leurs blessures et leur souffrance. »

On peut expliquer de différentes façons pourquoi la pratique doit être gardée secrète, remarque le Karmapa. « Comme tout le monde n’arrivait pas vraiment à faire la pratique, les premiers maîtres Kadampa ont gardé secrètes les instructions sur la pratique de l’échange de soi et autrui. Plus tard, cette pratique a été enseignée plus largement et l’accent mis sur la motivation :’Ne serait-il pas merveilleux de donner tout mon bien-être et mon bonheur aux autres, et de prendre leurs blessures et leur souffrance!’ On fait la pratique ainsi, pour que les autres n’en sachent rien.

« Si la pratique n’est pas gardée secrète, il y a aussi le danger de l’accomplir pour impressionner les autres ou faire que les choses aillent bien pour nous. Devant les autres, on risque de dire :’Je fais la pratique de l’échange de soi et autrui’, ce qui fait qu’elle serait à notre crédit et pour notre notoriété. Flatter l’ego ainsi n’est pas ce qui est enseigné ici, donc on garde la pratique secrète. »

Comment penser à faire l’échange de soi et d’autrui ? Tout d’abord, ça ne fonctionnera pas bien si nous pratiquons dans une optique matérialiste en nous focalisant sur les choses et en les prenant comme étant réellement existantes. Si nous comprenons ‘faire le bien d’autrui’ comme signifiant donner tout ce que nous avons, c’est aussi une erreur. D’une part, les ressources matérielles sont limitées ; prenons un exemple simple : si nous n’avons qu’une pomme, à qui allons-nous la donner ? Si on l’offre à l’un, l’autre ne peut pas l’avoir. Nos ressources matérielles sont limitées et ne peuvent aller à tous les êtres.

Ainsi, nous ne pensons pas en terme de choses, mais en terme de notre corps, de notre parole et de notre esprit, qui eux peuvent vraiment être bénéfiques aux autres. La pratique principale consiste à offrir ces trois derniers à tous les êtres vivants. Nous travaillons dur, nous mettons tous nos efforts dans le développement de qualités positives, et nous avons donc de vastes offrandes à faire à tous les êtres. Ceci apporte un bienfait bien plus grand que de les encombrer d’objets. De plus, dans ce contexte, il est difficile de considérer que tout donner et rester démuni soit la pratique d’un bodhisattva.

 

Huitième strophe :

Je garderai toutes ces pratiques non entachées

Par les pensées des huit dharmas mondains.

Reconnaissant toute chose comme semblable à des illusions,

Puissé-je être libre d’attachement et libéré de la servitude.

 

Quand nous nous engageons dans les méditations enseignées ici, nous devons faire très attention à ce que notre pratique ne soit pas contaminée par les huit dharmas mondains (souhaiter le bonheur, la célébrité, la louange et le gain, tout en craignant leurs contraires c’est-à-dire la souffrance, l’anonymat, le blâme et la perte). Par la pratique, nous en venons à voir tous les phénomènes comme des illusions et ainsi nous évitons les perceptions et compréhensions erronées. Finalement, nous devenons libre d’attachement aux choses et sommes libéré de tout ce qui pourrait nous lier.

Puis le Karmapa parle brièvement de la vacuité. « La racine de nos problèmes est  l’attachement, dont il y a plusieurs variétés. Parmi elles, celle qui affecte le plus notre esprit est la saisie des phénomènes comme réels. Nous considérons que les choses existent telles qu’elles nous apparaissent et cette méprise crée de nombreuses difficultés. La vue qui consiste à voir tous les phénomènes comme n’étant pas réellement existants mais semblables à l’illusion peut éliminer l’attachement aux phénomènes vus comme réels, et nous permet de découvrir que la vacuité est leur nature immuable.

« D’un certain côté, ce que nous disons de la nature des phénomènes – ou si les objets existent vraiment ou non – est important ; cependant, ces explications ne nous sont pas d’un grand bienfait car ce que nous devons regarder, c’est comment fonctionne notre esprit actuel et s’il s’améliore. Est-ce que nous continuons à prendre les choses pour réelles ? Seulement penser ‘Ceci n’existe pas réellement’ ne nous aidera pas. Nous devons examiner le mode d’être des choses en regardant notre esprit. Ce qui nous aidera vraiment est de transformer le fonctionnement de notre esprit à ce moment même. »

Le Karmapa poursuit en racontant l’histoire de la première rencontre entre Gampopa (1079-1135, le fondateur de la lignée Dakpo Kagyu) et son disciple Guéshé Phakmo Drukpa (1110-1170, un détenteur de lignée, qui eut la plus grande activité parmi les disciples de Gampopa). Phakmo Drukpa étudia longuement la philosophie et la logique bouddhistes dans un collège monastique Kadampa, et il reçut aussi des enseignements de nombreux lamas célèbres. A cette période, il avait une question récurrente :’Quelle est la racine du samsara ?’ Tous ses maîtres donnaient la même réponse :’l’ignorance’ et poursuivaient en lui donnant des explications détaillées, ce qui n’aidait pas beaucoup son esprit. A la fin de ses études, Phakmo Drukpa se tourna vers la pratique et alla voir un des fondateurs de la lignée Sakya, Sachèn Kunga Nyingpo (1092-1158). Phakmo Drukpa demanda des instructions et posa aussi la même question sur la racine du samsara. La réponse de Sachèn Kunga Nyingpo le toucha plus profondément que celle des érudits. Puis vint le moment pour Phakmo Drukpa de rencontrer Gampopa (Dakpo Lhajé), avec qui il avait une connexion depuis de nombreuses vies.

Quand Phakmo Drukpa se trouva en présence de Gampopa, le maître était en train de manger des boulettes de farine d’orge grillée (de la tsampa, nourriture de base du Tibet). Suivant la coutume, Phakmo Drukpa fit à Gampopa le résumé de ses études et de sa pratique et il fit le récit de ses expériences et réalisations. Gampopa répondit : « Tu n’y es pas du tout. Mon morceau de tsampa a plus de valeur que tes expériences et réalisations. » Comme il venait de dévoiler à Gampopa toute sa vie intérieure, Phakmo Drukpa se sentit assez vulnérable à ce moment-là et cette insulte tempéra quelque peu son orgueil. Puis Phakmo Drukpa dit : « Il y a une question que je pose toujours : quelle est la racine du samsara ? » Gampopa répondit : « Ton esprit actuel. » Ceci suscita un tel sentiment profond en Phakmo Drukpa qu’à l’instant même il atteint la réalisation.

Pourquoi Phakmo Drukpa a-t-il du attendre si longtemps ? Quand la réponse à sa question était ‘l’ignorance’, cela voulait dire qu’il fallait qu’il étudie pour trouver ce qu’était l’ignorance. Il regardait vers l’extérieur alors que la racine du samsara, son esprit actuel et ignorant, était à l’intérieur ; il regardait donc dans la mauvaise direction.  Quand Gampopa dirigea la conscience de Phakmo Drukpa vers le bon endroit – son esprit présent – il fit immédiatement l’expérience de la réponse à sa question déjà ancienne et atteint la réalisation. Sa Sainteté résume ainsi : « L’ignorance ne peut être trouvée que dans notre esprit présent et nulle part ailleurs. Nous devons y réfléchir. Nous n’avons pas besoin d’étudier ce qui est réellement existant et ce qui ne l’est pas. Nous découvrirons que les phénomènes n’ont pas d’existence véritable en examinant notre conscience présente. » Le Karmapa conclut avec cette mise en garde : « Il est très difficile d’affaiblir l’emprise de l’esprit qui prend les choses pour réelles. »

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

Le Guide de l'Environnement du Karmapa

Les 108 choses à faire pour l'environnement

Les déplacements du 17ème Gyalwang Karmapa

Le retour de Karmapa aux U.S.A.

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Le 19 mai 2008, dans la salle du Hammerstein Ballroom de New-york, le public était serré et enthousiaste : Tibétains, Chinois et Occidentaux, la plupart étaient disciples du précédent Karmapa. Le silence se fit plein de promesses, lorsque Dzogchèn Ponlop Rinpoché présenta le tant-attendu Karmapa Ogyen Trinley Dorjé…

Présentation du Karmapa aux Etats-Unis par Dzogchèn Ponlop Rinpoché, Principal organisateur de la venue du Karmapa aux Etats-Unis en 2008

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La vie en Inde

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L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.