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Vivre le Dharma [1]

Sa Sainteté enseigne sur « Vivre le Dharma »

(Du 13 au 15 janvier 2009, au Monastère Tergar, à Bodhgaya)

Sa Sainteté a enseigné sur le thème « Vivre le Dharma », le premier enseignement prodigué en Inde dédié aux occidentaux. Les enseignements se sont tenus à 9h et à 15h, précédés d’un quart d’heure de méditation.

Sa Sainteté le Karmapa

Sa Sainteté Le Karmapa

Les enseignements ont été traduits simultanément du tibétain en anglais par Ringu Tulku Rinpoché.

Jour 1

Avant de commencer son enseignement, Sa Sainteté le Karmapa a souhaité la bienvenue à tout le monde en anglais et a ensuite continué en tibétain. Il a dit qu’il considérait tous les gens présents comme ses amis, et a commenté le fait que chacun venait de pays, de cultures et conditions différentes ; tous venus pour écouter ses enseignements sur comment « Vivre le Dharma ».  Il a ajouté qu’en dépit de son jeune âge, il allait essayer de partager ses expériences.  Il a commencé son enseignement avec cette question : “Qu’est-ce que le Dharma?”

Pratiquer le Dharma ce n’est pas seulement accomplir des rituels qui nécéssitent un endroit, un temps ou un instrument particuliers.  À un niveau plus profond, le Dharma est quelque chose qui transforme notre esprit, c’est un processus ouvert par lequel nous examinons notre esprit, prenant conscience de nos émotions conflictuelles et de la présence des « trois poisons », nous essayons  graduellement de devenir moins colérique, moins sujet à l’attachement, etc. La pratique du Dharma amène un changement progressif au niveau du corps, de la parole et de l’esprit. Comme c’est un changement qui se fait de l’intérieur, la pratique peut se faire n’importe où, même au travail; elle ne requiert pas de moment particulier. En effet, la pratique sur laquelle nous réfléchissons à nos aspirations, sur notre façon de penser, comment nous réagissons et nous nous relions aux autres, est très importante.  Se basant sur son expérience, le Karmapa a confié que sa propre vie devenait de plus en plus occupée, et que le temps disponible pour travailler au bénéfice des autres, ou pour méditer, diminuait.

Alors, sa façon de pratiquer le Dharma ces temps-ci, était d’essayer d’aider la multitude de gens qu’il rencontrait quotidiennement, en restant vigilant à observer ses pensées et en essayant de vivre sa vie au quotidien avec l’intention d’être bénéfique aux  êtres. Sa priorité étant le bonheur des autres, il a dit qu’il prenait soin d’examiner ses actions, son discours et son esprit. En essence, telle est sa pratique. Quand il était plus jeune, il avait le temps pour effectuer des pratiques formelles et réciter des prières, environ une heure tous les soirs et tous les matins ; mais ces temps-ci, avec peu de temps disponible pour une pratique formelle, il s’efforce de garder dans ses pensées toutes les personnes qu’il rencontre, qu’il soit en train de travailler, manger ou dormir.  Cela lui semble être une façon vivante, réelle et très pratique pour pratiquer le dharma.

Il est une fondation importante pour la pratique que de garder vivant dans notre esprit les êtres sensibles, comme s’ils étaient là, sous nos yeux, sinon, nous pouvons perdre le contact avec les personnes que nous voulons aider et devenons paresseux dans nos efforts.

Un autre support important  pour la pratique est d’utiliser les autres afin de réduire notre propre intérêt envers nous-mêmes. Contempler leur souffrance et leur bonheur amène à développer en nous un sentiment de responsabilité bienveillante face à leur bien-être.  Ceci aide non seulement à équilibrer notre attitude d’attachement envers nous-mêmes, amenant la diminution de cette préoccupation constante que nous avons pour nous-mêmes, mais génère aussi le désir de nous transformer. Ce qui nous amène à un autre aspect fort important de la pratique : se transformer en travaillant sur nos états mentaux et sur nos émotions négatifs.

Il est parfois difficile de voir véritablement l’aspect négatif de ces états mentaux ou émotions, mais quand on y arrive, il est clair que l’on doit faire quelque chose pour y remédier. C’est comme devenir amoureux.  Les gens ont toutes sortes de relations, mais il n’y a peut-être pas d’engagement, ou il y a peut-être de la confusion. Puis un jour, vous êtes amoureux. Les relations précédentes deviennent insignifiantes et il n’y a pas de doute dans votre esprit. Vous êtes amoureux de cette personne et vous voulez partager votre vie avec elle. C’est aussi simple que cela.

L’expérience de la bodhichitta est identique; c’est un joyau qui exauce les souhaits. Quand nous développons la bodhichitta, notre coeur se remplit de joie.  Mais jusqu’à ce que nous trouvions ce joyau qui exauce les souhaits dans notre coeur, cela peut être difficile.  Après cette découverte, la pratique du dharma devient facile et le but de sa vie devient clair.

Il y a plusieurs rapprochements à faire entre la vie et la pratique du Dharma. Dans la vie quotidienne, si nos buts sont confus ou ne sont pas clairs, nous n’arrivons pas à atteindre ce que nous désirons. De façon similaire, la pratique du Dharma a aussi besoin d’un objectif clair.  De trop y penser n’est pas très bénéfique et ne fait que produire plus de pensées conceptuelles!  L’essentiel est de travailler pour le bénéfice des êtres !

Les gens demandent souvent à Sa Sainteté ce qu’ils devraient pratiquer ; il suggère généralement les pratiques de Chenrézig ou de Tara. Mais, quand ils demandent : « À combien de bras ? » ou « De quelle couleur? », cela montre qu’ils passent vraiment à côté de la chose,  et qu’ils ne comprennent pas la signification fondamentale de ces pratiques, qui n’est autre que la méditation sur l’amour bienveillant, en vue de transformer son esprit. Sans cette compréhension, toute pratique devient un objet de foi aveugle, et non un enseignement vivant. Alors, quand nous pratiquons le Dharma, il doit y avoir une relation profonde avec notre esprit; le Dharma doit s’unifier à notre vie.

Sa Sainteté a alors suggéré une approche différente, qui pourrait être plus utile aux débutants, comme commencer à travailler sur sa propre vie, sur les difficultés que nous expérimentons, et de voir si le Dharma peut éclairer la situation. Ceci serait sûrement moins perturbant pour nos familles que de ramener soudainement à la maison des vajras, des damarous et des cloches, et faire des choses étranges! Si nous vivons avec l’intention d’être utile et d’aider les autres, le Dharma va prendre de la force dans notre vie, et elle deviendra une pratique du Dharma.

Toutefois, afin que le Dharma transforme notre esprit, nous devons recevoir les instructions essentielles d’un enseignant authentique. C’est une personne qui doit avoir réalisée le Dharma dans sa vie, quelqu’un qui représente un refuge authentique. Il y a aussi des gens qui ont une réalisation moindre, mais avec lesquels nous pouvons étudier.  Il est dit que tout peut être un enseignant. Sa Sainteté a donné un exemple avec les saisons qui pouvaient devenir une source d’enseignement.  À un niveau relatif, l’hiver amène le froid et les vêtements chauds, mais c’est également un exemple pour comprendre l’impermanence. Si nous ouvrons les yeux, nous pouvons apprendre beaucoup de choses sur le Dharma en observant la vie.

Sa Sainteté a conclu la matinée en présentant le manuel sur la protection de l’environnement et qui porte le titre « Conseils sur l’Environnement pour les Monastères, les Centres et les Communautés Karma Kagyu ».

Dans l’après-midi, le Gyalwang Karmapa à clarifier ses conseils sur la façon d’intégrer le Dharma dans la vie quotidienne. Il ne voulait pas dire qu’une pratique formelle ou une retraite ne soient pas importants, il voulait simplement expliquer qu’il n’était pas vraiment nécessaire d’effectuer une pratique formelle, car de nombreux occidentaux qui viennent le voir sont très occupés par leur travail et ont peu de temps pour méditer. Il serait donc inexact de donner l’impression que ceux qui s’engagent dans une pratique formelle, dans des retraites et la méditation, soient de « vrais » pratiquants.

Il a continué sur la manière d’intégrer une pratique formelle au sein de la vie quotidienne.  En  général, la pratique du Dharma ne se limite pas au temple, au monastère ou à notre autel. Cela peut être fait partout, en pique-niquant, au bureau, en prison. .. Certains grands maîtres ont dit que nous pouvons même pratiquer le Dharma dans notre sommeil, si nous savons le faire, ce qui est utile puisque la vie est mi-éveil, mi-sommeil. Si nous pouvons réserver du temps tous les matins pour une pratique formelle, alors notre journée prendra du sens.

Arrivé au travail, si nous nous engageons à travailler de façon à être utile et bénéfique à la société, notre travail devient une forme de don, et nous pratiquons donc alors la générosité. À la fin de la journée, quand nous retournons à la maison, si nous pouvons élever nos enfants de manière à bénéficier le monde, cela est aussi la pratique du Darma. Si nous réfléchissons sur l’amour que nous portons à notre partenaire et à notre famille, il est possible de transmettre cet amour bienveillant à d’autres êtres. (Sa Sainteté a donné l’exemple d’une personnes amoureuse).  De la même façon lorsqu’une personne arrose des plantes, il y a une qualité liée à l’amour au  travers de son geste.
Dans nos horaires intenses de notre vie quotidienne, nous devons créer du temps et un espace afin de reposer notre esprit, sinon il devient trop agité et perturbé. Ceci est le rôle de la méditation.  La méditation peut nous amener à développer un esprit calme, pacifié et joyeux.

Le Gyalwang Karmapa est revenu sur un thème qu’il avait abordé durant les enseignements avant le Kagyu Mönlam, celui de bâtir une maison pour notre esprit; un lieu où il est possible de retourner, où notre esprit peut se reposer et se détendre. Lui-même n’a que peu de temps pour une pratique formelle ces temps-ci, mais lorsqu’il pratique, il le fait avec concentration ; rien ne peut le déranger. La pratique du Mahamoudra décrit un état libre de pensées conceptuelles, et il est important d’aspirer à atteindre cela.

Trop d’attachement aux choses est un grand obstacle à l’obtention de la paix de l’esprit, parce qu’il est alors impossible de séparer notre esprit de l’objet auquel nous sommes attachés. La colère est parfois présente, mais jamais tout le temps, alors que l’attachement est toujours présent dans notre esprit, ce qui accroît la difficulté de s’en détacher. Comme le dit un dicton tibétain: « Si nous le tenons, cela nous brûle les doigts. Si nous le lâchons, cela se brise ».

Le Gyalwang Karmapa a alors expliqué comment naît l’attachement et les difficultés que cette émotion engendre.
La première difficulté est que lorsque nous sommes attachés à quelque chose, nous n’en voyons que le côté positif, jamais le négatif. La chose à laquelle nous sommes attachés nous apparaît comme bénéfique et désirable. En fait, l’attachement nous prive de notre liberté.  Nous voyons quelque chose que nous aimons par exemple, et nous ressentons le besoin de l’acheter. Dans un certain sens, nous sommes pris en otage par l’objet de notre attachement ; il nous emprisonne.  Sa Sainteté décrit comment, lorsqu’il était enfant, on l’avait amené dans un grand magasin de jouets à Beijing. Il y avait là les plus beaux jouets. Il comprit alors comment les gens pouvaient en venir à voler. Ce qui nous apparaît comme désirable ou indésirable, n’est que le produit de notre esprit, peut-être aussi dû à notre conditionnement culturel ; nous surévaluons souvent les choses, comme si l’on était aveuglé par un diamant de pacotille, pensant qu’il est désirable à 100%, alors qu’il ne vaut rien.

« Est-ce que la compassion peut être vue comme une forme d’attachement ? » Sa Sainteté reconnaît qu’il y a des similitudes, mais que la différence fondamentale est que nous avons le choix d’être compasionné ou pas. De plus, les bases de la compassion sont authentiques, comme ne pas abandonner les êtres, alors que l’attachement c’est : « Je veux ! ».

Le Gyalwang Karmapa a raconté une histoire pour illustrer comment l’attachement mène à la souffrance.  Il y a une règle monastique qui dit que les moines ne peuvent toucher aux femmes.  Un jour, deux moines arrivent à une rivière où se tenait une jolie jeune femme qui demande de l’aide pour traverser, car l’eau est trop profonde. Le plus jeune proteste : « Non, non!  Nous sommes des moines. Nous ne pouvons vous toucher. ». Mais le plus vieux moine la porte sans discuter, et la transporte sur son dos jusqu’à l’autre rive. Le jeune moine outré par ce comportement, ne peut s’empêcher après un moment de confronter le vieux moine. Celui-ci  répond: « Je l’ai transporté uniquement à travers la rivière, mais toi, tu la portes encore ! ».

Revenant à la question de la pratique formelle, Sa Sainteté a souligné quelques pièges à éviter.  Notamment pour les retraites, qui demandent une attitude et une motivation justes. Le but d’une retraite est de pacifier le corps, la parole et l’esprit, mais certaines personnes semblent voir une retraite comme une tradition ou quelque chose qu’ils se doivent de faire et aiment dire : « Oh, j’ai fait une retraite de trois ans. »  Ce genre d’attitude n’engendre guère de bénéfices.

Finalement, la chose principale dans le Dharma est l’union de la sagesse et de la compassion.  Ces deux aspects devraient également être unis dans notre vie.  Nous devons reconnaître quelles sont les sources de la souffrance et ce qui va amener un bonheur véritable, de façon à savoir ce qui est à abandonner et ce qui est adopter.

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Enseignements :

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La vie en Inde

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L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.