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« Ce que je donne est à moi » : les conseils d Karmapa à la fin du 34ème Kagyu Meunlam

19 février 2017 – Pavillon du Meunlam, Bodhgaya

La dernière après-midi du 34e Kagyu Meunlam commence légèrement plus tôt avec un tsok du Bouddha Médecin, selon le Rituel concis d’Offrande aux sept Tathagatas compilé par le VIe Sharmapa. Le tsok, sous la forme de petits sacs de fruits, est distribué à chaque participant – aussi bien la sangha monastique que les laïques -, et des offrandes d’argent (appelées ‘kunki’ au Tibet) sont aussi faites à la sangha monastique. 

Après la pause de l’après-midi, Sa Sainteté Karmapa s’installe sur la scène ; la session pour l’Appréciation des Bienfaiteurs s’ouvre avec la procession pour l’offrande du mandala, conduite par les bienfaiteurs qui prennent ensuite place sur la scène pour les bénédictions qui vont suivre. L’appréciation des bienfaiteurs est une occasion de partager et de dédier les mérites, et Sa Sainteté parle assez longuement de l’importance de la générosité comme moyen de générer la vertu, ainsi que de la nécessité de la dédicace des vertus.

Reprenant des enseignements de Chandrakirti sur l’Entrée sur la Voie du milieu, le Gyalwang Karmapa souligne que la richesse et la prospérité n’apparaissent pas de n’importe quelle cause, mais qu’elles ont précisément leur racine dans la générosité. Sa Sainteté cite aussi le Soutra demandé par le père de famille Draksulchèn sur les innombrables bienfaits du don : « Ce que je donne est à moi, ce qui reste à la maison ne l’est pas. Ce que je donne a du sens, ce que je garde n’en a pas. »

Sa Sainteté explique que quand nous donnons quelque chose, la vertu qui est générée se perpétue dans la vie suivante, alors que ce que nous saisissons, nous devons l’abandonner quand nous mourons. Cependant, la vertu accumulée – si elle n’est pas dédiée – peut être détruite par des réactions malhabiles telles que la colère, les vues fausses, le regret, le dénigrement, et l’orgueil et la vantardise à propos de sa propre générosité. Sa Sainteté utilise la comparaison de la goutte d’eau dans l’océan, qui demeure tant que l’océan entier n’est pas asséché, pour illustrer le fait que toute vertu dédiée à la bodhicitta ne se perd pas et ce jusqu’à l’éveil. Il cite également Shantidéva, Maitreya et les Kriya tantras pour montrer que toute vertu dédiée – que ce soit la nôtre ou celle des autres – s’accroît et devient elle-même une cause pour réaliser l’état de Bouddha : « De nombreuses rivières s’écoulent, chacune a son propre goût, mais quand elles arrivent à l’océan, elles ont toutes un goût d’océan. »

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Rappelant que l’ampleur de la générosité dépend de l’excellence du réceptacle, de l’objet offert et de l’intention, Sa Sainteté souligne que le Kagyu Meunlam offre un champ d’offrande sans égal, sous ses trois aspects. En mettant l’accent sur la motivation pure de la bodhicitta, il exhorte tous les participants au Meunlam à éviter toute négativité comme le souhait de célébrité, les attentes d’un retour ou de richesse dans la vie future, ou le don par jalousie ou prétention orgueilleuse. Il ajoute : « Les réceptacles les plus excellents de la générosité sont les Trois Joyaux, en particulier la noble sangha. Dans la générosité envers la sangha, il y a vertu à offrir et vertu à recevoir. Ici, au Meunlam, il y a grande vertu, ici est rassemblée la vertu des trois temps que nous pouvons dédier. »

Sa Sainteté rend un hommage particulier à Goshir Gyaltsap Rinpoché pour son sponsoring du Meunlam, le rendant digne de dédicace. Et il est certain que la présence de Goshir Gyaltasp Rinpoché, Yongey Mingyour Rinpoché et Yangsi Bokar Rinpoché cet après-midi, comme tous les jours précédents du Meunlam, renforce le sentiment qu’ont les participants de partager une occasion propice.

 

Ensuite se déroule la partie principale de l’Appréciation des Bienfaiteurs : en synchronisation avec les chants de l’Offrande des Huit substances auspicieuses, l’Offrande des Sept symboles de la royauté et l’Offrande des Huit marques auspicieuses, leurs différentes représentations sont apportées à Sa Sainteté pour être bénies, puis présentées aux bienfaiteurs pour qu’ils en reçoivent la bénédiction. En conclusion, vantant une nouvelle fois la vertu de partager les bienfaits, Sa Sainteté offre à chacun des bienfaiteurs une statue du Bouddha, et des cadeaux sont également faits à la sangha qui se trouve sur la scène.

 

Bien que souffrant d’un bon rhume et d’un manque de sommeil, Sa Sainteté profite de son discours de clôture du 34e Kagyu Meunlam pour aborder franchement et ouvertement la situation qui fait suite à la démission de Jamgœn Kongtrul Rinpoché. Il explique qu’il a appris la nouvelle juste après que cela soit arrivé, quelques mois avant que la nouvelle devienne publique ; lui-même, d’autres personnes autour de lui ainsi que des personnes dans le Jamgœn Labrang qui étaient au courant ont essayé de faire tout ce qu’ils ont pu, jusqu’à ce que Rinpoché l’annonce lui-même sur Facebook. Sa Sainteté nous fait part d’un sentiment particulier qu’il avait eu lors de la célébration de l’anniversaire de Rinpoché :

« J’ai pensé que Rinpoché avait été séparé de ses parents et conduit en Inde très jeune, avant d’avoir un an. Dès son plus jeune âge, il a rencontré de nombreuses difficultés. J’ai pensé :’C’est affreux! Le pauvre!’ Je n’avais jamais eu une telle pensée à son sujet auparavant, mais l’an dernier, oui.

Il a reçu le titre de tulkou, et en particulier d’un grand lama. En raison de cela, il a probablement les mêmes sentiments face aux difficultés qu’il rencontre que ce que je connais ; j’ai reçu le titre de Karmapa il y a bien des années, et j’ai moi-même rencontré de nombreuses difficultés. »

 

Sa Sainteté exprime son profond regret de n’avoir pas pu mieux le soutenir et le conseiller : « J’ai souvent été incapable de montrer à Rinpoché combien je l’aimais. Je voudrais saisir cette occasion pour m’excuser auprès de Rinpoché, du Jamgœn Labrang et de tous les étudiants qui ont une connexion avec lui. »

 

Sa Sainteté reconnaît que, quand la situation s’est présentée, il a éprouvé différents sentiments comme la colère ou le découragement. Mais il insiste sur le fait qu’il n’a jamais abandonné Rinpoché, il n’a jamais renoncé à son amour pour lui, son affection. Il a la certitude que tous ceux qui ont foi en Rinpoché ressentent la même chose, et c’est quelque chose qu’il aimerait que Rinpoché comprenne. La démission de Jamgœn Kongtrul Rinpoché est néanmoins un revers majeur pour la lignée Kagyu :

« Le départ du précédent Jamgœn Kongtrul Rinpoché à un jeune âge avait créé des difficultés, et ceci en rajoute. Je suis sûr que le Jamgœn Labrang a fait tout son possible avec une motivation pure, aussi je demande au Labrang et à la sangha de ne pas se décourager. Je demande aussi aux étudiants, aux amis et aux bienfaiteurs du Jamgœn Labrang de poursuivre leur soutien pour que l’activité des différentes incarnations des Jamgœn Kongtrul s’accroisse. »

Beaucoup de gens s’inquiètent de ce qui peut arriver dans le futur mais, selon Sa Sainteté, la chose essentielle qu’un tulkou doit garder à l’esprit est de ne jamais abandonner les enseignements du Bouddha. Terminant son allocution, il dit à nouveau – que Rinpoché soit moine ou non – qu’il ne doit jamais cesser de travailler pour les êtres, et que ceci est valable pour tous les lamas et tulkous de ce monde, quelle que soit leur situation :

« C’est tout ce que j’ai à dire. J’ai fait tout ce que j’ai pu jusque là. Je ne suis pas débarrassé de tous les défauts, je n’ai pas développé toutes les qualités. Mais quoi qu’il arrive, je continue de penser que je ne renoncerai pas à mon activité bénéfique envers le bouddhisme et les êtres. Gardez bien ceci à l’esprit. »

Après la lecture des Grands souhaits et de la Dédicace pour les vivants et les morts - avec un rappel que c’est grâce aux dons faits pour ces prières que le Meunlam est possible -, Sa Sainteté prend le temps de remercier longuement tous ceux dont la contribution a permis le succès du 34e Kagyu Meunlam : Lama Chœdrak et tous les tulkous qui ont travaillé très dur aux côtés de tout le monde ; le monastère de Tergar, Yongey Mingyour Rinpoché et tous les travailleurs qui se sont impliqués à 100%; le Kagyu Guncheu dont les bénévoles sont devenus bénévoles du Meunlam; les gens du Tsourpou Labrang qui, aussi bien dans les circonstances ordinaires que dans le tourbillon du Meunlam, ont fait le nécessaire pour que tout se passe bien.

 

Sa Sainteté mentionne aussi expressément les représentants des gouvernements tibétain et indien, soulignant qu’ils voyagent toujours avec lui et qu’il convenait de saisir cette occasion de les remercier. Il remercie à nouveau les membres du Meunlam et les ‘guru sevakas’ ; pour ces derniers, Sa Sainteté apprécie les difficultés qu’ils surmontent pour venir au Meunlam, et le dur travail qu’ils font ici. Il remercie les étudiants de l’École de Suja à Bir qui sont venus travailler comme dharmapalas, ainsi que les travailleurs indiens qui sont présents tous les jours. Il garde quelques remerciements particuliers pour la fin :

« Merci Gyaltsap Rinpoché d’être venu et d’avoir présidé les cérémonies. Merci  Mingyour Rinpoché pour votre hospitalité et vos bénédictions. Merci Bokar Rinpoché d’être présent, votre prédécesseur était la force vive du Meunlam.

Je voudrais remercier tous les tulkous, tous les enseignants, et toute la sangha de nos monastères de moines et de nonnes et aussi d’autres lignées. Je vous remercie du fond du cœur. Plus de 50 pays sont représentés ici, et je vous remercie tous d’être venus. Nous réalisons le noble souhait du VIIe Karmapa en nous rassemblant pour prier. A chacun de vous, je dis merci. »

 

Le 34e Kagyu Meunlam se termine sur des images de beauté et d’unité dans l’aspiration, qui ne peuvent laisser qu’une impression profonde et durable dans l’esprit de tous les présents. A chaque refrain du Chant de bon augure du Seigneur Marpa, avec les Bons augures du Grand campement et avec la dernière prière Ayant réalisé la vérité, les participants du Meunlam agitent leur kata à l’unisson ; d’abord le Karmapa lance du riz en guise de bénédiction puis il déroule aussi sa longue kata blanche. Sur les dernières notes des ‘jalings’ et des ‘dungchens’, Sa Sainteté quitte la scène du Meunlam, et le rideau tombe sur l’intensité de cette semaine exceptionnelle.

Enseignements :

La Compassion et la Véritable nature de l'Esprit

Le Guide de l'Environnement du Karmapa

Les 108 choses à faire pour l'environnement

Les déplacements du 17ème Gyalwang Karmapa

Le retour de Karmapa aux U.S.A.

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Le 19 mai 2008, dans la salle du Hammerstein Ballroom de New-york, le public était serré et enthousiaste : Tibétains, Chinois et Occidentaux, la plupart étaient disciples du précédent Karmapa. Le silence se fit plein de promesses, lorsque Dzogchèn Ponlop Rinpoché présenta le tant-attendu Karmapa Ogyen Trinley Dorjé…

Présentation du Karmapa aux Etats-Unis par Dzogchèn Ponlop Rinpoché, Principal organisateur de la venue du Karmapa aux Etats-Unis en 2008

Présentation du Karmapa aux Etats-Unis par Dzogchèn Ponlop Rinpoché, Principal organisateur de la venue du Karmapa aux Etats-Unis en 2008

La première visite de Sa Sainteté le 17ème Gyalwang Karmapa, Ogyèn Trinley Dorjé, aux Etats-Unis est un événement historique et une occasion à la fois joyeuse et mémorable pour ses nombreux étudiants et amis dans le monde occidental. Sa Sainteté, qui est à la tête de l’école Kagyu du bouddhisme tibétain, est largement reconnue comme étant un des plus grands Maîtres spirituels de notre temps…

La vie en Inde

La vie en Inde

L’arrivée du Karmapa à Dharamsala bénéficia d’une couverture médiatique extraordinaire dans la presse internationale : The Associated Press, Agence-France Press, The BBC, CNN, NBC, ABC, CBS, The Economist, Newsweek, Time, The New York Times, The Times of India, the Hindustan Times, et la plupart des autres médias du monde entier.